Zuckerberg attendu de pied ferme par les eurodéputés

EPA-EFE/FACUNDO ARRIZABALAGA

Après le scandale des fuites de données,  le PDG de Facebook, a finalement accepté de rencontrer des représentants du Parlement européen lors d’une audition filmée.

À 5h45 ce 22 mai, le PDG de Facebook rencontrera le président du Parlement européen, Antonio Tajani, les chefs de file des groupes politiques, ainsi que Claude Moraes, l’eurodéputé britannique qui préside la commission  des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE), et Jan Philipp Albrecht, l’Allemand des Verts chargé des négociations sur la protection des données (RGPD).

L’audition était prévue à huis clos, ce qui avait fâché élus et activistes. Antonio Tajani avait en effet invité Mark Zuckerberg à s’expliquer lors d’une audition publique devant quatre commissions parlementaires. Des eurodéputés de différents groupes politiques avaient donc exigé que la séance soit filmée, ce qu’ils ont obtenu.

« Je me félicite de ce changement », a tweeté Věra Jourová, la commissaire européenne à la justice. Elle ne rencontrera pas le PDG de Facebook lors de sa visite à Bruxelles, puisqu’elle sera en Bulgarie pour une réunion des ministres de la Justice.

Le lendemain de sa comparution au Parlement, milliardaire américain rencontrera Emmanuel Macron, le président français, à Paris.

Zuckerberg se résigne à une rencontre à huis clos avec les eurodéputés

Après des semaines de tractations, le PDG de Facebook a accepté une audition à huit-clos devant les eurodéputés sur le scandale des données volées. Un format dénoncé par un partie des parlementaires.

« Ce qu’il faut »

« Venir s’expliquer sur ce qu’il s’est passé et assurer que cela ne se reproduirait plus, qu’il y aurait des protections, c’est ce qu’il fallait qu’il fasse, pour lui-même », a jugé la commissaire à la justice. « Les Européens veulent l’entendre, ils sont plus regardants que les Américains sur le respect de leur vie privée. »

Le mois dernier, Mark Zuckerberg a été entendu pendant plus de 10 heures par le Congrès américain après le scandale des fuites de données Facebook. La plateforme a depuis mis en place de nouveaux paramètres de sécurité.

En mars, l’Observer et le New York Times, avaient dévoilé que la firme de consultance Cambridge Analytica avait analysé les données d’environ 87 millions de profiles Facebook, sans leur accord, à des fins politiques. Environ 2,7 millions des utilisateurs affectés étaient Européens.

Věra Jourová, qui a indiqué ne pas avoir de compte Facebook, s’était attendue à ce qu’un grand nombre d’utilisateurs quittent la plateforme après le scandale. Pour nombre d’entre eux, reconnait-elle, le maintien d’un compte Facebook est « existentiel ».

Elle s’est félicitée de l’entrée en vigueur, le 25 mai, du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui permettra d’éviter ce genre d’abus à l’avenir.

Elle espère aussi que cela permettra aux utilisateurs des réseaux sociaux de limiter le nombre de publicités qui les assaillent. « Tous les jours, on est attaqué de partout par la publicité. Je veux que les gens puissent dire ‘Stop, je n’en veux pas’ », a-t-elle déclaré, estiment la liberté trop restreinte à l’heure actuelle.

Le scandale Facebook décrédibilise la protection des données européennes

Pour les eurodéputés, l’UE a besoin de lois encore plus strictes pour empêcher l’utilisation illégale de données de millions d’utilisateurs comme l’ont fait Facebook et Cambridge Analytica..

À quelques jours de l’entrée en vigueur du RGPD, la commissaire s’inquiète du manque d’effectif dans certains États membres, qui pourrait les empêcher de contrôler réellement les entreprises tech. Le nouveau règlement confère un arsenal de nouvelles compétences aux autorités de protection de la vie privée. Elles pourront par exemple enquêter sur de possibles manquements à la protection des données et imposer des amendes à hauteur de 20 milliards d’euros, ou 4 % de leur chiffre d’affaires mondial.

« Le RGPD est fondé sur l’évaluation du risque, or, là où il y a le plus de risque, c’est logique, c’est du côté des grandes entreprises qui collectent d’énormes volumes de données, sur une base de millions d’utilisateurs. Nous devons donc avoir des autorités de protection des données équipées pour y faire face », souligne-t-elle. « Pour Facebook et d’autres, cela nécessite des capacités importantes. «

L’autorité irlandaise a déjà prévu d’augmenter son personnel, pour atteindre un total de 140 personnes cette année. L’Irlande abrite les sièges européens de Facebook et Google et l’autorité nationale sera donc spécialement chargée des enquêtes liées au GRPD.

L’autorité irlandaise n’est cependant pas celle qui peine le plus. 17 des 24 autorités nationales qui ont répondu à une enquête de Reuters en mai ont déclaré manquer de ressources pour accomplir leurs nouvelles tâches.

Les CNIL européennes renforcent leur force de frappe commune

En préparation de la nouvelle loi, les autorités de surveillance nationales de protection des données vont unir leurs efforts pour enquêter, voire sanctionner les entreprises qui rechignent à se plier aux règles.

Věra Jourová est en train d’écrire une lettre aux ministres européens qui supervisent la loi de protection des données dans leurs pays. Elle y met en garde les gouvernements qui ne souhaitent pas augmenter le financement des autorités de protection, ainsi que les huit pays qui n’ont pas encore transcrit le RGPD dans leur droit national.

« Il y aura bien sûr un message spécifique pour  les États qui n’ont pas encore la législation. Nous combinerons cela à une demande de capacités adaptées pour les autorités de protection des données », précise-t-elle.

Selon la Commission, la Bulgarie, la Belgique, Chypre, la Grèce, la Hongrie, la Lituanie, la République tchèque et la Slovénie ne devraient pas être en mesure d’appliquer le RGPD dès le 25 mai, parce qu’ils n’ont pas encore adapté leur droit national.

« Je m’inquiète du chaos légal dans ces pays », confie la commissaire à la justice, qui n’a pas précisé si elle comptait brandir la menace d’une procédure en infraction. « Pour moi, c’est un grand chantier qui commence le 26 mai. Le travail n’est pas terminé. »

Bruxelles fait pression sur les États retardataires sur la protection des données

L’Allemagne et l’Autriche sont les seuls pays européens prêts pour une révision majeure des règles européennes sur la vie privée, qui entrera en vigueur en mai.

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