Le pilier social européen toujours dans les limbes

Les pères n'ont pas exemples pas les mêmes droits dans toute l'Europe. [Spirit-Fire/Flickr]

Les États membres semblent peu pressés de concrétiser le pilier social prévu par la Commission. La présidence autrichienne vient même d’annuler, sans raison apparente, une réunion ministérielle à ce sujet.

Les dirigeants européens ont lancé le projet de « pilier social », ou socle européen des droits sociaux, dans la ville suédoise de Göteborg, en novembre 2017. Le projet devait être la preuve par la Commission que l’UE n’était pas seulement un gardien des politiques fiscales.

Or, la réunion du Conseil emploi et politique sociale (EPSCO) prévue pour le 11 octobre a été annulée par la présidence autrichienne de l’UE. Une décision que nombre d’observateurs ont interprétée comme un recul de l’engagement européen. La réunion devait porter sur les avancées du pilier des droits sociaux, et en particulier sur l’instauration d’une autorité européenne du travail.

« Une mise en œuvre rapide de ce projet n’est pas un extra, mais une priorité d’une importance fondamentale », a réagi Luca Visentini, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES). « Le pilier social inclut des mesures tout à fait nécessaires pour améliorer la vie des travailleurs partout en Europe : s’attaquer aux emplois précaires, encourager un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle et garantir une meilleure protection sociale.

Selon Nicolas Schmit, le ministre luxembourgeois à l’Emploi, « la présidence autrichienne envoie un très mauvais message en annulant cette réunion ». Aucune raison n’a été fournie pour expliquer le changement de plan.

Les approches divergentes des gouvernements en termes d’engagement  en faveur du pilier social se reflètent dans les écarts de leurs politiques d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

L’Allemagne, la Finlande et la Slovénie font partie des États européens qui avantagent les entreprises proposant des horaires flexibles à leurs employés. En Belgique, ceux-ci ont droit à une « pause carrière », qui leur permet de réduire leurs heures ou de prendre une année entière de pause.

Près de 40 % des personnes interrogées par l’enquête européenne sur la qualité de vie en 2016 ont indiqué qu’elles avaient du mal à assumer toutes leurs responsabilités familiales à cause du temps qu’elles passent au travail. C’est dans le sud et l’est du continent que ces problèmes sont les plus accentués.

En Lettonie et à Chypre, ils sont respectivement 67 % et 96 % à trouver que le travail rend difficile le respect de leurs obligations familiales. Ce sont à l’inverse les pays scandinaves où cet équilibre est le plus satisfaisant.

Les pays où la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle est la plus facile sont ceux où les femmes participent le plus à l’économie : en Scandinavie et dans le nord de l’Europe.

L'équilibre vie professionnelle/vie privée divise l'UE

Plus de 300 organisations et un groupe d’eurodéputés appellent les ministres de l’Emploi à accorder leurs violons, afin de commencer les négociations sur la future directive sur l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée.

 

Une enquête de la Commission a révélé qu’en 2017, seuls cinq États membres donnaient aux parents d’un enfant de moins de 12 ans le droit de demander des horaires flexibles.

L’adoption de pratiques plus adaptées à la vie de famille est un point essentiel de la proposition de directive sur l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle.

Il faudra cependant s’activer pour que la directive soit adoptée avant la fin du mandat actuel, en 2019. Les ministres de l’UE se sont mis d’accord sur une position commune fin juin, et les négociations en trilogue avec les eurodéputés sont toujours en cours.

La Commission est à présent dans une impasse. Elle n’a pas le pouvoir d’imposer un modèle de politique sociale aux États membres, et Jean-Claude Juncker a lui-même admis dans son discours sur l’état de l’Union de 2017 que « les systèmes sociaux nationaux resteraient encore longtemps divergents ».

Maria Joao Rodrigues : «le pilier social n’est qu’un début»

Jean-Claude Juncker a le mérite d’avoir fait des questions sociales une priorité pour la Commission européenne, estime l’eurodéputée socialiste Maria Joao Rodrigues. Elle désapprouve par contre du comportement d’autres dirigeants de centre droit, comme Angela Merkel, absente du sommet sur les droits sociaux.w.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.