L’UE propose des financements pour limiter le chômage

Valdis Dombrovskis, Pierre Moscovici [European Commission]

La Commission va mettre en place des prêts bonifiés accessibles aux Etats membres touchés par une hausse soudaine du chômage. Le mécanisme est jugé peu ambitieux par la gauche européenne.

La Commission européenne a présenté son projet de « mécanisme européen de stabilisation des investissements », dans le cadre de l’union économique et monétaire. S’il est approuvé par le Parlement et le Conseil, ce programme serait opérationnel en 2021.

Les hausses « sensibles » des taux de chômage au niveau national sont un indicateur « clair » d’un choc important, souligne l’exécutif européen. Si durant un trimestre le chômage dépasse le taux moyen des 15 dernières années et dépasse en même temps d’au moins 1 % le taux de l’année précédente pour la même période, la Commission mettra des prêts adossés à disposition de l’État en question.

L’accès à ces aides est cependant conditionné au respect des règles macroéconomiques et fiscales européennes.

Capitulation ?

Ce nouvel instrument n’est pas à la hauteur des ambitions des personnalités européennes qui espéraient réformer la zone euro, dont Emmanuel Macron et Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques.

« Pour ceux qui défendent depuis longtemps un budget de la zone euro, qui représenterait plusieurs points de RNB, nous n’y sommes évidemment pas. On pourrait même parler de capitulation », déclaré le commissaire. « Mais pour ceux qui estiment qu’il ne devrait pas y avoir un euro de dépensé à la solidarité, on pourrait aussi considérer que leur cause est perdue. »

Les deux propositions présentées le 31 mai, le programme d’appui aux réformes et le mécanisme de stabilisation des investissements, « combinent un exercice de responsabilité et de solidarité, encourageant les États membres à procéder à des réformes tout en leur offrant un appui financier », a-t-il ajouté, estimant qu’une graine avait été plantée pour de plus amples réformes.

« Il conviendra à ceux qui veulent la voir grandir de l’arroser et si les autres veulent l’assécher, on verra bien », a-t-il lancé, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

Pierre Moscovici défend toutefois une proposition « équilibrée » qui « ouvre la voie, mais cette voie devra être précisée à l’avenir », indiquant ne pas avoir abandonné son espoir de mettre en place un « amortisseur fiscal ».

Valdis Dombrovkis, vice-président de la Commission, souligne que le projet résulte de trois ans de débats politiques. Le rapport des cinq présidents et les documents de la Commission « stipulent clairement que la stabilisation fiscale de la zone euro ne devrait pas mener à des transferts permanents entre États membres ».

Budget propre ou fin de la zone euro : l'ultimatum de la France à l'Allemagne

La zone euro ne survivra pas à l’absence de réforme assure le ministre de l’Economie français, faisant monter la pression sur l’Allemagne à quelques semaines d’un Conseil européen crucial.

Le constat du ministère français à l’Économie rejoint celui du commissaire français : « cette proposition est un pas dans la bonne direction, mais la zone euro a besoin d’un budget de convergence et de stabilisation ».

Les eurodéputés de gauche n’ont quant à eux pas caché leur amertume : « La zone euro a besoin d’un véritable budget et non d’un effort symbolique ».

L’eurodéputé allemand du Parti populaire européen (PPE, droite), Markus Ferber, s’est pour sa part emporté contre les propositions de la Commission, réclamant « moins de carottes, plus de coups de bâton ».

Prêts sans intérêts

La valeur des taux bonifiés disponibles dépendra de la sévérité du choc et d’un plafond par pays. La Commission empruntera sur les marchés pour financer les prêts. Si les gouvernements devront rembourser l’argent reçu, c’est l’exécutif qui se chargera de couvrir les intérêts grâce à un Fonds de soutien à la stabilisation. Celui-ci sera alimenté par les États membres de la zone euro, à hauteur de 6 % des revenus monétaires transférés à leurs banques centrales.

Le nouvel instrument complétera les différents outils européens favorisant l’investissement public et privé, qui comprennent notamment le Plan Juncker et les Fonds de cohésion.

Concrétiser les réformes

Le deuxième programme présenté par la Commission a pour but de favoriser les réformes dans les États membres. 25 milliards d’euros pourraient ainsi être dédiés aux gouvernements nationaux qui concrétisent des recommandations pays par pays.

« Les réformes fonctionnent, les réformes sont nécessaires », a souligné Valdis Dombrovskis. Pourtant, comme le montrent les données de surveillance de la Commission, les progrès sont limités. Il estime donc important de donner des incitatifs pour favoriser leur mise en place.

Emploi et croissance restent faibles malgré la reprise

L’UE reste confrontée à un taux d’investissement faible, à un chômage élevé chez les jeunes et à une fracture sociale croissante.

 

 

Au total, 11 milliards d’euros seraient mis à la disposition des États membres, en fonction de leur population, au cours des 20 premiers mois du programme. Une tranche supplémentaire de 11 milliards suivrait pour le reste de la période.

Le versement serait effectué en une fois, lorsque les États membres auront atteint les objectifs et les étapes, évalués par la Commission, après trois ans de mise en œuvre.

Environ 840 millions d’euros permettraient à financer l’expertise technique pour tout type de réforme, tandis qu’un total de 2,16 milliards d’euros serait réservé à l’aide aux États membres qui sont sur la voie de l’adhésion à l’euro.

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