Londres veut continuer à investir en Afrique

Penny Mordaunt, secrétaire d'État britannique au Développement international, lors du sommet contre la malaria à Londres, le 9 octobre 2018.

Après sa sortie définitive de l’UE en mars prochain, le Royaume-Uni compte sur une expansion des investissements privés dans les pays en développement.

Dans un discours sur la politique de développement que les Britanniques prévoient de mettre en place après leur sortie définitive de l’UE, en mars prochain, Penny Mordaunt, secrétaire d’État au Développement international, a soutenu que l’augmentation des investissements du secteur privé était le seul moyen d’atteindre les objectifs de développement durable des Nations Unies, un ensemble de 17 objectifs couvrant la santé, l’éducation et l’environnement, qui risquent de coûter 2,5 mille milliards de dollars (2000 milliards d’euros) par an.

Les structures étatiques ont donné environ 150 milliards de dollars d’aide l’année dernière, dont environ 50 milliards aux pays africains.

Après le Brexit, le Royaume-Uni prévoit de mettre en place une série d’initiatives privées dans le but de « tirer parti des fantastiques opportunités en Asie et en Afrique », a annoncé Penny Mordaunt. Elle précise que les « bénéfices seront réinvestis dans le CAD [Comité d’aide au développement] » et qu’elle compte sur ces profits pour atteindre l’objectif des 0.7 % de Revenu national brut (RNB) recommandé par l’OCDE.

Leur sortie imminente de l’UE a obligé les Britanniques à repenser leurs relations avec les pays en développement. Soucieux de conclure de nouveaux accords commerciaux, en particulier avec les membres du Commonwealth, le gouvernement de Theresa May accorde la priorité à l’investissement et à la promotion commerciale.

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À ce titre, la Première ministre a promis d’accueillir un sommet sur l’investissement en Afrique courant 2019.  Au cours de sa tournée sur le continent en août dernier, Theresa May en avait d’ailleurs profité pour garantir que le Royaume-Uni deviendrait le premier investisseur du G7 en Afrique d’ici 2022.

La Commonwealth Development Corporation, branche d’investissement du secteur privé du Royaume-Uni, a récemment vu son budget quadrupler, passant de près de 2 milliards d’euros à quasiment 7 milliards d’euros. Sa présence se fait de plus en plus ressentir dans les pays en développement.

Toujours est-il que l’absence du Royaume-Uni, tant dans les négociations sur la révision du budget d’aide au développement pour les sept prochaines années qu’aux pourparlers post-Cotonou avec le groupe des pays ACP, a fini par faire de l’Allemagne et de la France les principaux acteurs européens, sur le plan politique comme financier.

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Pour l’instant, le Royaume-Uni n’en reste pas moins l’un des plus gros contributeurs financiers de l’aide au développement de l’UE, y injectant pas moins d’un milliard et demi d’euros par an. En outre, il est l’une des principales sources d’expertise de l’Union en la matière. 20 % de l’ensemble des dépenses humanitaires européennes sont prises en charge par des agences basées au Royaume-Uni.

Après avoir quitté le bloc, le gouvernement de Theresa May aimerait poursuivre le financement de tels programmes, en particulier de ceux liés à la migration, à l’aide humanitaire, au maintien de la paix et à la sécurité. Pour Penny Mordaunt, la condition est que son pays « garde le contrôle, et que les ONG britanniques ne fassent l’objet d’aucune discrimination ».

La ministre britannique au Développement n’en est pas à sa première querelle avec l’union. Après avoir fait campagne pour le « Non » et décrit le Brexit comme « un acte des plus nobles et courageux », elle avait récemment accusé l’Europe d’ignorer délibérément un accord permettant aux agences britanniques de continuer à bénéficier des fonds d’aide humanitaire de l’UE. Penny Mordaunt a assuré qu’elle redistribuerait aux ONG britanniques « l’argent qu’elle n’investirait pas dans l’UE ».

« Avec le Brexit, nous n’avons jamais entendu nous couper du monde », a-t-elle signifié. « Au contraire, nous souhaitons resserrer nos liens avec le monde. Plus on nous laissera faire nos affaires, moins nous aurons besoin d’aide. »

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