Il ne faut ménager aucun effort pour juger des effets de la 5G sur la santé, estiment des scientifiques

Des antennes 5G placées sur les toits de bâtiments à Bordeaux, France, le 16 novembre 2020. [Caroline Blumberg/EPA/EFE]

Le coût économique des contrôles qui doivent permettre de s’assurer que la 5G ne comporte pas de risques sanitaires et environnementaux ne doit pas constituer un prétexte pour précipiter la mise en place de cette technologie, avertissent des scientifiques.

Un séminaire en ligne sur « l’impact de la technologie 5G sur la santé et l’environnement » a été organisé lundi 7 décembre par le comité de l’avenir de la science et de la technologie au sein du Parlement européen. Il a été coanimé par les députés européens Ivo Hristov (S&D, Bulgarie) et Michèle Rivasi (Verts/ France).

Selon Ivo Hristov, les partisans du réseau de cinquième génération insistent sur le fait qu’il n’y a aucun risque et affirment que les retards dans l’introduction de la nouvelle technologie ne feront qu’entraîner des pertes. À l’autre extrême, les détracteurs de la 5G dénigrent la technologie et promeuvent des théories de conspiration mondiale.

« Caricaturer les préoccupations des citoyens suscite la colère, et dans certains pays, nous avons été témoins de violences. L’approche scientifique est la seule manière adéquate d’aller de l’avant », a plaidé Ivo Hristov.

Les scientifiques qui ont pris part au débat ont pour leur part émis des réserves concernant l’évaluation de l’impact que les réseaux de cinquième génération peuvent avoir à long terme sur la santé humaine. Et ils ont insisté sur l’importance de poursuivre la recherche, mais avec une méthodologie claire.

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Le Dr Rodney Croft, directeur du centre australien pour la recherche électromagnétique et les impacts sur le corps humain (Australian Center for Electromagnetic Research and Impacts on the Human Body), également membre de la commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants, a souligné que les recherches actuelles se fondaient principalement sur des hypothèses.

Il a ajouté que bien que des recherches soient en cours, les experts n’étaient pas sur la même longueur d’onde concernant les méthodes scientifiques utilisées.

D’après lui, la technologie 5G utilise les ondes électromagnétiques les plus rapides, pour lesquelles la recherche actuelle est mal équipée, et les conditions ne sont pas réunies pour mener des études à long terme qui permettraient de tirer des conclusions scientifiques solides. Il a cependant ajouté qu’il n’y avait pas non plus à l’heure actuelle de données concernant les effets nocifs de la 5G sur la santé humaine.

La Commission européenne avait espéré que les réseaux 5G pourraient être lancés dans tous les pays de l’UE d’ici à la fin 2020, mais elle a récemment admis que l’ensemble du processus avait subi des retards en raison du report de la mise aux enchères des fréquences du spectre, engendré par la pandémie de coronavirus.

Aucune preuve de danger

Elizabeth Cardis, de l’Institut de santé mondiale de Barcelone, a déclaré qu’il n’y avait toujours pas de preuve de l’existence d’un lien entre des niveaux plus élevés de rayonnement micro-ondes et un type particulier de morbidité.

« Les lignes directrices au niveau scientifique et politique ne sont pas suffisantes. La 5G en est à ses débuts et nous n’avons pas d’informations sur l’impact des fréquences plus élevées sur les tissus », a-t-elle ajouté.

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Selon Fiorella Bellpoggi, de l’Institut Ramazzini de Bologne (Italie), l’effet cancérigène et le danger de la 5G pour la santé reproductive devraient être similaires à ceux de la 4G. Spécialiste des pathologies humaines et animales, elle évalue depuis des décennies les risques liés à l’utilisation de certains produits chimiques.

Le Dr Bellpoggi a souligné que l’impact des téléphones portables sur la santé ne devait pas être sous-estimé. Des expériences scientifiques ont montré que les personnes qui utilisent plus fréquemment des appareils mobiles sont plus exposées au risque de tumeurs cérébrales et de cancer de l’oreille.

« Il règne une grande incertitude au sujet des limites de champ magnétique qui sont sans danger pour la santé humaine. Jusqu’à présent, il a été difficile de les mesurer », a-t-elle ajouté.

« La plus grande expérience menée sur les humains »

Une chose est sûre : tester l’impact des réseaux 5G constituera la plus grande expérience menée sur l’homme au cours de toute l’histoire de l’humanité, a relevé Fiorella Bellpoggi. Selon elle, la nouvelle technologie doit d’abord être testée sur des animaux avant que l’on évalue son impact sur les humains. Elle recommande vivement aux entreprises de fabriquer des téléphones plus sûrs qui minimisent le risque d’exposition.

Franz Carscher, l’expert de la Commission européenne, a déclaré que l’exécutif de l’UE recommandait qu’un vaste débat public ait lieu sur cette question, impliquant toutes les parties prenantes, en particulier les opposants au réseau 5G.

Il a souligné qu’il n’existait pas de preuve concluante que le réseau 5G était nuisible.

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En outre, a-t-il poursuivi, tous les appareils qui ont été mis sur le marché européen jusqu’à présent répondent à toutes les exigences et recommandations sanitaires et techniques. Franz Carscher a toutefois relevé qu’il fallait se montrer « prudents avant de faire un tel pas » et a enjoint les États membres à suivre les recommandations de la Commission.

« La Commission européenne est consciente que les gens sont inquiets pour leur santé. C’est pourquoi les technologies doivent être améliorées, et la recherche scientifique doit être renforcée », a-t-il ajouté.

Bien qu’elles favorisent l’activité humaine, de nombreuses technologies modernes ont un impact négatif sur l’environnement. Dans ce contexte, l’impact de la 5G sur la nature est également étudié.

Arno Thielens, de l’Université de Gand en Belgique, a déclaré qu’il était difficile de déterminer l’impact de la nouvelle gamme de fréquences radio, tandis que Gérard Ledoig, de l’Université de Clermont en France, a prévenu que les fréquences du nouveau réseau produiraient un effet négatif sur la pollinisation par les insectes et nuiraient aux populations d’abeilles.

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