La guerre commerciale commence à affecter la croissance européenne

Pierre Moscovici [European Commission]

La Commission européenne a revu à la baisse de 0,2 % ses prévisions de croissance pour cette année par rapport à ses prévisions d’il y a trois mois. En cause, une production plus faible que prévu, et des risques externes, comme la guerre commerciale, en hausse.

Selon les dernières prévisions publiées le 12 juillet, la Commission s’attend à ce que les économies de l’UE et de la zone euro enregistrent une croissance de 2,1 % cette année (contre 2,3 % prévus en mai dernier).

Les perspectives restent inchangées pour 2019, année lors de laquelle l’économie du bloc, y compris le Royaume-Uni, devrait croître de 2 %, soit le même chiffre que dans la zone euro.

Même s’il assure que les économies européennes sont « solides », le commissaire européen aux affaires économiques Pierre Moscovici a averti que « les risques sont nombreux du côté extérieur », lors de la présentation des prévisions intermédiaires de l’été.

Les prévisions comprenaient des chiffres actualisés pour la croissance et l’inflation, mais la situation budgétaire des économies nationales n’a pas été modifiée.

Risques grandissants

Le commissaire s’inquiète d’une escalade des tensions dans la guerre commerciale déclenchée par le président américain Donald Trump à l’encontre de ses grands partenaires commerciaux comme l’UE et la Chine.

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« Le protectionnisme n’est bon pour personne », a déclaré Pierre Moscovici, avant d’ajouter que ça n’entraînait « que des victimes et des pertes ».

En dehors des risques externes, des défis internes sont aussi à prendre en compte comme « l’incertitude politique dans certains États membres », a déclaré Pierre Moscovici, faisant référence aux négociations sur le Brexit.

« L’incertitude entourant l’issue de l’accord de transition sur le Brexit pèse sur la confiance », estime la Commission dans ses prévisions, et c’est l’une des raisons d’une croissance plus faible l’an prochain.

D’autres tensions sont également attendues avec l’Italie plus tard à l’automne, lorsque le gouvernement populiste présentera son plan budgétaire pour l’année prochaine, avec une augmentation des dépenses publiques allant à l’encontre des recommandations de l’UE.

La hausse des prix du pétrole pèse également sur la demande des grandes économies, dont l’Espagne.

Fin d’un cycle ?

En mai dernier, le directeur général de la Commission pour les affaires économiques et financières, Marco Buti, a déclaré qu’une escalade de la guerre commerciale pourrait perturber la chaine de valeur mondiale et faire dérailler la croissance européenne.

Pour Pierre Moscovici, les mesures protectionnistes n’ont jusqu’à présent « pas endommagé la force de notre économie », et les conditions d’une poursuite de la croissance sont encore là.

Parmi elles, l’exécutif européen a nommé une politique monétaire de soutien, l’amélioration des conditions du marché du travail et une demande privée robuste grâce à l’amélioration de la situation économique des entreprises et des ménages.

« Je ne veux pas sous-estimer les risques, ils existent sans aucun doute », en particulier les différends commerciaux, mais « nous sommes toujours dans ce cycle de croissance et nous ne nous attendons donc pas à une catastrophe », a commenté Pierre Moscovici.

Chute commerciale

Selon Eurostat, les exportations en dehors de l’UE ont chuté de 0,3 % au premier trimestre, par rapport à la même période l’année dernière. Les exportations à l’intérieur de l’UE ont quant à elle diminué de 0,6 %.

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L’exécutif européen craint qu’une escalade des conflits commerciaux n’affecte l’état providence des nations concernées. Leurs effets négatifs pourraient être amplifiés par l’instabilité des marchés financiers déclenchée par les stratégies divergentes des banques centrales pour mettre fin au soutien monétaire.

Les turbulences ont également touché les marchés européens. La dépréciation de l’euro par rapport au dollar a aidé les exportateurs et les marchés de la zone euro, mais les tensions commerciales et la hausse des prix du pétrole ont pesé sur les stocks de l’UE.

L’instabilité politique dans les États membres, y compris l’Italie, a également eu un impact négatif sur le sentiment des investisseurs, a noté la Commission.

La dynamique de croissance observée en 2017 a commencé à s’estomper au cours du premier semestre de l’année, et le ralentissement a été pire que prévu, ont déclaré les responsables.

La Commission a suggéré que la croissance européenne était supérieure à son taux à long terme depuis un certain temps. Des facteurs temporaires pourraient également avoir une influence sur la production, notamment les conditions météorologiques, Pâques et les congés maladie liés à la grippe.

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