Les jeunes inactifs, un défi persistant au sein de l’UE

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La crise financière de la précédente décennie a sévèrement affecté les jeunes générations. 15 % des jeunes européens ne sont ni étudiants, ni employés, ni stagiaires. Un phénomène devenu un problème structurel pour l’Union européenne.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), près d’un emploi sur dix occupé par des jeunes a été détruit durant la récession. Et le taux d’emploi des jeunes met un temps considérable à se rétablir.

« Dans tous les pays, le taux de chômage des jeunes est généralement plus élevé que celui des adultes et la récente crise économique et financière a porté un coup très dur aux jeunes », relève Massimiliano Mascherini, chef d’unité des politiques sociales à la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.

Si le phénomène des jeunes entre 20 et 34 ans qui ne sont ni étudiants, ni employés, ni stagiaires (NEET) a été exacerbé par la crise, les données montrent qu’il s’agit désormais d’un problème d’ordre structurel. Selon les chiffres d’Eurostat, depuis le début de la crise, la proportion de jeunes qui n’ont ni emploi, ni éducation ou formation a lentement augmenté pour atteindre un pic de 20 % en 2013.

« La crise a eu un impact asymétrique fort. Elle a fait exploser les problèmes structurels des États membres et fait bondir le chômage des jeunes », a expliqué Massimiliano Mascherini. La fin des turbulences économiques a contribué à réduire le taux d’inactivité des jeunes mais la situation stagne.

En 2018, le taux de NEET dans l’UE était de 16,5 % en moyenne. Bien que ce niveau soit semblable à celui de la période d’avant la crise, les turbulences de l’économie mondiale ne vont probablement pas améliorer les choses.

Ce retour à un taux ancien constitue « une bonne nouvelle », selon Massimiliano Mascherini, « malheureusement, la reprise n’a pas atteint [tous] les États membres »,

L’Italie (28,9 %), la Grèce (26,8 %), la Bulgarie (20,9 %), la Roumanie (20,6 %) et la Slovaquie (20 %) sont les États membres dont la situation est la plus préoccupante. Alors que la Suède (8 %), les Pays-Bas (8,4 %), le Luxembourg (9,9 %), Malte (10,1 %) et l’Autriche (10,6 %) sont les pays où le taux de jeunes inactifs est le plus faible.

Comparer la situation de l’Italie et de la Suède permet de comprendre les différences considérables qui existent entre certains États membres. La proportion de jeunes exclus était 3,6 fois plus élevée chez les jeunes Italiens que chez les jeunes Suédois en 2018.

La garantie jeunesse doit s’adapter aux changements du marché du travail

Alors que la nouvelle Commission européenne s’engage à remanier la garantie européenne pour la jeunesse, afin de lutter plus efficacement contre le chômage des jeunes, Euractiv a interrogé des experts sur la forme que ce mécanisme devrait prendre à l’avenir.

Les facteurs d’âge et de sexe

La période de transition entre l’éducation et le travail s’est prolongée au cours des dernières années et les changements dans le monde du travail se traduisent par un marché de l’emploi de plus en plus imprévisible.

L’évolution constante des compétences requises a aussi un impact sur cette transition, car certains décident de reprendre leurs études pour s’assurer qu’ils sont aptes à occuper un emploi. Mais cela peut également démobiliser ceux qui font face à un échec.

Les statistiques montrent que les femmes sont plus susceptibles de devenir des NEET et l’écart entre les sexes est assez considérable. En 2018, jusqu’à 20,9 % des jeunes femmes dans l’UE étaient des NEET. Chez les jeunes hommes, le taux n’est que de 12,2 %.

Autre différence majeure : alors que les jeunes hommes sont davantage confrontés au chômage, les jeunes femmes sont tout simplement inactives. Et plus elles avancent en âge, plus elles sont susceptibles d’être exclues des structures d’emploi et d’éducation.

Les raisons de cette situation s’inscrivent dans la droite ligne de celles qui expliquent l’exclusion des femmes du marché du travail ou les écarts en matière de rémunération ou de retraite. Elle vont des responsabilités familiales à la discrimination fondée sur le sexe et à la ségrégation professionnelle.

L’éducation reste un facteur de différenciation déterminant. Les jeunes ayant un faible niveau d’éducation courent quatre fois plus de risques de devenir des NEET que ceux qui ont une formation de haut niveau.

« La compétence numérique n’est pas innée chez les jeunes »

Née avec Internet, la génération Y n’a pourtant pas toujours les compétences numériques nécessaires aux emplois de demain. Une lacune à laquelle la formation en ligne peut apporter des réponses.

En 2018, les taux d’exclusion du système éducatif et du marché du travail atteignaient des niveaux alarmants pour les jeunes de 20 à 34 ans ayant un faible niveau d’éducation : 62 % en Slovaquie, 48 % en Irlande ou encore 18 % au Luxembourg. En Grèce cependant, 26,6 % des jeunes ayant un niveau d’éducation élevé sont des NEET, contre 3,5 % à Malte.

Charge socio-économique

Les personnes qui ne travaillent pas ou ne suivent pas de formation sont plus exposées aux risques de pauvreté et d’exclusion sociale, notamment en l’absence d’un soutien adéquat du système public. « Un désengagement persistant rend le passage à l’âge adulte difficile, ce peut laisser des traces à long terme », explique Massimiliano Mascherini.

« Être NEET n’est pas seulement un problème pour l’individu, c’est aussi un problème pour la société et l’économie », ajoute-t-il.

Lorsqu’il a atteint son pic historique en 2013, le coût du manque de productivité et des impôts non payés a atteint plus de 153 milliards d’euros selon des calculs, et ce, uniquement au sein de l’UE.

L'inégale réussite de l’initiative pour l’emploi des jeunes

Dans certains États membres, l’Initiative pour l’emploi des jeunes a servi à financer des contrats d’un mois, voire moins. Une situation qui ne saurait être tolérée, estime l’eurodéputée Romana Tomc.

 

Massimiliano Mascherini souligne la nécessité de prendre en compte l’hétérogénéité des NEETs pour s’attaquer au problème. « L’appellation NEET regroupe des jeunes avec des besoins très différents », relève-t-il, en louant la recommandation du Conseil aux États membres pour qu’ils adaptent la mise en œuvre de la garantie européenne pour la jeunesse à leur contexte national.

« La jeunesse doit demeurer au centre de l’agenda politique. Investir dans la jeunesse est de la plus haute importance pour l’avenir de l’Europe et pour la durabilité du projet européen », plaide Massimiliano Mascherini.

Il enjoint la Commission européenne à offrir aux jeunes des outils pour leur assurer « la possibilité d’une transition complète vers l’âge adulte, tels que le logement et l’aide à la garde d’enfants, ce qui leur permettra de devenir des membres à part entière de nos sociétés ». Cela, estime-t-il, aiderait également à rétablir la confiance des jeunes à l’égard les institutions.

Dans les mois à venir, le commissaire à l’emploi et aux droits sociaux, Nicolas Schmit, devrait dévoiler une stratégie actualisée en matière de compétences pour l’Europe, afin de remédier à l’actuel déficit de compétences et renforcer la garantie pour la jeunesse. Ces deux mesures pourraient contribuer à relever ce défi permanent pour l’UE.

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