Une France à deux vitesses avec l’euro et le franc ?

Marine Le Pen prône un retour au franc. [Frederic Legrand - COMEO/Shutterstock]

La proposition de Marine Le Pen de transformer l’euro en « monnaie commune », tout en réinstaurant une monnaie nationale, soulève des interrogations sur la circulation en parallèle de deux monnaies dans un même pays. Explications.

Est-il possible d’avoir deux monnaies en circulation ?

Oui. Dans les pays exportateurs de matières premières, le dollar cohabite souvent avec la devise nationale, en particulier en Amérique latine, mais aussi dans les pays du Golfe. « Les pays à double monnaie sont des États qui ont une volonté de se détacher de la pression des monnaies importées, comme le Venezuela ou Cuba », explique à l’AFP Ludovic Subran, chef économiste chez Euler Hermès.

« C’est aussi le cas dans certains pays qui ont connu des crises, comme le Nigéria ou l’Argentine », ajoute-t-il. Dans ces cas, les grands groupes travaillent généralement en monnaie forte, mais les PME sont souvent contraintes à utiliser la monnaie nationale.

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La France peut-elle revenir seule au système monétaire européen avec l’Ecu comme monnaie commune ?

Non. « La monnaie commune ne serait pas la réminiscence du système monétaire européen et ne serait pas l’Ecu qui n’était qu’une unité de compte » à l’époque, affirme Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis AM. Car la France se verrait contrainte « d’emprunter de la crédibilité au reste de l’Europe » pour bénéficier de l’euro. Une crédibilité qui lui permettrait de « contrebalancer la fragilité de sa monnaie nationale ». « Mais il faudrait l’accord de tous les partenaires de la France pour mettre en place cette monnaie commune », ajoute l’économiste, doutant que l’Allemagne accepte cette monnaie commune.

Le Front national n’a pas encore précisé si la France laisserait flotter sa monnaie par rapport à l’euro. « De toute manière, il y aurait un écart entre l’euro et le franc que les marchés chercheraient à combler en permanence, créant des tensions », prévient Ludovic Subran. « Si on revenait à un système de change flottant, la France se verrait contrainte de courir après l’euro en permanence » pour éviter que l’écart entre les deux monnaies ne s’accroisse.

Quelles seraient les conséquences ?

Pour les économistes interrogés, le principal risque serait de créer un pays divisé entre ceux qui auraient des euros et ceux qui n’en auraient pas. « Cela crée une société à deux vitesses », estime l’économiste. « Le Français pourra certes payer sa baguette en francs, mais le jour où il franchira la frontière, le croissant deviendra trop cher pour lui », souligne-t-il. Une opinion partagée par Jean-François Faure, fondateur du think tank Monnaies en transition, qui prône l’utilisation de « monnaies complémentaires ». Il craint que le projet de Marine Le Pen ne soit « pas viable ». « Cela créerait des distinctions au sein de la population », assure-t-il, convaincu qu’un serveur qui serait en contact avec des touristes, qui payeraient en euros, pourrait à terme « gagner mieux sa vie qu’un médecin » payé en francs.

Reste aussi à définir si la dette et l’épargne seraient maintenues en euros. « À court terme, le nouveau franc ne serait pas considéré comme une monnaie forte. La France devrait donc continuer à acquérir de la dette et à payer les fournisseurs en euro », explique Ludovic Subran. En d’autres termes, l’État devrait utiliser ses réserves de change pour empêcher sa monnaie de décrocher et de rendre le coût de sa dette en euros plus élevé.

Est-ce que ça peut marcher ?

En partie. Il y a des exemples de monnaies dites « complémentaires » qui sont des réussites, mais il ne s’agit pas d’un système à deux monnaies comme le préconise Marine Le Pen. « Les monnaies complémentaires fonctionnent uniquement à condition qu’elles soient destinées à un usage bien précis », estime Jean-François Faure. Il cite notamment les exemples du ticket restaurant en France ou encore le WIR suisse, une monnaie inter-entreprise qui « fonctionne extrêmement bien depuis 80 ans », a-t-il expliqué. Chercher à instaurer des monnaies complémentaires à l’euro est « une très bonne réponse pour relancer la croissance, mais il faut juste le faire de la bonne manière et l’affecter à des missions précises », conclut le spécialiste.

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