Stratégie de Lisbonne : les bons et les mauvais élèves selon deux nouveaux rapports [FR]

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Une semaine avant le Sommet européen de printemps, deux think tanks ont présenté une évaluation des progrès des réformes dans le cadre de la stratégie de Lisbonne. Ces deux études n’hésitent pas à « nommer et stigmatiser » les bons et les mauvais élèves parmi les Etats membres.

Deux think tanks européens ont préparé des rapports d’évaluation sur l’état d’avancement des réformes dans les Etats membres et sont parvenus à des conclusions légèrement différentes. Cependant, les deux think tanks osent également ce que la Commission évite de faire : montrer du doigt les « bons » et les « méchants » du processus de réforme de Lisbonne.

Le think tank bruxellois Bruegel a présenté son analyse de la relance de la stratégie de Lisbonne le 14 mars 2006. Dans cette analyse, Jean Pisani-Ferry et André Sapir préviennent l’UE qu’elle ne doit pas manquer la « dernière sortie vers Lisbonne ». Ils ont évalué les programmes de réforme nationaux et l’évaluation de la Commission de ces programmes. Sur une échelle de 1 à 12, la plupart des pays obtiennent un résultat inférieur à 6 s’agissant de la propriété de l’agenda de Lisbonne. « Propriété » dans ce contexte fait référence à l’engagement des parlements nationaux, des partenaires sociaux et de la société civile au niveau des critères des programmes de réforme nationaux. 

Selon le classement de Bruegel, l’Estonie a la meilleure « propriété » (11 sur 12), suivie de 9 autres pays (Autriche, Danemark, Pologne, Espagne et autres) avec 7 sur 12). Les pays où les acteurs mentionnés ci-dessus sont les moins impliqués sont la Belgique (3), l’Allemagne (2) et le Royaume-Uni (2).

Dans leur évaluation du rapport de la Commission sur les programmes de réforme nationaux, MM. Pisani-Ferry and Sapir ont reproché aux lignes directrices intégrées d’etre ‘encore trop nombreuses » et ont demandé à la Commission de « simplifier les lignes directrices de Lisbonne et d’en définir les priorités ».

Dans un nouveau classement de Lisbonne qui doit être présenté le 20 mars 2006 à Bruxelles, le think tank londonien Centre for European Reform (CER) est plus positif au sujet des progrès réalisés. « De nombreuses tendances sous-jacentes sont positives », indique le CER dans son communiqué de presse, « lentement, mais sûrement, l’UE progresse dans la plupart des domaines couverts par l’agenda de Lisbonne. »

Dans le classement par le CER des pays ayant les meilleurs résultats (les « bons ») et de ceux étant à la traîne (les « méchants »), le Danemark est le premier, suivi de près par la Suède et l’Autriche. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande obtiennent également des scores élevés. Les pays méditerranéens comme l’Italie, la Grèce et le Portugal sont en bas du classement, mais le principal « méchant » du rapport est la Pologne.

Lors d'une conférence de presse au cours du Sommet européen des Affaires le 17 mars 2006, le vice-président de la Commission, Günter Verheugen, a déclaré à EURACTIV à propos du rapport de Bruegel : "Il est trop tôt pour juger la nouvelle stratégie alors que les programmes de réforme nationaux ont seulement été présentés il y a quelques semaines." Il a également indiqué que la stratégie de "nommer et stigmatiser" n'avait jamais prouvé son efficacité dans les relations internationales. "Ce rapport repose davantage sur l'idéologie que sur la science," a conclu M. Verheugen.

Lors de la même conférence de presse, Philippe de Buck, responsable de la fédération européenne des employeurs UNICE, a soutenu le fait que le commissaire Verheugen refuse l'approche 'nommer et stigmatiser'. Il est ainsi clairement en contradiction avec son président Ernst-Antoine Sellière, qui a indiqué quelques mois plus tôt au cours d'une autre conférence de presse de l'UNICE que son organisation n'hésiterait pas à stigmatiser les pays qui ne progressent pas.

Les 23 et 24 mars 2006, les chefs d'Etat et de gouvernement se réuniront lors du Sommet annuel de printemps pour évoquer les progrès des réformes pour la croissance et l'emploi dans le cadre de la stratégie de Lisbonne. Les programmes de réforme nationaux de Lisbonne seront l'un de leurs principaux points d'attention. 

En 2005, la Commission a relancé l'agenda de Lisbonne, mettant davantage l'accent sur la croissance économique et l'emploi et impliquant davantage les gouvernements nationaux, ainsi que les autres parties concernées au niveau national, dans le processus de réforme. La relance de "Lisbonne 2" repose sur les recommandations d'un groupe d'hommes avisés dirigés par l'ancien Premier ministre hollandais Wim Kok. L'une des recommandations du "rapport Kok" n'a pas été reprise par "Lisbonne 2" : l'idée de "nommer et stigmatiser" les performances des pays sur leurs réformes socio-économiques.

  • Le Conseil européen (Sommet de printemps) aura lieu les 23 et 24 mars 2006.

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