«Les citoyens ne perçoivent pas l’Europe comme une réponse aux défis sociaux»

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Matthias Savignac est vice-président de l’AIM (Association Internationale de la Mutualité), délégué aux questions internationales à la Mutualité Française.

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’Europe sociale à l’heure des élections européennes.

À l’approche des élections européennes, la dimension sociale de l’Europe reste une grande inconnue aux yeux des citoyens européens.

Matthias Savignac est vice-président de l’AIM (Association Internationale de la Mutualité), délégué aux questions internationales à la Mutualité Française.

Les élections européennes se tiendront le 26 mai prochain. Quel bilan tirez-vous du dernier quinquennat européen en matière sociale ?

Sur la dernière décennie, très peu de textes européens se sont attachés à légiférer sur les questions sociales, l’accès à la santé ou la santé environnementale. L’Europe est restée concentrée sur des considérations principalement économiques.

En 2017, l’adoption du socle européen des droits sociaux a constitué une étape. Mais il s’agit davantage d’une grille de lecture permettant d’évaluer les politiques sociales des États membres, à l’aune du plus petit dénominateur commun. Ce n’est pas un texte coercitif portant un objectif de convergence vers le haut en matière de droit social.

Cette idée de convergence vers le haut a été portée par l’Organisation internationale du travail (OIT) qui a proposé un socle de protection sociale. Ce socle pourrait être repris au niveau européen en proposant un véritable « traité de convergence sociale » comprenant une harmonisation par le haut des droits sociaux.

Maria Joao Rodrigues : «le pilier social n’est qu’un début»

Jean-Claude Juncker a le mérite d’avoir fait des questions sociales une priorité pour la Commission européenne, estime l’eurodéputée socialiste Maria Joao Rodrigues. Elle désapprouve par contre du comportement d’autres dirigeants de centre droit, comme Angela Merkel, absente du sommet sur les droits sociaux.w.

On reproche souvent à l’Europe son inertie sur les sujets sociaux. Cette critique est-elle légitime ?

Même si les questions d’accès aux soins et de santé publique relèvent largement des États membres, l’Europe s’occupe de politique sociale, puisque cela fait partie de ses prérogatives. Mais est-ce que le citoyen se rend compte de cette action et la ressent dans sa vie quotidienne ?

Ce qui se passe en Italie, en Autriche, au Royaume-Uni avec le Brexit, montre que l’Europe est davantage perçue comme un frein aujourd’hui et que les citoyens ne voient pas l’utilité de l’UE dans leur vie quotidienne. Il y a une crise du vivre ensemble européen.

Justement, le Brexit a davantage été l’expression d’un rejet de l’Europe dans sa dimension plus sociale qu’économique.

Les Britanniques n’ont jamais critiqué les avantages économiques de l’Europe. Mais une communauté de destins, le vivre-ensemble, ne se bâtissent pas sur une simple union économique.

En matière d’Europe sociale, le point de vue d’un État n’a de sens que s’il est mis en résonance avec celui des autres pays. C’est pourquoi nous lançons un grand débat afin de recueillir les attentes des Européens en santé, développement durable, emploi, data et protection sociale. Est-ce que les préoccupations des Français sont les mêmes ailleurs ? Est-ce que les enjeux sociaux sont perçus comme devant relever de l’Europe ? Nous poserons ces questions sur la plateforme collaborative europeennes.placedelasante.fr

Quels sont les sujets que vous souhaitez particulièrement mettre en avant ?

La santé environnementale est un bon exemple. C’est un thème fédérateur pour les Européens. Avec la santé environnementale, on peut traiter plusieurs des questions qui constituent le vivre ensemble européen : la mobilité, l’accès à la santé, l’écologie…

Aujourd’hui, l’Europe traverse une véritable crise du sens, dans un contexte de perte d’espérance collective : espérances libérales (emportées avec la crise de 2008), espérances collectivistes (balayées avec la chute du mur de Berlin), espérances politiques (comme le montre la crise des Gilets jaunes), espérances religieuses (avec la montée des obscurantismes). Le mouvement mutualiste peut contribuer à apporter des réponses à ces désespérances, avec son modèle d’entreprendre non-lucratif, démocratique et profondément laïque.

Certaines avancées ont eu lieu, par exemple le vote récent sur le congé parental et le congé paternité. Mais pour les Français, ces nouvelles règles ne changeront que très peu le congé parental et paternité existants. Comment valoriser les avancées européennes alors que le droit français est aussi — voire plus — protecteur ?

La plupart des décisions sur le volet social se prennent, au niveau européen, sur le critère du plus petit dénominateur commun. Résultat : de nombreux États comme la France ou la Belgique ont déjà des législations au moins aussi protectrices. Pour ces pays, il faut donc veiller à maintenir un bon niveau de couverture.

Au niveau européen, dans un contexte de crise économique et de fragilisation des systèmes sociaux, il faudrait établir des standards collectifs, sans aller dans le sens d’une uniformisation par le bas.

Les eurodéputés militent pour un congé parental homogène

Les eurodéputés Tania González et Ernest Urtasun souhaitent que l’Union adopte un congé parental homogène et payé à 100 % en Europe afin de concilier au mieux le travail et la vie privée. Un article de notre partenaire, Euroefe.

Selon un récent sondage, la protection sociale des citoyens européens intéresse (18 %) des Français dans la perspective des élections européennes. Mais reste loin derrière le terrorisme, le chômage, l’immigration ou le climat. Comment l’expliquez-vous ?

Les citoyens ne considèrent pas l’Europe comme légitime sur cette question du social, car l’interlocuteur des citoyens sur ces questions-là, c’est l’État. Et l’Europe n’est pas encore perçue comme pouvant répondre aux défis sociaux. Pourtant l’Europe sociale est déjà présente de manière diffuse sur les questions de santé, emploi ou environnement — sujets au cœur des préoccupations des citoyens.

Comment comptez-vous mobiliser les électeurs autour de cette problématique de l’Europe sociale ?

Nous souhaitons entendre les citoyens français et européens sur les thématiques de l’Europe sociale dans la perspective des élections européennes. La Mutualité Française a lancé une plateforme collaborative dans l’ensemble des États membres qui va recueillir les attentes des citoyens de l’UE en matière d’Europe sociale. Ensuite, une dizaine de débats organisés en région devront permettre de faire émerger des propositions citoyennes. Qui seront ensuite mises au vote en ligne. À la fin de cette consultation, les propositions ayant recueilli le plus de soutien seront soumises aux candidats têtes de liste aux élections européennes lors d’un grand débat le 11 avril.

L'Europe sociale à l'heure des élections européennes

L’Europe sociale doit encore trouver sa place dans le futur projet européen. Si la protection sociale des citoyens européens intéresse 18% des Français, elle reste loin d’autres priorités comme le terrorisme, le chômage, l’immigration ou le climat.

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