L’emploi 4.0, une révolution plus complexe qu’il n’y parait

La numérisation du travail présente des risques, mais crée également des opportunités. [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

La numérisation de l’emploi pourrait changer le monde du travail à très brève échéance . Avec des effets ambivalents pour tout le monde selon une nouvelle étude allemande.

Jusqu’à 60 % des emplois actuels pourraient être remplacés par des ordinateurs ou des robots grâce à la révolution numérique. Parallèlement, de nombreux postes sont créés dans l’industrie numérique. Ce changement, selon les experts, annonce des bouleversements encore plus importants que la révolution industrielle du XIXe siècle.

L’Institut des sciences économiques et sociales (WSI) de la Fondation Hans-Böckler a mené une enquête exhaustive sur les comités représentant les travailleurs dans les entreprises et a dressé un tableau étonnamment positif des changements à venir. Jusqu’ici, 38 % des comités considèrent que ces changements « permettraient de grandes améliorations et rendraient les conditions de travail plus humaines ».

De nombreux représentants y voient également plus de possibilités. Le travail à domicile et le travail mobile permettraient de mieux concilier le travail et la vie de famille. Jusqu’à présent, seulement 12 % des employés travaillent régulièrement à domicile, bien que cela soit techniquement possible pour environ 40 % d’entre eux. À l’avenir, cette situation pourrait évoluer.

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Parallèlement, les comités d’entreprise estiment que la numérisation présente une panoplie de risques. En effet, étant donné que ce type de travail est plus flexible, la charge de travail peut être plus importante. L’accès permanent aux outils de travail peut apporter du stress et menacer la santé des travailleurs. 78 % des personnes interrogées déclarent que la numérisation augmente la charge de travail, alors que les experts craignent que la performance et le contrôle du comportement des employés puissent diminuer.

Le « travail 4.0 » crée donc des opportunités, mais également des risques pour les employés. Selon une étude du WSI, l’avenir du travail numérique dépend du niveau de préparation des entreprises à ce changement. Trois comités d’entreprises sur quatre estiment qu’il est nécessaire de recruter plus de personnel dans leurs entreprises. 70 % des comités demandent que des mesures soient instaurées pour limiter l’intensité du travail et garantir l’emploi. 69 % perçoivent la nécessité d’offrir à leurs employés davantage de mesures de qualification. Ainsi, si aucun changement n’est effectué, le travail numérique n’apportera pas de meilleures conditions de travail.

Cependant, miser uniquement sur les initiatives des entreprises pourrait s’avérer naïf. Les associations professionnelles telles que la Confédération des associations allemandes d’employeurs (BDA) ont une autre vision de la situation : « la numérisation entraînera également des fluctuations à court terme dans les commandes. L’emploi devra donc suivre plus que jamais les exigences des niveaux de commandes fluctuants. Des horaires plus flexibles permettraient de faciliter cela, tout comme le fait d’encourager le travail temporaire et l’emploi temporaire ».

Ainsi, alors que les syndicats appellent les entreprises à mieux répondre aux besoins des travailleurs, les entreprises poussent les employés à s’adapter à leurs besoins. Pour cette raison, les syndicats ne veulent pas que les entreprises soient seules face à l’adaptation à la numérisation, comme l’a expliqué l’auteur de l’étude du WSI, Elke Ahlers.

Au contraire, l’État a également la responsabilité d’agir pour faciliter la numérisation du travail. Il ne doit pas nécessairement adopter de nouvelles lois, mais surtout s’assurer de la mise en place cohérente des lois existantes, telles que les horaires de travail et la loi sur la protection au travail. De plus en plus d’employés des autorités de surveillance ont été licenciés ces 30 dernières années, il est donc nécessaire de se pencher davantage sur ce problème.

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Cependant, étant donné l’accord de coalition conclu entre les démocrates-chrétiens et les socialistes, Elke Ahlers craint que l’État ne se penche pas sur la question dans le mandat à venir. Pour elle, des règles contraignantes devraient permettre aux travailleurs d’influencer davantage les lieux et horaires de travail. Dans le cas contraire, les travailleurs risquent de devoir porter seuls le fardeau de l’adaptation à la numérisation.

Pour rendre les conditions de travail plus humaines, syndicats et conseils d’entreprises devront toutefois se préparer à batailler ferme. Les employeurs ne manqueront pas de bonté de cœur l’occasion d’utiliser leur personnel de manière plus flexible à l’avenir.

Et la concurrence créée par la robotisation et la numérisation n’aide pas exactement les syndicats. C’est pourquoi la numérisation du secteur privé ne peut être uniquement négociée via un dialogue social. Il doit également y avoir une intervention politique.

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