Taux négatifs: Draghi au chevet des banques

Mario Draghi ce le 27 mars 2019 à Francfort lors d'une conférence de presse. [Kai Pfaffenba]

Le président de la BCE a laissé entendre que des mesures pourraient être prises pour compenser les taux négatifs appliqués sur les dépôts des banques. Les valeurs bancaires ont aussitôt flambé en Bourse. Un article de notre partenaire, La Tribune.

La hausse des taux d’intérêt n’est pas pour demain, mais les banques vont peut-être un peu moins souffrir. Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a indiqué ce mercredi 27 mars que l’institution pourrait remédier aux effets secondaires indésirables des taux négatifs qui affectent les établissements bancaires.

« Si nécessaire, nous devons réfléchir à la possibilité de mesures permettant de préserver les implications favorables des taux négatifs sur l’économie tout en atténuant leurs effets secondaires, s’il y en a », a déclaré Mario Draghi, dans un discours devant les observateurs de la BCE à Francfort.

Les liquidités excédentaires que les banques laissent en sécurité au jour le jour dans les coffres de la BCE subissent un taux de rémunération négatif depuis 2014, fixé à -0,40% depuis mars 2016. Ce « taux de la facilité de dépôt » rapporte de l’argent aux banques centrales, plus de 7 milliards d’euros d’intérêts par an pour la BCE. Pour mémoire, le bénéfice net de la BCE est distribué aux banques centrales nationales de la zone euro (1,5 milliard d’euros en 2018).

Ce commentaire de Mario Draghi a fait bondir en Bourse les valeurs bancaires un peu partout en Europe. Crédit Agricole s’adjuge près de 3,5%, Natixis (BPCE) plus de 3%, Société Générale et BNP Paribas plus de 2%.

Vers un taux progressif ?

Les banques se disent étranglées entre d’une part des taux très bas, qui rognent leur marge d’intérêt lorsqu’elles accordent des prêts aux particuliers ou aux entreprises et rendent leur activité de banque de détail peu rentable, et d’autre part cette « taxe » sur les dépôts, qu’ils ne peuvent répercuter sur leurs clients, au risque de les voir partir à la concurrence.

Aucune mesure précise n’aurait été discutée mais l’objectif serait de rendre une partie de ces intérêts aux banques. L’une des pistes avancées par les banques elles-mêmes serait un taux de dépôt progressif, variable, par palier, à définir, selon l’agence Reuters.

Mario Draghi a toutefois nuancé en arguant que « la faible rentabilité des banques n’est pas une conséquence inévitable des taux bas ».

« Les banques les plus performantes de la zone euro en termes de rendement des capitaux propres entre 2009 et 2017 partagent trois caractéristiques principales : elles ont été en mesure de réduire de manière significative leurs ratios coûts/revenus; elles se sont lancés dans des investissements à grande échelle dans les technologies; et elles ont su diversifier leurs sources de revenus dans un environnement de taux bas », a noté le président de la BCE.

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La hausse des taux encore repoussée, au-delà de la fin 2019 ?

Le fait que la Banque centrale européenne semble se préoccuper de l’effet de sa politique monétaire sur les établissements de la zone euro s’inscrit aussi dans une séquence : les banques vont devoir faire preuve de patience, la BCE ayant officiellement indiqué le 7 mars dernier qu’elle repoussait le relèvement des taux de six mois, « au moins jusqu’à la fin de 2019 ». Or, ce mercredi, Mario Draghi a laissé entendre que l’horizon pourrait encore s’éloigner.

« Comme nous l’avons fait lors de notre réunion de mars, nous veillerons à ce que la politique monétaire continue d’accompagner l’économie en ajustant nos indications sur la trajectoire future des taux pour refléter les nouvelles perspectives d’inflation », a-t-il déclaré.

Les marchés ont rapidement réagi: les contrats à terme sur l’Euribor, qui reflètent les anticipations des investisseurs en matière de hausse des taux, ont montré une baisse de la probabilité d’une action de la BCE l’an prochain, n’intégrant plus qu’une hausse de 6 points de base d’ici à la fin de 2020, contre près de 20 points il y a deux semaines.

La semaine dernière, la Fed américaine avait aussi pris de court les marchés en annonçant qu’elle n’envisageait plus de hausse de taux cette année. Un message qui a été pris comme un avertissement sur la croissance et qui a provoqué une inversion de la « courbe des taux » : le rendement des bons du Trésor à dix ans est passé au-dessous de celui des bons à trois mois pour la première fois depuis 2007. Un signe habituellement annonciateur de récession.

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La Tribune

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