Affaire Wirecard : des manquements identifiés auprès des régulateurs financiers allemands

L’Autorité fédérale de surveillance financière (BaFin) aurait contribué à l’escalade dans l’affaire Wirecard, d’après un rapport publié par l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF). EPA-EFE/PHILIPP GUELLAND [EPA-EFE/PHILIPP GUELLAND]

D’après un rapport de l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), les régulateurs financiers allemands possèdent une part de responsabilité dans l’affaire Wirecard. Un article d’Euractiv Allemagne.

L’Autorité fédérale de surveillance financière (BaFin) aurait contribué à l’escalade dans l’affaire Wirecard, d’après un rapport publié par l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF).

Le document avait été commandé par la Commission européenne après  avoir été informée de falsifications des bilans financiers de la société allemande Wirecard AG en juin. À l’époque, il avait été découvert que 1,9 milliard d’euros, bien qu’inscrit à son bilan, n’avait jamais existé.

Bien que le directeur général Markus Braun ait été emprisonné, il n’est resté derrière les barreaux que 24 heures, avant d’être libéré sous caution. Son collègue, Jan Marsalek, a quant à lui quitté l’Allemagne – et est toujours en cavale à ce jour.

L’AEMF a publié son rapport mardi 3 novembre. Celui-ci met en lumière des « problèmes d’efficacité et des manquements sur le plan juridique et procédural » engendrés par les régulateurs financiers allemands. Les lacunes en matière de coordination entre l’Autorité fédérale de surveillance financière et le comité de contrôle des rapports financiers (DPR) étaient particulièrement manifestes. De plus, les actions lancées par le DPR auraient été insuffisantes.

La BaFin est rattachée directement au ministère des Finances ; elle constitue l’autorité la plus importante en Allemagne en ce qui concerne la sécurité de la stabilité financière. Le DPR est une société privée qui, au nom de l’État allemand, contrôle la bonne tenue de la comptabilité des entreprises d’outre-Rhin. Ces organes suivent une procédure en deux étapes : d’abord le DPR, puis la BaFin.

La ligne de défense actuelle du chef de la BaFin, Felix Hufeld : le DPR avait bien été chargé de vérifier les comptes de Wirecard AG. La BaFin avait alors les mains liées jusqu’à la fin de la première étape. Les fraudes comptables ont été révélées au grand jour en juin, c’est-à-dire avant que la BaFin ne puisse entrer en jeu.

Le rapport de l’AEMF soutient l’argument avancé par l’autorité allemande, en incriminant davantage le DPR. Le comité de contrôle des rapports financiers aurait « omis de prendre au sérieux les signaux envoyés par les médias internationaux et de sélectionner une année de référence entre 2016 et 2018 (pour les exercices comptables de 2015, 2016, 2017) en vue d’un examen, et ce malgré des risques déjà mentionnés ».

De plus, au cours de l’évaluation de la comptabilité de Wirecard AG pour l’année 2014, le DPR aurait également dû prendre en compte plusieurs indications provenant des rapports formulés par différents médias. Par exemple, dans les deux cas, le Financial Times avait signalé assez tôt que des incohérences subsistaient dans les bilans.

Politique allemande : Olaf Scholz est sur la sellette

La politique allemande, théâtre de scandales financiers. Tandis que le ministre des Finances et candidat social-démocrate (SPD) à la chancellerie Olaf Scholz est empêtré dans l’affaire Wirecard, il est également en tête d’affiche du scandale CumEx. Un article d’Euractiv Allemagne.

Les mains liées ?

La BaFin aurait pu lire les articles mettant en lumière les malversations de la société allemande – un sujet critiqué dans le rapport de l’AEMF, qui reproche à l’autorité allemande de ne pas avoir exhorté son compère à mener une analyse plus minutieuse.

Par ailleurs, les experts du Bundestag indiquaient en juillet que l’équipe de Felix Hufeld aurait très bien pu prendre en charge l’examen à un stade précoce, « en cas de doutes considérables sur le bon déroulement » du contrôle du DPR. Toutefois, l’AEMF soutient que de tels doutes n’auraient pas pu surgir au sein de la BaFin. Enfin, il a été conclu que la mauvaise coordination entre les deux entités avait alimenté le scandale.

Cette mauvaise collaboration a, entre autres, été provoquée par la « règle de confidentialité » : selon le rapport, le DPR n’aurait pas assez communiqué avec la BaFin, de sorte que celle-ci ne pouvait même pas savoir que le DPR était trop laxiste en matière de contrôle. Les deux organismes auraient certes pu se tourner vers le ministère public, mais les obstacles étaient trop importants. Ni la BaFin ni le DRP n’étaient suffisamment compétents pour obtenir assez d’informations afin de confirmer leurs soupçons.

En juin, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il ne coopérerait plus avec le DPR à l’avenir et qu’il renforcerait la BaFin, notamment en l’habilitant à effectuer des contrôles spéciaux.

Scandale Wirecard : Bruxelles demande une enquête sur la BaFin allemande

La Commission européenne va demander à l’Autorité européenne des marchés financiers d’enquêter pour déterminer si des manquements sont imputables à l’autorité allemande de surveillance financière (BaFin), qui avait pour tâche de superviser la société de paiements électroniques. Un article d’Euractiv Italie.

Risque d’exercer une influence

À l’époque, le ministre des Finances Olaf Scholz (SPD) était politiquement responsable de la BaFiN. L’opposition avait porté de graves accusations à son encontre, comme celle d’avoir rappelé à l’ordre l’Autorité pour protéger la société Wirecard.

Cependant, à la lecture du dossier de l’AEMF, aucune preuve n’a été trouvée à cet égard. Il est tout de même souligné qu’un risque d’ingérence persistait, comme la BaFin l’avait souvent signalé au ministère.

Ces questions sont actuellement clarifiées par une commission d’enquête parlementaire. La situation est particulièrement mal venue pour Olaf Scholz, car il est le principal candidat des sociaux-démocrates aux élections fédérales de 2021.

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