Trump refuse tout compromis au G20

Sans d’accord sur le commerce ni sur le réchauffement climatique, des sujets bloqués par Washington, le sommet du G20 s’est avéré décevant pour les ministres des Finances. Un article d’Euractiv Allemagne.

Lors d’une conférence avec la chancelière allemande la semaine dernière, Donald Trump avait déclaré que l’accord de libre-échange entre son pays, le Mexique et le Canada (NAFTA) était « une catastrophe pour les États-Unis. Il s’est également défendu d’avoir une attitude « isolationniste » et assure croire en un commerce libre et juste.

Pourtant, lors d’un sommet du G20 à Baden Baden en Allemagne, qui s’est déroulé les 17 et 18 mars,  les ministres des Finances des pays représentés ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur le libre-échange. La traditionnelle déclaration commune louant un commerce libre n’a donc pas été répétée cette année, une première depuis une décennie.

Pas de compromis

Malgré ses belles paroles, Washington a en effet bloqué toutes les tentatives de parvenir à un compromis sur le libre-échange et la lutte contre le protectionnisme. La déclaration finale a donc été allégée et ne contient plus que la formule « nous œuvrons au renforcement de la contribution du commerce à nos économies ».

Même constat pessimiste dans les secteurs de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent. La seule preuve que le G20 est entré dans le 21e siècle est son communiqué sur le cybercrime.

Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a reconnu qu’un compromis n’avait pas été trouvé, mais minimise l’échec, assurant que la rencontre était réussie et mettant les journalistes en garde contre l’exagération des réactions de la délégation américaine.

« Ce n’est pas que nous n’étions pas unis. Il ne fait absolument aucun doute que nous sommes contre le protectionnisme. Mais on ne sait pas très clairement ce que le protectionnisme signifie pour chaque ministre », a-t-il commenté.

Lutte contre le changement climatique

Son homologue français, Michel Sapin, n’est pas aussi optimiste. Le ministre a déploré que le G20 n’ait pu s’entendre de manière satisfaisante sur deux priorités que Paris juge absolument essentielles, la lutte contre le changement climatique et le libre-échange.

Dans un communiqué, il prend acte du changement intervenu à Washington avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et écrit que la France est néanmoins « pleinement convaincue de la nécessité d’un libre échange régulé profitable à tous, et d’une résolution des conflits commerciaux dans un cadre multilatéral ».

« Cette position qui rejette toute mesure protectionniste unilatérale est très largement partagée et a été réaffirmée par de nombreux pays du G20. […] Compte tenu de l’évolution récente de la position traditionnelle des États-Unis et du refus de nombreux pays, dont la France, de tout recul sur ces questions, les ministres des Finances du G20 ont convenu de continuer à travailler de manière constructive dans la perspective du sommet de Hambourg (en juillet-NDLR) afin de renforcer les bénéfices du commerce international », conclut-il.

Coopération au développement

Les observateurs attendaient beaucoup des discussions sur la coopération au développement puisque, pour la première fois, cinq ministres africains, de pays non membres du G20, étaient invités à participer au sommet.

Selon Stephan Exo-Kreischer, directeur de l’ONG ONE en Allemagne, il s’agit cependant d’une occasion manquée. « Les ministres des Finances du G20 ont raté l’occasion d’élaborer un plan d’investissement ambitieux pour dynamiser l’éducation, l’emploi et la participation en Afrique. Au lieu de cela, ils n’ont adopté aucune initiative nouvelle, aucun projet tangible », regrette-t-il.

La rencontre Merkel-Trump bute sur la question migratoire

La chancelière allemande et le président des États-Unis n’ont pas trouvé un terrain d’entente sur la gestion de la crise des réfugiés, mais  se sont engagés à chercher un compromis en matière de relations commerciales.

« D’ici 2050, la population africaine aura doublé, elle sera passée de 1,2 milliard aujourd’hui à 2,5 milliards. Pour que cette explosion démographique corresponde également à une explosion économique […] il faut que les pays du G20 et leurs partenaires africains mettent des projets en route », continue-t-il.

Climat

Il est évident que le vent de changement qui a porté Donald Trump à la présidence américaine soufflera à présent sur les sommets du G20. En effet, autre nouveauté : la déclaration commune des ministres ne contenait aucune mention du changement climatique, contrairement aux déclarations des années précédentes.

Une fois encore, ce sont les États-Unis qui se sont montrés contraires. Ce n’est pas une surprise, puisque Donald Trump a dans le passé qualifié le sujet de « canular » et estime que les investissements dans ce secteur sont « une perte d’argent ». Son projet de budget reflète cette opinion et des coupes budgétaires importantes sont prévues dans la protection de l’environnement.

Trump président, quel impact sur l’énergie et le climat?

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis aura un impact corrosif sur les politiques climatiques et énergétiques mondiales et européennes.

« Sous Donald Trump, les États-Unis renient la protection climatique, déchaînent les marchés financiers et se lancent dans le protectionnisme national », déplore Anton Hofreiter, qui dirige le parti écologiste allemand.

Les groupes de défense de l’environnement ont également regretté l’issue du sommet. Pour Lutz Weischer, responsable des politiques climatiques internationales chez Germanwatch, « lors de la réunion des chefs de gouvernements du G20, il faudra envoyer un signal clair sur le fait que l’accord de Paris sera appliqué rapidement et de manière ambitieuse, même si les États-Unis l’appliqueront de manière partielle.

« Le monde ne peut pas accepter le déni de réalité que l’administration Trump tente d’imposer », conclut-il.