Bruxelles lève le voile sur son plan de relance

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. [Danina Le Lardic/European Parliament]

Ursula von der Leyen a donné des détails sur son plan de relance de l’économie européenne. Elle n’a en revanche pas révélé le montant du nouveau projet de budget à long terme de l’UE, qui sous-tendra la feuille de route.

« Nous devons soutenir ceux qui en ont le plus besoin », a déclaré Ursula von der Leyen face aux députés européens, mercredi 13 mai. La présidente de la Commission européenne a ensuite dévoilé certains détails de son plan, qui sera présenté dans son intégralité le 20 mai.

« Nous devons promouvoir les investissements et les réformes – et nous devons renforcer nos économies en nous concentrant sur nos priorités communes, telles que le Green Deal européen, la numérisation et la résilience », a -t-elle poursuivi.

Comme cela avait déjà été annoncé, le plan de relance sera fondé sur le budget septennal de l’UE et complété par un instrument de relance « financé en disposant d’une plus grande marge de manœuvre ». Cela signifie concrètement que la Commission proposera d’emprunter un montant maximum fixe sur les marchés, en faisant appel aux garanties fournies par les États membres.

Ursula von der Leyen n’a cependant pas précisé quelle serait la force de frappe de l’instrument de relance, ni le montant du budget actualisé de l’UE, alors que le Parlement européen réclame une enveloppe de 2 000 milliards d’euros.

Un plan de relance massif pour faire face à la pandémie

Les dirigeants européens ont mandaté la Commission européenne pour qu’elle conçoive le plan de relance destiné à faire face à la profonde crise économique que le coronavirus va provoquer en Europe.

Le plan de relance reposera sur « trois piliers »

Ursula von der Leyen a indiqué que « la plus grande partie des fonds » serait affectée à un « instrument de relance et de résilience » permettant de financer des investissements publics et des réformes. Ces fonds seront inclus dans le cadre du semestre européen de coordination des politiques économiques, dans le but de soutenir l’Europe dans sa transition vers une économie « climatiquement neutre, numérisée et résiliente ».

Tous les États membres de l’UE auront accès au fonds, mais les zones les plus touchées par les mesures de confinement imposées lors de l’épidémie de coronavirus seront privilégiées. La Commission prévoit également de « compléter » l’enveloppe dédiée à la cohésion dans le cadre du budget actuel de l’UE, et d’allouer l’argent aux pays en fonction de « la gravité des conséquences économiques et sociales de la crise ».

Le deuxième pilier de l’instrument de relance est destiné à mobiliser l’investissement privé pour faire redémarrer l’économie, en mettant l’accent sur certains secteurs stratégiques.

Ursula von der Leyen a annoncé qu’elle renforcerait InvestEU, l’instrument d’investissement qui a succédé au plan Juncker, et qu’elle créerait un nouveau « mécanisme d’investissement stratégique » permettant d’« aider à investir dans les chaînes de valeur essentielles à notre future résilience et à notre autonomie stratégique, comme le secteur pharmaceutique ».

La présidente de la Commission a également confirmé son intention de créer un instrument de solvabilité destiné à soutenir la « recapitalisation » des entreprises saines qui sont « menacées en raison du confinement ».

Bruxelles cherche le remède miracle pour préserver les entreprises des effets de la pandémie

La crise « sans précédent » du coronavirus nécessite de nouveaux outils. La Commission européenne envisage la création d’un nouvel instrument pour soutenir les entreprises solvables, en particulier dans les États membres vulnérables.

Le troisième pilier du plan de relance doit permettre de renforcer des instruments qui ont fait leurs preuves durant la crise sanitaire – de RescUE (catastrophes naturelles) à Horizon Europe (recherche et innovation) – et de créer un programme dédié à la santé.

La Commission a également l’intention de renforcer la coopération avec les pays étrangers situés à proximité de l’UE, notamment l’aide au développement et l’aide à la préadhésion pour les Balkans.

Action à court terme

Pour Ursula von der Leyen, le budget de l’UE et l’instrument de relance constituent des compléments aux « trois filets de sécurité » sur lesquels les dirigeants européens se sont précédemment mis d’accord, à savoir une nouvelle ligne de crédit pour les entreprises fournie par la Banque européenne d’investissement, de nouveaux prêts corona pour les pays, fournis par le fonds de sauvetage de l’UE (le mécanisme européen de stabilité) et l’instrument SURE présenté par la Commission pour soutenir les dispositifs de chômage temporaire dans les pays de l’UE.

La présidente de la Commission a déclaré que l’instrument de relance déploierait une action « à court terme » qui se concentrerait « sur les premières années de la reprise ». Il inclura des subventions et la possibilité d’avancer une partie des fonds dès 2020 « en utilisant des modèles de financement éprouvés fondés sur des garanties nationales ».

Des pays durement affectés, tels que l’Italie ou l’Espagne, ont insisté sur la nécessité d’une réaction rapide pour faire face aux retombées économiques de l’épidémie de coronavirus. Le lien qui a été établi entre le budget de l’UE – qui était déjà bloqué au Conseil avant l’éclatement de la crise – et le fonds de relance, rendra la discussion politique plus difficile.

Des experts mettent en garde sur l’intégration du plan de relance au budget de l’UE

L’intégration du plan de relance au budget à long terme de l’UE ne serait pas la solution la plus efficace selon des experts des questions budgétaires.

La secrétaire d’État croate aux relations avec le Parlement européen, Nikolina Brnjac, a déclaré que le Conseil devrait étudier la proposition de la Commission en détail avant de pouvoir prendre position.

La proposition d’Ursula von der Leyen a été saluée par une partie du parlement, mais l’assemblée s’est interrogée sur le niveau d’ambition affiché par le plan et a demandé des précisions, et notamment des chiffres. La Commission devrait dévoiler l’intégralité de son plan mercredi 20 mai.

La présidente de la Commission a admis que le prix à payer pour reconstruire l’économie de l’UE était l’augmentation de la dette. « Nous devons faire preuve d’audace et saisir cette opportunité pour construire une économie moderne, propre et saine, qui garantisse les moyens de subsistance de la prochaine génération », a-t-elle déclaré aux eurodéputés, en précisant que le plan de relance était « fondé sur la nécessité, mais conçu pour l’avenir ».

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