Varoufakis conseille à Macron la politique de la chaise vide

Yanis Varoufakis [Marc Lozano/Flickr]

L’ex-ministre des finances grec adhère aux éléments fédéralistes du discours d’Emmanuel Macron. Mais selon lui, seule une menace réelle peut faire bouger l’Allemagne sur le sujet.

C’était il y a 50 ans. En 1965, durant un semestre entier, le président Charles de Gaulle suspendait la participation de la France au conseil des ministres européens, bloquant de facto toute décision. Pour Yanis Yaroufakis, ex-ministre des finances d’Alexis Tsipras, cette méthode devrait de nouveau être adoptée par la France – pour un motif diamétralement opposé. De Gaulle défendait l’Europe des patries, Macron veut des avancées fédéralistes.

« Macron a de bonnes idées, mais il a déjà perdu, il est fini, il a été humilié par l’Allemagne » qui refuse un budget pour la zone euro, avance l’économiste, lors d’une rencontre avec quelques journalistes à Paris.

Une réforme de la zone euro pourrait sortir la BCE de tout rôle politique

La volonté politique de rassembler la zone euro s’érode inexorablement, s’inquiète Leo Hoffmann-Axthelm, de Transparency International. Qui appelle à des réformes vitales après les élections de septembre.

Selon sa logique, le score élevé du parti FDP en Allemagne lors des élections parlementaires fin septembre donne de surcroît au pays une excuse pour refuser plus que jamais des avancées dans cette direction. Et le Fonds monétaire européen, proposé par l’Allemagne en lieu et place d’un vrai budget de la zone, n’est pas un compromis selon lui, mais une mascarade.

La seule solution dans ces conditions, c’est la politique de la chaise vide pour forcer l’Allemagne à songer au souhait de la France de relancer le processus fédéralistes.

Une politique de « désobéissance constructive » qu’il théorise dans son ouvrage « Conversations entre adultes » publié aux Liens qui libèrent, qui sort ces jours ci en France.

L’économie française menacée de stagnation permanente

«Tenter d’atteindre une réduction du déficit courant en dessous des 3 % du PIB est insensé. Ce n’est pas un problème d’avoir un déficit : l’Arizona en aura toujours un surtout si on le compare à la Californie. Dans une fédération, ça passe. Mais dans le cas de la France, réduire la dépense publique va conduire à la stagnation permanente, parce que l’industrie allemande est en situation de monopole sur de nombreux marchés » avance-t-il.

La vraie urgence selon lui repose sur l’investissement, qu’il faudrait relancer à hauteur de 500 milliards par an. « Le plan Juncker est une blague, il n’y a que Juncker pour penser le contraire » assure-t-il.

Faute de budget européen pour financer la relance, l’économiste propose que la Banque européenne d’investissement émette de la dette pour financer toutes sortes de grands projets dans l’énergie propre et le transport, et que la BCE la rachète.

« On a pas besoin de changer les traités pour cela, c’est tout à fait possible, il faut juste avoir l’accord du conseil d’administration de la BEI » assure le spécialiste.

Sur le type de projet à financer, Varoufakis rejoint Macron qui parlait de trouver un moyen de traverser l’Europe sans polluer : il souhaite développer le transport ferroviaire à l’Est de l’Europe, et l’énergie propre.

Varoufakis candidate en Allemagne pour les élections européennes

S’il rejoint Macron sur certains éléments fédéralistes de son programme, dont une liste transnationale pour les élections européennes en 2019, Varoufakis est aussi très critique de ses premiers pas.

« Le discours qu’il a fait en Grèce était pathétique. Venir dire que la Grèce va mieux est une insulte, et le faire de l’endroit où ont parlé tant de dictateurs aux Grecs c’est ajouter l’injure à l’insulte » estime le professeur.

Macron à Athènes pour exposer sa vision de la démocratie en UE

À Athènes, le président français veut symboliquement dérouler sa vision de la refonte démocratique de l’UE. Au menu, zone euro, listes transnationales pour 50 eurodéputés et des conventions démocratiques dont le résultat est attendu dans un an.

En apparence retiré de la vie politique, Yanis Varoufakis envisage toutefois de se présenter en 2019 aux élections européennes, même s’il estime que « le Parlement européen n’est pas un vrai parlement. Mais il souhaite se présenter en Allemagne, « pour montrer que le fédéralisme est possible, et aussi que la politique actuelle de l’Allemagne nuit aux Allemands » assure-t-il.