Vestager et Goulard, cogérantes de l’agenda numérique européen

Sylvie Goulard [EPA-EFE/FLORIAN WIESER]

La commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, a reçu un large soutien le 10 septembre à la suite de sa nomination en tant que vice-présidente exécutive de la Commission pour le numérique.

Margrethe Vestager a été nommée vice-présidente de la Commission en charge du numérique, mais en observant de plus près les directions générales, la nouvelle structure révèle que la Française Sylvie Goulard aura beaucoup plus d’influence sur les politiques technologiques.

Même si Sylvie Goulard s’est vu attribuer le portefeuille du marché interne, les compétences de ce poste ont été largement étendues, la DG Connect – le département responsable du marché unique numérique – étant maintenant sous sa supervision.

Par ailleurs la lettre de mission d’Ursula von der Leyen à Sylvie Goulard détaille une série de compétences importantes pour l’avenir de la position de l’UE sur la scène internationale des technologies.

L’ancienne sous-gouverneure de la Banque centrale française est chargée de définir les normes des réseaux 5G et des technologies de nouvelle génération, d’imaginer une stratégie pour l’intelligence artificielle et de mettre en œuvre le règlement sur les services numériques – un cadre règlementaire ambitieux permettant de gouverner l’écosystème en ligne.

Ursula von der Leyen demande aussi à Sylvie Goulard de prendre les rênes dans le domaine de la cybersécurité, en plus de la direction d’une nouvelle DG pour l’industrie de la défense et de l’espace.

Un double poste marché intérieur et industrie de la défense pour Sylvie Goulard

Défendre la souveraineté industrielle de l’Europe et construire une industrie de la défense et de l’espace : la Commission européenne innove en reprenant les demandes d’Emmanuel Macron à son compte.

Le bureau du président français a applaudi la nomination de Sylvie Goulard le 10 septembre, en déclarant qu’elle contribuera à « rendre l’Europe véritablement souveraine ».

Les compétences de Margrethe Vestager dans le domaine des affaires numériques seront probablement concentrées dans l’arène de la concurrence – poursuivant son leadership dans un portefeuille dans lequel elle a fait ses preuves.

Margrethe Vestager aura toutefois son mot à dire dans les domaines attribués à Sylvie Goulard, notamment en ce qui concerne le règlement sur les services numériques. Au cours des 100 premiers jours du nouveau mandat de la Commission, à compter du 1er novembre, M. Vestager coordonnera également les travaux sur une approche européenne de l’intelligence artificielle, y compris ses implications éthiques.

Margrethe Vestager a aussi été chargé du « cadeau empoisonné » de la fiscalité numérique – Ursula Von der Leyen s’attend à ce que la Danoise trouve un consensus au niveau international d’ici la fin 2020 ou propose une taxe européenne équitable – une tâche difficile étant donné qu’une coalition d’États membres s’est unie pour bloquer les plans plus tôt cette année et qu’un accord dans le cadre de l’OCDE est peu probable.

Il n’est pas surprenant que Margrethe Vestager ait obtenu de l’autorité dans ce domaine. En avril, elle a déclaré à France Inter que « nous sommes en train de devenir un monde de plus en plus numérique et que ce sera un énorme problème si nous ne trouvons pas un moyen d’augmenter les taxes (sur le numérique) ».

Présidente ou non, Vestager restera à Bruxelles

La commissaire danoise restera à Bruxelles pour un second mandat, a annoncé son pays le 26 juin. Et ce, même si elle ne parvient pas à devenir présidente de la Commission européenne.

Indépendamment du fait que le portefeuille de la Danoise a été intitulé « numérique », reste à savoir quelle influence elle aura dans la sphère technologique en dehors des domaines de la concurrence et de la fiscalité. Ce point de vue a été partagé par un certain nombre d’analystes à Bruxelles, dont Paul Butcher du groupe de réflexion European Policy Centre, qui a critiqué le manque de clarté dans la nomination de Margrethe Vestager.

La vice-présidente exécutive Margrethe Vestager a peut-être un rôle de supervision sous le titre de « Une Europe prête pour l’ère numérique », mais il est peu probable qu’elle ait le temps d’y consacrer de l’énergie, en plus de tant d’autres responsabilités «, a déclaré Paul Butcher.

« Cela n’augure rien de bon pour les perspectives d’une approche plus ciblée face à ce qui constitue une menace pressante pour la démocratie européenne. »

Margrethe Vestager se prépare cependant depuis quelques mois à une plus grande influence dans l’industrie de la technologie. En juin, Euractiv avait révélé qu’elle avait commencé à envisager une stratégie visant à démanteler les monopoles et à promouvoir une culture européenne dynamique de création d’entreprises.

« La plus grande menace pour la concurrence et l’innovation vient des plateformes qui ne sont pas seulement une seule entreprise, mais le centre des grands empires », avait souligné la commissaire lors d’une conférence de l’OCDE en juin, ajoutant que l’UE devait « faire en sorte de permettre aux petits concurrents d’entrer sur le marché. »

En effet, dans le cadre de ses nouvelles fonctions à la Commission, elle s’est vu confier la responsabilité d’une « nouvelle stratégie pour les PME » – soutenir les petites entreprises, les entrepreneurs et les start-ups et « réduire la charge réglementaire et leur permettre de tirer le meilleur parti possible de la numérisation ».

Les compétences en matière de protection de données seront quant à elle traitées par le nouveau commissaire chargé de la justice, Didier Reynders. La désinformation est un domaine qui sera abordé par la nouvelle vice-présidente désignée pour les valeurs et la transparence, Věra Jourová. Quant à la Bulgare, Mariya Gabriel, elle supervisera la science et l’éducation dans le cadre de son nouveau portefeuille, baptisé « Innovation et jeunesse », chargée du programme de recherche Horizon Europe doté de 94,1 milliards €.

Si le nouveau titre du poste de Margrethe Vestager peut donner l’impression d’un portefeuille considérablement élargi, la réalité est qu’elle pourrait jouer un rôle plus symbolique dans la future société numérique européenne.

Quoi qu’il en soit, elle-même ne se fait pas d’illusions. « Je n’ai même pas l’intention d’essayer de faire tout ce travail moi-même, au contraire, a-t-elle dit mardi. « La tâche est de former une équipe suffisamment forte parmi les commissaires pour que nous puissions faire bouger les choses.

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