Trump, menace numéro un pour l’économie européenne

[Jim Lo Scalzo/EPA/EFE]

La décision de Donald Trump de quitter l’accord sur le nucléaire iranien est le troisième coup tiré contre l’économie européenne en six mois. Un épisode qui rajoute de l’instabilité dans une période déjà difficile.

Alors que les institutions européennes se demandent si la croissance économique de l’Europe s’approche de la fin d’un cycle après des années de reprises solides, l’annonce de Donald Trump a fait flamber les prix du pétrole et rajouté de l’incertitude pour les entreprises européennes opérant en Iran.

La décision survient alors que les États-Unis, l’UE et la Chine se trouvent déjà dans un imbroglio commercial, et que Washington a adopté à l’automne dernier une relance budgétaire qui pourrait être risquée pour l’autre côté de l’Atlantique.

La semaine dernière, la Commission européenne prévoyait une croissance économique de 2,3 % pour la zone euro cette année et de 2 % en 2019. Contrairement aux dernières prévisions, la Commission n’a pas revu à la hausse son chiffre. Le commissaire aux affaires économiques, Pierre Moscovici, constate un « ralentissement » de la production, mais assure que la croissance reste « robuste ».

Dans ses prévisions, la Commission revoit fortement à la hausse les prix du pétrole (Brent) pour atteindre en moyenne 67,7 $ le baril en 2018 et 63,9 $ en 2019, soit une augmentation de 21,5 et de 16,8 % respectivement, par rapport à ses prévisions de novembre.

Supérieur au prix de référence

Les rumeurs sur un effondrement potentiel de l’accord avec l’Iran et d’autres turbulences géopolitiques, notamment l’instabilité politique au Venezuela, ont fait grimper le cours du Brent au-dessus du prix de référence de la Commission depuis début avril. Le 9 mai, les prix avaient augmenté de 2,81 % pour atteindre 76 $.

Les analystes s’attendent à ce que les prix du pétrole restent à ce niveau ou plus élevés dans les prochains mois.

La Commission a refusé d’évaluer l’impact d’une hausse des prix du pétrole sur l’économie européenne ou son marché du travail.

« Les prévisions du printemps, publiées la semaine dernière, indiquent que les prix du pétrole ont été assez volatils lors du premier trimestre de 2018 et que cette volatilité risque de persister cette année, puisque l’incertitude sur les prix du pétrole demeure », indique un porte-parole de la Commission.

Néanmoins, les États membres qui luttent pour équilibrer leurs comptes publics ont passé en revue les détails d’un scénario catastrophe dans leur projet de budget envoyé à la Commission au printemps.

Le gouvernement espagnol estime donc que si le prix du baril atteint 75 $, cela entraînerait une baisse de 0,7 % du PIB et la perte de 150 000 emplois. Si les prix du pétrole se stabilisent autour de 82 $, l’économie espagnole pourrait perdre environ 3,8 % de PIB et 550 000 emplois sur la période 2018-2021.

Le retrait de l’accord iranien est la troisième décision prise par Donald Trump depuis l’automne 2017 qui menace l’économie mondiale et surtout, l’économie européenne.

Pierre Moscovici a prévenu la semaine dernière que la relance budgétaire de Washington et le protectionnisme de Donald Trump représentait un « lien dangereux ».

Par ailleurs, la Commission a mis en garde contre une perturbation de la chaine de valeur mondiale à cause du conflit commercial, qui pourrait faire dérailler la croissance européenne.

Protéger les entreprises européennes

Les entreprises européennes subiront aussi les conséquences de la décision de Trump de quitter l’accord sur le nucléaire iranien puisqu’elles auront six mois pour cesser toute activité avec l’Iran si elles ne veulent pas recevoir de sanctions américaines.

« Les sanctions américaines cibleront les secteurs essentiels de l’économie iranienne. Les entreprises allemandes opérant en Iran devraient mettre un terme à leurs activités immédiatement », a déclaré le nouvel ambassadeur américain à Berlin, Richard Grenell, sur Twitter.

Reste à savoir comment les États-Unis appliqueront les sanctions et quels mécanismes pourraient mettre en place les Européens pour protéger leurs entreprises.

Le secrétaire américain au Trésor, Steve Mnuchin, a déclaré que l’administration américaine aurait recours à toutes les autorités compétentes pour sanctionner les entreprises opérant en Iran. Donc les sociétés européennes qui investissent ou opèrent aux États-Unis – Airbus, Siemens, Peugeot-Citroen, Renault, Total, Eni, Danieli – pourraient être frappées de sanctions si elles maintiennent leurs liens avec l’Iran.

« Il est pour le moment difficile de quantifier l’impact économique possible du retrait américain », reconnaît Emma Marcegaglia, présidente de BusinessEurope.

Elle estime que les entreprises ont besoin de « clarté juridique », mais attend des institutions de l’UE et des gouvernements européens qu’ils aident les entreprises européennes à faire face à « l’incertitude et à ses conséquences négatives ».

La Commission dit travailler sur des plans visant à protéger « les intérêts des entreprises européennes ».

L’accord nucléaire « n’est pas un accord bilatéral et il n’appartient pas à un seul pays d’y mettre fin unilatéralement », a déclaré Federica Mogherini, responsable des affaires étrangères de l’UE, dans un communiqué.

Cornelius Adebahr, membre de Carnegie Europe, a déclaré à Bloomberg que l’UE pourrait établir des lignes de crédit libellées en euros et des chambres de compensation pouvant donner le feu vert au commerce légitime avec l’Iran.

Vulnérabilité

Pour Grégory Claeys, chercheur à Bruegel, l’impact d’une hausse des prix du pétrole pourrait être limité, puisque l’euro est plus fort que prévu. « Les deux effets pourraient se compenser grâce à un euro fort. »

Il met cependant en garde contre la « fragilité » de la croissance européenne. L’économie européenne est « très vulnérable ». Étant donné sa dépendance vis-à-vis de la demande extérieure, la demande intérieure « continue de souffrir ».

Le ralentissement de la production européenne a déclenché un débat à la Banque centrale européenne et à la Commission, qui se demandent si l’UE n’approche pas la fin d’un cycle de croissance.

Les deux institutions ont néanmoins conclu que la « perte de dynamique » dans l’activité économique était principalement due à des facteurs temporaires.

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