L’exécutif européen dénonce officiellement les fake news de la Chine

La vice-présidente de la Commission, Věra Jourová. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

La Commission européenne estime que la Chine mène une campagne de désinformation sur le COVID-19 en Europe. C’est la première fois que l’exécutif européen dénonce publiquement l’État chinois et ses fake news.

La vice-présidente de la Commission, Věra Jourová, et le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, ont présenté une communication intitulée « Lutter contre la désinformation sur le COVID-19 ». Ils y dénoncent la diffusion de fausses nouvelles sur le coronavirus que certains acteurs, comme la Russie ou la Chine, favorisent.

« Des acteurs étrangers et certains pays tiers, en particulier la Russie et la Chine, se sont engagés dans des opérations d’influence ciblées et des campagnes de désinformation liées [à la pandémie de coronavirus] en Europe […] et dans le monde ». Ils cherchent « à envenimer le débat démocratique, à exacerber la polarisation sociale et à améliorer leur propre image dans le contexte du COVID-19 », indique le rapport.

Selon la Commission, cette infox peut prendre la forme de conseils erronés, selon lesquels « la consommation d’eau de Javel ou d’alcool pur [pourrait] guérir du coronavirus », par exemple, ou de théories du complot, qui prétendent entre autres que le COVID-19 serait « une infection créée par les élites mondiales pour réduire la croissance démographique ».

Lors d’une conférence de presse mardi 9 juin en amont de la publication du document, Věra Jourová avait clairement exprimé ses sentiments par rapport aux campagnes de désinformation menées par l’Empire du Milieu.

« Nous avons, pour la première fois, décidé de nommer la Chine dans notre rapport. Je suis heureuse que nous l’ayons fait, car si nous avons des preuves, nous devons le signaler », a-t-elle déclaré. « Il est temps de dire la vérité. »

La Commission n’a toutefois pas pu répondre à Euractiv quant au type de preuves recueillies, et si l’opération menée par la Chine était aussi une initiative gouvernementale comme en Russie.

Les campagnes russes de propagande en ligne et de fake news sont dans le collimateur de l’exécutif européen depuis longtemps. L’institution surveille tout particulièrement les activités de l’Agence de recherche sur Internet du pays, qui établit des réseaux d’influence sur le Web pour le compte de clients gouvernementaux.

La division d’analyse stratégique des communications et de l’information du Service européen d’action extérieure (SEAE), qui avait été mobilisée dans le cadre de la task force East Stratcom en 2015, se charge généralement d’analyser la désinformation provenant de Russie et l’impact de celle-ci sur les États membres.

Josep Borrell a laissé entendre que la désinformation pratiquée en Extrême-Orient pourrait être davantage surveillée, mais il n’a pas précisé si une division spécifique allait être établie ou non pour couvrir cette zone géographique.

Le scandale chinois du SEAE

Il y a peu, le SEAE a déclenché un scandale lorsque des médias ont rapporté que l’institution avait édulcoré ses allégations contre la Chine sous la pression de Pékin — une information que le SEAE s’est empressé de démentir.

L'UE nie avoir édulcoré un rapport sur la désinformation sous la pression de Pékin

Le Service européen pour l’action extérieure a démenti les propos des médias affirmant que l’institution, mise sous pression par Pékin, aurait édulcoré les allégations figurant dans l’un de ses rapports sur les campagnes de désinformation menées par l’État chinois.

Des fonctionnaires chinois avaient été prévenus de la fuite dans la presse d’une première version du rapport, dans lequel l’UE confrontait directement l’État chinois à propos ses campagnes de désinformation. Le 24 avril, le SEAE a finalement publié une seconde version du document qui accusait toujours la Chine, mais de façon plus subtile. Josep Borrell a par la suite admis que des fonctionnaires chinois avaient « fait part de leurs inquiétudes » concernant le premier document qui avait fuité.

Bonnes pratiques contre la désinformation

Outre la Chine et la Russie, la communication de cette semaine examine aussi les mesures prises par les plateformes Internet qui ont signé le code de bonnes pratiques contre la désinformation. À cet égard, les plateformes sont invitées à fournir des rapports mensuels dans lesquels elles décrivent les actions qu’elles mènent pour « promouvoir un contenu faisant foi, davantage sensibiliser les utilisateurs et limiter la désinformation sur le coronavirus et la publicité qui lui est liée ».

Elles sont également priées de renforcer leur coopération avec les « vérificateurs de faits » dans toutes les langues de l’UE et d’informer les utilisateurs confrontés à des infox.

La Commission a mis en place le code de bonnes pratiques contre la désinformation en octobre 2018, afin de lutter contre les fausses nouvelles lors des élections au Parlement européen de mai 2019. Mercredi, Věra Jourová a signalé que la plateforme chinoise de partage de vidéos TikTok était le dernier réseau en date à avoir adopté le code.

Cependant, pour certains acteurs de la société civile, cet ensemble de règles ne suffit pas pour obliger les plateformes à empêcher la diffusion de fausses informations sur le Web.

« À l’heure où les mensonges sur le COVID-19 coûtent littéralement des vies, Bruxelles ne peut se permettre de se retirer du débat de fond, [qui est de] réglementer la désinformation avant qu’elle ne nous réglemente. L’appel aux armes de la vice-présidente, Věra Jourová, doit se transformer d’urgence en un effort global de réglementation », soutient Luis Morago, directeur de campagne chez Avaaz.

Législation sur les services numériques et Plan d’action en faveur de la démocratie

En attendant, la Commission doit publier d’ici peu son évaluation sur l’efficacité du code. Věra Jourová a indiqué mercredi que les enseignements tirés de l’application de ce règlement seraient intégrés à la législation sur les services numériques et au Plan d’action de l’UE en faveur des droits de l’homme et de la démocratie, qui doivent tous deux être présentés avant la fin de l’année.

La législation sur les services numériques vise à réglementer l’écosystème en ligne dans toute une série de domaines, notamment la publicité politique et les contenus offensants, tandis que le plan d’action pour la démocratie cherche à davantage protéger les élections européennes des interférences étrangères.

Věra Jourová a cependant déclaré qu’aucune « réglementation stricte » ne serait imposée dans le cadre de ces deux initiatives, parce qu’elle souhaitait privilégier la liberté d’expression.

Elle a souligné que le plan d’action pour la démocratie avait pour but de « réduire l’impact » de la désinformation dans le contexte des élections, plutôt que de l’interdire complètement.

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