Un plan d’investissement de 57 milliards d’euros pour quoi faire?

Le grand plan d’investissement dévoilé par le gouvernement prévoit notamment de consacrer 9 milliards d'euros à l'isolation thermique des bâtiments, responsables de 20% des émissions de gaz à effet de serre. [Brian Kinney/Shutterstock]

Le grand plan d’investissement de 57 milliards d’euros dévoilé le 25 septembre sera principalement dédié à la formation professionnelle, la transition écologique et la transformation numérique. Un article de notre partenaire, La Tribune.

C’était l’une des grandes promesses du candidat Macron pendant la campagne électorale : lancer un grand plan d’investissement (GPI) quinquennal pour adapter les structures du pays face, notamment, aux transitions écologique et numérique et pour  développer un vaste effort de formation pour lutter contre le chômage.

Ce plan a été dévoilé ce 25 septembre par le premier ministre Edouard Philippe, et l’économiste Jean Pisani-Ferry chargé de son élaboration. Au premier abord, il est très ambitieux étant doté de 57 milliards d’euros sur la durée du quinquennat. Et, conformément aux engagements d’Emmanuel Macron, il porte sur quatre priorités : accélérer la transition écologique (20 milliards d’euros) ; « édifier une société de compétences » (15 milliards) ; ancrer la compétitivité sur l’innovation (13 milliards) et construire « l’État de l’âge numérique » (9 milliards d’euros).

Des priorités qui montrent, comme le souligne Jean Pisani-Ferry, que ce plan « ne répond pas à une volonté de soutien de la demande », alors que l’économie française se porte mieux. Au contraire, il s’agit plutôt de soutenir l’offre car « si la croissance retrouve un rythme inconnu depuis dix ans (…) avons-nous encore assez de ressort pour qu’elle nous porte plus loin ? ».

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Un plan doté de 57 milliards d’euros… dont seulement 24 milliards de mesures budgétaires nouvelles

Pour autant, il ne s’agit pas de 57 milliards d’euros de mesures nouvelles, ce que n’autoriserait pas l’état des finances publiques. Il est donc intéressant, de détailler la ventilation des 57 milliards d’euros. Il s’agit, à hauteur de 12,1 milliards de redéploiements de crédits existants. Par exemple, 10% des crédits de la formation professionnelle des agents publics seront mobilisés pour accompagner l’évolution de leurs métiers dans le contexte de développement du numérique.

Les mesures nouvelles représentent 34 milliards d’euros. Dont 24 milliards d’euros – sur la durée du quinquennat – sont portés par des crédits budgétaires à impact sur le solde public, dont Édouard Philippe assure qu’ils ont été pris en compte par Bercy dans la trajectoire des finances publiques. Quant aux 11 autres milliards, eux, ils n’ont pas d’impact sur le solde public. Il s’agit d’instruments financiers (prêts, dotation en capital, intervention de la Caisse des dépôts et consignation, etc.)

Enfin, restent dix autres milliards d’euros. Il s’agit en vérité du financement du « Plan pour les investissements d’avenir » (PIA 3), un programme lancé en 2010 qui en est à sa troisième phase, dont les actions avaient été définies mais qui ne disposait pas de crédits jusqu’à présent. À cet égard, la gouvernance du PIA et celle du grand plan d’investissement vont être unifiées.

Cet ambitieux programme démarrera dès 2018 avec une première mobilisation de 8 milliards d’euros, dont 5 milliards de crédits budgétaires. Puis, en 2019, 10 autres milliards seront affectés aux priorités définies.

Édouard Philippe a insisté sur l’aspect « très concert » des investissements pour qu’ils soient « visibles pour les citoyens ».

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9 milliards d’euros pour l’isolation thermique des bâtiments

Ainsi, dans le domaine de la formation, afin de créer une « société de compétences », il a été décidé un vaste plan de formation des chômeurs les plus éloignés du marché du travail ainsi que des jeunes décrocheurs de moins de 25 ans. 6,1 milliards d’euros seront affectés à la formation des premiers et 6,7 milliards à celle des seconds. Au total, ce plan devrait profiter à 2 millions de personnes et Jean Pisani-Ferry s’est fixé un objectif : que 300 000 personnes appartenant à ces deux catégories retrouvent un travail, ce qui représente « un point de chômage ».

S’agissant, de la transition écologique, un énorme chantier de rénovation thermique des bâtiments, à hauteur de 9 milliards d’euros, va être lancé pour améliorer l’efficacité énergétique des logements des ménages modestes et des bâtiments publics. L’objectif est de rénover 375 000 logements sur la durée du quinquennat. Pour ce faire, notamment, la Caisse des dépôts accordera 3 milliards d’euros de prêts aux organismes de logement social.

En matière d’innovation et de compétitivité, l’État lancera des « concours d’innovation » afin de sélectionner des centaines de PME et de start-ups innovantes qui peinent à trouver suffisamment de financement en France. Les porteurs de projets devront démontrer leur capacité à devenir un acteur majeur dans leur secteur. L’État investira en fonds propres dans ces entreprises, ce qui leur permettra de croitre plus rapidement.

Quant à faire passer l’État à l’âge du numérique, l’objectif est ambitieux : il s’agit de parvenir à l’issue du quinquennat à 100% des services publics dématérialisés (hors délivrance des titres d’identité). Par exemple, généralisation de l’e-paiement pour tous les services publics (cantine scolaires, musées, etc).

Jean Pisany-Ferry a insisté sur le fait que les crédits alloués dans le cadre du GPI seront « sanctuarisés », mais, en revanche, la répartition des fonds pourra être modifiée en fonction de l’évaluation régulière qui sera faite de telle ou telle mesure.