Scandale Wirecard : Bruxelles demande une enquête sur la BaFin allemande

La Commission européenne va demander à l’Autorité européenne des marchés financiers d’enquêter pour déterminer si des manquements sont imputables à l’autorité allemande de surveillance financière (BaFin), qui avait pour tâche de superviser la société de paiements électroniques. Un article d’Euractiv Italie.

« Nous allons demander à l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma) d’enquêter pour savoir s’il y a eu des défaillances au niveau du contrôle, et, le cas échéant, d’établir un plan d’action », a déclaré le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, dans une interview accordée au Financial Times. « Nous devons tirer au clair ce qui a mal tourné », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il laisserait à l’Esma jusqu’à la mi-juillet pour rendre sa réponse.

Le rôle de la BaFin

En octobre et en décembre 2019, le quotidien britannique avait dénoncé des irrégularités comptables au sein de la branche de Wirecard située à Singapour, mais l’autorité allemande de surveillance financière (BaFin) avait toujours défendu l’entreprise, menaçant le journal de poursuites judiciaires.

C’est désormais l’autorité de surveillance allemande qui est accusée de ne pas avoir agi de manière indépendante et donc de n’avoir pas protégé les investisseurs. Ce n’est qu’il y a quelques jours que le président de la BaFin, Felix Hufeld, a admis que « le scandale Wirecard [était] un désastre et une honte ».

L’ex-directeur de Wirecard libéré sous caution

Près de deux millions d’euros manquent dans les comptes de Wirecard, un service financier allemand. Markus Braun, le PDG de l’entreprise jusqu’à la semaine dernière, a été libéré mardi 23 juin sous caution après une nuit en garde à vue.

De son côté, le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, plaide pour une réforme de la BaFin : « Nous devons repenser nos structures de surveillance financière », a-t-il déclaré. « Un scandale comme celui de Wirecard doit constituer un signal d’alarme et nous faire comprendre que nous avons besoin de davantage de surveillance et de contrôle sur les marchés financiers ». Le ministre a demandé à son dicastère de lui présenter, dans les prochains jours, un projet de réforme du système de supervision financière.

Le « Parmalat » allemand

Depuis des années, la fintech munichoise Wirecard, spécialisée dans les paiements électroniques, faisait figure de modèle pour les start-ups et les géants du secteur bancaire. En 2019, l’entreprise a atteint une capitalisation boursière de plus de 17 milliards d’euros, ce qui l’a mise sur un pied d’égalité avec la Deutsche Bank, mais avec 15 fois moins d’employés et un chiffre d’affaires 15 fois inférieur. Cette anomalie a attiré l’attention du Financial Times, qui a commencé à enquêter sur les comptes de la société.

Le 18 juin, un trou de 1,9 milliard d’euros est apparu dans les états financiers de Wirecard. L’argent, qui, selon les auditeurs de la société Ernest & Young (Ey), avait été déclaré en 2019, n’y figurait plus. Pour les enquêteurs, la raison est simple : cet argent n’a jamais existé et n’a été déclaré que pour gonfler les états financiers du groupe.

La pandémie fait ressortir le besoin de protection des acheteurs en ligne

Les détaillants européens demandent à ajourner le renforcement des règles de protection des acheteurs en ligne. A l’inverse, les organisations de consommateurs alertent sur une urgence, alors que les escroqueries s’épanouissent.

Un scandale semblable à celui qui avait éclaboussé la société italienne Parmalat il y a vingt ans. Celle-ci avait falsifié ses comptes, en prétendant disposer de liquidités dans les Caraïbes, qui se sont par la suite révélées inexistantes. C’est pour cette raison que Wirecard a immédiatement été qualifié de « Parmalat allemand » par les médias.

Le fondateur arrêté

Le 22 juin, Wirecard a admis dans un communiqué de presse que le solde de 1,9 milliard d’euros inscrit dans les comptes courants « n’exist[ait] probablement pas » et a retiré les données du bilan financier préliminaire de 2019 ainsi que celles du premier trimestre 2020.

Après cet aveu, Markus Braun, le fondateur de la société, a été arrêté pour « avoir gonflé les données financières et le chiffre d’affaires afin que sa société paraisse plus forte et plus attrayante aux yeux des investisseurs et de la clientèle ». Les jours précédents, Markus Braun avait déposé une plainte contre inconnu pour fraude à l’encontre de la société.

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