Le mécanisme de stabilisation en coma artificiel après le sommet européen

[European Union]

Les dirigeants européens ont renoncé à renforcer l’accord de l’Eurogroupe sur les réformes de l’Union économique et monétaire, qui inclut un instrument budgétaire pour la zone euro.

L’accord conclu par les ministres des Finances de la zone euro ressemble aux paroles de Bruce Springsteen « you can look but you better not touch » (tu peux regarder mais tu devrais pas toucher), a déclaré le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à propos des conclusions du Conseil sur l’approfondissement de l’Union économique et monétaire.

L’Espagne, aux côtés de la France, sont les plus grands défenseurs d’un budget de la zone euro, qui comprendrait un mécanisme de stabilisation. Un outil qui doit permettre de soutenir les pays faisant face à des choc macroéconomique, afin de ne pas déstabiliser l’ensemble de la zone euro.

Pedro Sánchez et Emmanuel Macron se sont toutefois montrés résignés face au manque de consensus pour avancer dans ce domaine, du moins pour l’instant.

L’accord conclu par l’Eurogroupe et soutenu par le Conseil européen, qui ne résout pas la question de la gouvernance ou celle des sources de financement de l’instrument « est un pas en avant mais pas suffisant », a reconnu Emmanuel Macron.

Pour le président français, même si la fonction de stabilisation –qui vise à soutenir les pays exposés au risque de chocs asymétriques – n’a pas réuni de consensus en décembre dernier, « nous ne devons pas, de mon point de vue, renoncer à cet objectif. »

« La stabilisation est indispensable. Toutes les théories montrent que lorsque nous partageons une monnaie commune, nous avons besoin d’instruments qui nous permettent de répondre à des chocs asymétriques et donc avoir un mécanisme de stabilisation », a-t-il insisté.

Il est toutefois conscient de la faible probabilité d’avancer davantage sur cette question à court terme et appelle donc la nouvelle Commission européenne à encourager la finalisation de la réforme de la zone euro, la transformation de l’instrument budgétaire en un mécanisme auto-suffisant et auto-gouverné, incluant un mécanisme de stabilisation.

Les divisions persistent sur le financement du budget de la zone euro

Les ministres européens des Finances ont trouvé un accord sur un  budget de la zone euro, mais son envergure est bien en deçà des attentes françaises et presque tous les aspects de ce dossier, y compris la source de financement, continent de diviser.

 

Hors de question pour les Pays-Bas

Face aux espoirs douchés mais toujours élevés de la France et de l’Espagne, les Pays-Bas sont radicalement opposés à toute fonction stabilisatrice pour l’instrument budgétaire de la zone euro.

« La stabilisation c’est fini. Le budget de la zone euro aussi », a affirmé le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, lors d’une conférence de presse post-sommet.

Mark Rutte a expliqué qu’en 2018, les membres de la zone euro, surtout lui et Emmanuel Macron, avaient vivement débattu de la fonction de stabilisation. Le Premier ministre néerlandais a rappelé que ce qui avait été conclu était un instrument pour soutenir la compétitivité et la convergence, dans le contexte du budget à long terme de l’UE.

La chancelière allemande, Angela Merkel, qui n’est pas particulièrement fan du mécanisme de stabilisation non plus, a déclaré aux journalistes qu’elle était « satisfaite des conclusions concernant la zone euro. »

Malgré l’accord de décembre, les États membres ont essayé de rouvrir le débat sur la nécessité d’une option d’investissement pour absorber les chocs économiques soudains, particulièrement la France et l’Espagne, mais Mark Rutte a campé sur sa position.

L’introuvable budget de la zone euro

Les chefs d’État et de gouvernement vont échouer à adopter un budget de la zone euro lors du sommet du 14 décembre 2018, assure Pervenche Berès. Elle en donne ici les raisons, apportant un éclairage nécessaire sur les enjeux du sommet. Un décryptage en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès.

Nouveau délai

Le jeudi 20 juin, les dirigeants européens ont validé l’agenda stratégique qui établit les priorités pour les cinq prochaines années. Approfondir l’Union économique et monétaire fait partie des principaux objectifs de l’UE.

« Nous devons veiller à ce que l’euro soit bénéfique pour nos citoyens et reste résilient, en approfondissant l’Union économique et monétaire dans toutes ses dimensions, en achevant l’union bancaire et l’union des marchés des capitaux et en renforçant le rôle international de l’euro », peut-on lire dans les conclusions.

Une tâche qui reste pourtant en suspens. Dans les conclusions du sommet, aucune mention n’est faite du Système européen d’assurance des dépôts, le troisième pilier de l’Union bancaire.

L’UE à 27 a fait le bilan des progrès réalisés sur la réforme de l’UEM et a appelé les ministres des Finances à poursuivre leur travail dans les prochains mois.

Les États membres devront finaliser d’ici à fin 2019 la réforme du traité pour élargir les compétences du Mécanisme européen de stabilité (MES), a expliqué le président du Conseil, Donald Tusk.

L’UE à 27 appelle dans ses conclusions les ministres des Finances à continuer les discussions sur les questions en suspens de l’établissement d’un instrument budgétaire pour la zone euro : sa taille, la source de financement et les conditions d’accès au paquet.

Les États membres devraient avoir leur première discussion politique sur le budget à long terme de l’UE en octobre et trouver un accord d’ici à la fin de l’année. Si la zone euro veut avoir son propre instrument budgétaire, elle devra trouver un accord d’ici là.

Les divisions persistent sur le financement du budget de la zone euro

Les ministres européens des Finances ont trouvé un accord sur un  budget de la zone euro, mais son envergure est bien en deçà des attentes françaises et presque tous les aspects de ce dossier, y compris la source de financement, continent de diviser.

 

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