Zuckerberg se résigne à une rencontre à huis clos avec les eurodéputés

Mark Zuckerberg [@EPA-EFE/MICHAEL REYNOLDS]

Après des semaines de tractation, le PDG de Facebook a accepté une audition à huit-clos devant les eurodéputés sur le scandale des données volées. Un format dénoncé par un partie des parlementaires.

Malgré les appels répétés des eurodéputés le mois dernier pour que Mark Zuckerberg vienne s’expliquer devant quatre commissions parlementaires en session publique, le milliardaire de 34 ans a prévu de rencontrer à huis clos un groupe de responsable du Parlement.

Le président du Parlement, Antonio Tajani, participera à cette réunion, aux côtés des chefs de file des groupes politiques. Claude Moraes, eurodéputé britannique et président de la commission sur les libertés civiles (LIBE) ainsi que Jan Philipp Albrecht, eurodéputé allemand écologiste menant les négociations du Parlement dans le cadre du règlement sur la protection des données, qui entrera en vigueur le 25 mai, seront aussi de la partie.

Le scandale Facebook décrédibilise la protection des données européennes

Pour les eurodéputés, l’UE a besoin de lois encore plus strictes pour empêcher l’utilisation illégale de données de millions d’utilisateurs comme l’ont fait Facebook et Cambridge Analytica..

En mars, The Observer et The New York Times ont révélé que le cabinet de conseil Cambridge Analytica avait analysé plus de 87 millions de données Facebook pour le compte de campagnes politiques sans l’assentiment des utilisateurs. Environ 2,7 millions d’entre eux sont basés dans l’UE.

Mark Zuckerberg s’est excusé pour le scandale et s’est empressé d’annoncer des changements dans les paramètres de confidentialité de Facebook.

« Nous avons accepté la proposition du Conseil des présidents de rencontrer les responsables du Parlement européen et nous sommes ravis d’avoir l’occasion de dialoguer, d’écouter leurs points de vue et de montrer les mesures que nous prenons pour mieux protéger la vie privée des gens », a déclaré un porte-parole de Facebook.

Antonio Tajani a assuré le 16 mai que le PDG du géant des réseaux sociaux serait « à Bruxelles le plus tôt possible, espérons dès la semaine prochaine. Nos citoyens méritent une explication complète et détaillée. »

Le Parlement insiste pour entendre Zuckerberg

Le Parlement européen a de nouveau insisté pour que le PDG de Facebook vienne s’expliquer sur l’affaire de détournement de données au profit de Cambridge Analytica, qui a touché près de trois millions d’Européens.

Le président du Parlement a qualifié la réunion de « pas dans la bonne direction pour restaurer la confiance ». La discussion à huis clos sera toutefois beaucoup plus restreinte que le format originellement proposé au patron de Facebook. En effet, le mois dernier, Antonio Tajani a envoyé une lettre à Mark Zuckerberg en lui demandant de s’expliquer devant les eurodéputés des commissions LIBE, JURI (affaires juridiques), AFCO (Affaires constitutionnelles) et ITRE (Industrie).

Le porte-parole d’Antonio Tajani, Carlo Corazza, estime que la réunion avec Mark Zuckerberg aura lieu en début de semaine prochaine. Le lundi 21 mai est un jour férié en Belgique et les institutions européennes seront fermées. La date exacte de la réunion sera confirmée le 22 mai.

Le Parlement européen réclame des explications de Mark Zuckerberg en personne

Le Parlement européen a réitérer sa demande d’audition du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, au lendemain de son audition marathon devant le Congrès américain.

Certains eurodéputés ont immédiatement fait part de leur indignation face à cet arrangement à huis clos. Pour les chefs de file du groupe des Verts au Parlement, Philippe Lamberts et Ska Keller, « cette réunion doit être publique étant donné la profonde méfiance engendrée par le scandale de Cambridge Analytica.

Il ne devrait pas y avoir deux poids deux mesures pour le Congrès américain et le Parlement européen. Il est scandaleux que le président Tajani, les conservateurs et l’extrême droite se soient inclinés face à la pression de Facebook pour que Mark Zuckerberg échappe à une audition publique. »

Quant à Guy Verhofstadt, le président des libéraux, il a tweeté : « Je ne participerai pas à la réunion avec Mark Zuckerberg si celle-ci a lieu à huis clos. Ce doit être une audition publique – et pourquoi pas un Facebook Live ? Je regrette fortement que le PPE se soit allié avec l’extrême droite pour organiser tout cela à huis clos. »

Le Parlement européen n’a pas le pouvoir juridique de convoquer quelqu’un à une audition. Le mois dernier, le PDG de Facebook s’est fait interroger pendant plus de dix heures par le Congrès américain.

Carlo Corazza a déclaré que les dirigeants du Parlement avaient pris une « décision politique » en proposant une réunion plus petite à Mark Zuckerberg et que ce n’était pas lui qui avait exigé une réunion privée comme condition pour venir à Bruxelles.

Vera Jourova, commissaire européenne en charge de la justice, a également critiqué le format privé de la réunion.

« Ravie que Mark Zuckerberg ait accepté l’invitation de @Europarl_EN et vienne à Bruxelles pour répondre aux questions européennes sur la vie privée. Dommage que ce ne soit pas une audience publique. Il y a plus d’utilisateurs européens sur FB qu’aux États-Unis et les Européens méritent de savoir comment leurs données sont traitées », a-t-elle déclaré sur Twitter mercredi soir.

Un commentaire qui a rapidement entrainé une réaction de la part d’Antonio Tajani, qui, vingt minutes plus tard a répondu : « c’est la décision de la conférence des présidents. Ce n’est pas votre travail de contrôler et critiquer le @Europarl_EN ».

Carlo Corazza a déclaré que les questions d’Antonio Tajani à Zuckerberg porteraient principalement sur la protection des données et l’éventuelle utilisation de données personnelles pour des campagnes électorales, et comment éviter ce risque pour les prochaines élections européennes. Le président prévoit également de discuter plus généralement avec Mark Zuckerberg de la réglementation des plateformes en ligne.

Outre la réunion privée avec le PDG de Facebook, Antonio Tajani a annoncé que le Parlement organiserait une autre audition publique en juin sur la protection des données et les plateformes en ligne, cette fois-ci devant la commission LIBE et aux « autres commissions compétentes ».

« Un accent particulier sera mis sur l’impact potentiel sur les processus électoraux en Europe », a déclaré le président du Parlement dans un communiqué.

Le Parlement britannique a convoqué Mark Zuckerberg pour témoigner devant sa commission en charge du numérique et de la culture. Le PDG de Facebook n’a pas répondu à la convocation. Au lieu de cela, Mike Schroepfer, directeur de la technologie de l’entreprise, a assisté à une audience de la commission en avril dernier.

Le Brexit aurait-il eu lieu sans Cambridge Analytica?

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