Twitch : comment le « live » vidéo pourrait remobiliser la jeunesse en politique

« Tout ce qui peut rendre la politique moins poussiéreuse et plus proche des gens, il faut y aller à fond », appelle de ses vœux le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin. [Ink Drop/Shutterstock]

Ces derniers mois, plusieurs personnalités politiques ont investi la plateforme de streaming vidéo en direct Twitch – l’occasion de renouer avec un public qui se serait désintéressé de la politique ?

Près de 735 000 vues pour l’ancien président de la République François Hollande, 633 000 vues pour l’actuel Premier ministre Jean Castex et, le dernier en date, 89 000 vues pour le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts Julien Bayou ; les interviews en « live » sur la chaîne Twitch du journaliste Samuel Etienne ont le vent en poupe.

Et l’initiative de l’animateur de France Info, bien que la plus médiatisée, n’est pas isolée. La semaine dernière, la chaîne DebatSansFiltre accueillait plusieurs députés dont Matthieu Orphelin, Aurélien Taché ou encore Delphine Batho pour échanger sur le projet de loi Climat et résilience.

Loi Climat : premier bilan après une semaine de débats

Ce premier volet du futur texte de loi a pour but d’« accompagner durablement les Français dans leurs choix de consommation, grâce à des mesures portant sur l’éducation à l’environnement, la publicité, l’affichage environnemental et l’économie circulaire ».

Une occasion de débattre du climat, mais aussi de la démocratie et de son fonctionnement. « Ce que beaucoup de gens nous ont dit c’est : ‘merci, c’est plus intéressant, c’est plus interactif, on peut poser nos questions’  » raconte le député Matthieu Orphelin qui a participé à ces débats.

« Tout ce qui peut rendre la politique moins poussiéreuse et plus proche des gens, il faut y aller à fond », appelle de ses vœux l’élu du Maine-et-Loire.

Le succès de ces rendez-vous semblent confirmer que la jeunesse n’est pas complètement désintéressée par la politique. « Les idées, ils les ont ! Les jeunes savent très bien ce qu’ils veulent. Maintenant il faut leur donner des moyens d’y croire », observe-t-il.

« Les jeunes sur Twitch sont vraiment intéressés par tous ces enjeux, c’est juste qu’ils rejettent la manière dont la politique et les politiques en général sont dans leur entre-soi », explique Charlène Dupé, référente Numérique pour l’organisation Les Nouveaux Démocrates.

« C’est aussi parce qu’on parle vrai et avec sincérité » que le canal Twitch fonctionne, souligne M. Orphelin. « On voit vraiment qu’il y a cette volonté d’être transparent mais aussi d’ouvrir le dialogue », renchérit Mme Dupé.

Un exercice à double tranchant

Un exercice de communication qui peut se révéler périlleux car, pour réussir, il implique d’avoir intégrer les codes de ces nouvelles plateformes. « Peu importe la plateforme qui sera utilisée, c’est toujours à double tranchant », note Mme Dupé.

« Si on compare François Hollande et Jean Castex, on a eu deux manières de s’adresser aux utilisateurs de Twitch. Le premier a été une ‘réussite’ car il était beaucoup plus détendu, faisait des blagues et des punchlines, s’était adapté aux codes de la plateforme. Alors que Jean Castex est arrivée dans cet exercice comme s’il était en conférence de presse », souligne-t-elle. Et d’ajouter : « Ça a été un vrai coup de com raté. »

« La plateforme prendra de l’ampleur si les politiques arrivent à jouer ce jeu de la transparence et de l’honnêteté », analyse-t-elle.

Même si les politiques gagnent le pari de redonner le goût à la politique à travers ce genre d’exercice, cela sera-t-il suffisant pour mobiliser la jeunesse dans les urnes ? En 2017, pour les 18-24 ans, seulement près d’un électeur sur quatre s’était déplacé pour voter, selon une enquête Ipsos Steria.

Si « on ne peut pas dire que parce que les politiques arrivent à sensibiliser les jeunes sur Twitch, ils vont aller voter […] il est possible qu’à force de dialoguer et d’échanger, certains jeunes retournent voter ou aillent voter pour la première fois », estime Charlène Dupé. Elle ajoute : « En un an, je pense vraiment que la plateforme peut prendre de plus en plus d’ampleur ».

Régulation du temps de parole

Alors que l’élection présidentielle de 2022 approche, faudra-t-il réguler le temps de parole des candidats ? La question se pose, alors que la loi du 30 septembre 1986 prévoit que le Conseil supérieur de l’audiovisuel « assure le respect de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans les programmes des services de radio et de télévision, en particulier pour les émissions d’information politique et général » en veillant à la bonne répartition du temps de parole parmi les candidats.

S’il « faut distinguer l’usage des réseaux sociaux où c’est de la communication traditionnelle et les nouvelles plateformes », Mme Dupé pense que l’autorité régulatrice devra « tôt ou tard » se pencher sur la question, par souci de cohérence avec ce qui est fait pour les autres médias et pour ne pas pénaliser les plus « petits » candidats aux ressources économiques et humaines moindres.

Le CSA a indiqué à EURACTIV France que la législation actuelle n’inclut pas la régulation du temps de parole au regard de la pluralité politique sur les plateformes numériques dans ses prérogatives.

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