La fenêtre d’opportunité de réforme de l’UE déjà en train de se refermer

Sera-t-il bientôt trop tard pour réformer l'Europe? [Frederic Legrand - COMEO/ Shutterstock]

L’Union européenne est à un tournant. La direction à prendre devrait être définie par le Conseil à la fin du mois. Un rapport récent appelle les dirigeants à dépasser leurs divisions et à mettre en place des réformes nécessaires.

La crise migratoire, le Brexit, la controverse sur les finances européennes,… La liste des difficultés auxquelles se heurte l’UE continue, et Bruxelles est à la recherche des antidotes qui lui permettront d’améliorer ses performances économiques, d’assurer la sécurité des citoyens et de répondre à leurs inquiétudes les plus pressantes.

L’UE est cependant sans cesse ramenée à la réalité de ses pouvoirs, aux limites de ses politiques. Ça a encore été le cas après les élections italiennes.

« La fenêtre d’opportunité a commencé à se fermer et le mois à venir sera décisif », estime Janis Emmanouilidis, directeur d’études du Centre de politiques européennes et auteur du rapport « Re-energise Europe » (ré-énergiser l’Europe).

Angela Merkel répond enfin à Emmanuel Macron sur la réforme de la zone euro

Angela Merkel a enfin répondu à Emmanuel Macron sur sa vision de la réforme de la zone euro post-Brexit dans une interview au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le président français avait détaillé la sienne en septembre 2017. Un article de notre partenaire La Tribune

Lancée par un consortium de fondations européennes, l’initiative « Nouveau Pacte pour l’Europe » (NPE) a réuni au cours des cinq dernières années plus de 120 citoyens européens dans plus de 120 débats nationaux et transnationaux dans 17 États membres. L’objectif de l’initiative était de repérer les inquiétudes, les frustrations et les divisions qui causent une fragmentation entre les États membres et à l’intérieur de ceux-ci.

« Le but était de restaurer la confiance entre les Européens par le dialogue et d’identifier les réformes majeures qui relanceraient le projet européen », explique Janis Emmanouilidis. Les discussions ont impliqué des experts, des citoyens et des représentants de la société civile de toute l’Europe.

Le rapport final maintenant publié, « Re-energising Europe », propose des suggestions sur la manière d’éviter diverses crises futures, avec des proposition de réformes pour répondre aux problèmes urgents des citoyens européens.

Le rapport couvre les dimensions économique, sociale et sécuritaire, et propose des solutions de compromis qui pourraient conduire à un processus d’intégration plus différencié, dans lequel différents groupes d’États membres intensifient la coopération fonctionnelle dans certains domaines politiques, comme le prévoit le Traité de Lisbonne.

Insécurité

Selon les auteurs du rapport, le développement futur de l’UE sera façonné par les retombées des crises multiples de la dernière décennie, qui n’ont pas été entièrement surmontées : la frustration face à l’incapacité de l’UE à trouver des solutions résilientes, la fragmentation et la méfiance entre les États membres, et entre les capitales et Bruxelles.

En outre, la menace populiste d’une Europe plus régressive, fermée et nationaliste devient de plus en plus inquiétante, comme en témoignent les résultats des élections en Allemagne, en Autriche, en Italie et en Hongrie.

Cependant, le rapport indique qu’un « nouvel optimisme » est visible, un effet d’union face au Brexit et au président américain, Donald Trump, le retour de la croissance économique et la confiance croissante des citoyens dans le projet européen dans le cadre de cette « annus horribilis ».

Dans ses conclusions, le rapport prévient qu’aucun accord ne se matérialisera entre le Nord et le Sud sur les réformes de la zone euro, ni entre l’Ouest et l’Est sur la question des migrations, si les États membres ne savent pas comment trouver un équilibre entre solidarité, responsabilité et sécurité.

Un compromis ambitieux, mais réaliste, à 27 est cependant possible, assurent ses auteurs. Leur message principal est néanmoins que l’échec de la réforme de l’Europe en 2018 pourrait conduire à des regrets. « S’il y a un jour eu un plus grand enthousiasme pour l’intégration, cela ne s’est jamais produit en temps de crise », rappelle Janis Emmanouilidis.

Macron et Merkel affichent leurs divergences sur la zone euro

Emmanuel Macron a réclamé à Berlin davantage de « solidarité » financière en zone euro dans le cadre de son projet de refondation de l’Europe mais n’a pu obtenir qu’une réponse très réservée d’Angela Merkel.

Moteur franco-allemand

Entre-temps, le sommet du Conseil européen de juin constitue une échéance importante. Tous les grands défis européens mentionnés dans le rapport (migration, zone euro, défense) seront à l’ordre du jour.

« La clé se trouve à Paris et à Berlin. Reste à savoir s’ils seront prêts et capables de formuler une initiative commune inclusive qui reflète également l’intérêt des autres qui peut ensuite servir de base pour progresser au niveau de l’UE à 27 – la balle est dans le camp de la chancelière allemande », assure Janis Emmanouilidi.

Après des mois d’hésitation, on s’attendait à ce que la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron, présentent des propositions communes de réformes européennes avant le sommet.

Les troubles politiques en Italie et en Espagne et les tensions transatlantiques semblent de fait avoir été un signal d’alarme. Après une semaine de chaos politique, dans une de ses rares interviews avec Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, Angela Merkel a répondu aux propositions de réforme d’Emmanuel Macron, tendant une perche sur l’investissement et l’aide aux États membres de la zone euro endettés, avec un soutien pour une révision de la politique de défense.

À long terme, un axe franco-allemand influencerait de manière tangible le sort des États membres les plus faibles, mais pourrait alimenter la rancœur sur l’influence de Berlin, Paris et Bruxelles.

« Même s’il y a un accord franco-allemand, comprenons-nous bien, cela ne peut être imposé aux autres. Il ne s’agit pas de leur dicter ce qui doit être fait, il faut un accord inclusif. Un certain nombre de dirigeants useraient en outre de leur veto comme tout type de mouvement, même s’il y a un accord entre Paris et Berlin », prévient le spécialiste.

La Commission rejoint Merkel sur ses propositions pour la zone euro

Valdis Dombrovskis salue les propositions d’Angela Merkel pour renforcer la zone euro. Et souligne les similarités entre les idées de la Commission et de Berlin.

 

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