Frédéric Allemand (Fondation Robert Schuman) propose une analyse critique du processus que les nouveaux Etats membres doivent suivre pour adhérer à la zone euro. Il se concentre sur les critères d’adhésion, les stratégies de convergence et l’attitude des opinions publiques.
L’élargissement a profondément modifié l’équilibre au sein de l’Union économique et monétaire (UEM), le rapport entre le nombre d’Etats participants à la monnaie unique (les Ins) et ceux qui n’y participent pas (les Outs) s’établissant désormais à 12 contre 13. Ainsi, selon F. Allemand, « d’une certaine façon, l’élargissement a fait de l’appartenance à la zone euro une exception. »
Cependant, selon les critères de convergence définis dans le traité de Maastricht, tous les nouveaux Etats membres ont du s’engager à adopter la monnaie unique européenne lors de leur adhésion à l’UE – et les dix pays ont tous fait savoir qu’ils souhaitaient le faire le plus tôt possible.
Cependant, les nouveaux Etats membres ont un long chemin à parcourir pour adhérer à la zone euro car ils doivent remplir des critères juridiques et économiques contraignants, élaborer des stratégies de convergence qui doivent passer l’épreuve de l’unanimité au Conseil et idéalement bénéficier du soutien de leur opinion publique au passage à l’euro.
La première partie de cet article porte sur les procédures à suivre au cours du processus d’intégration monétaire, qui selon F. Allemand sont « anachroniques » et « mal adaptés » à l’hétérogénéité croissante des participants à l’euro. « L’approche « one size fits all » sous-jacente à la procédure de convergence nominale ne permet pas une évaluation pertinente de la convergence des économies en cours de rattrapage, » estime l’auteur, reflétant ainsi les débats récurrents au sein de cercles économiques européens.
Il est également clair qu’une interprétation stricte des critères de Maastricht (stabilité des prix, dette, déficit public, stabilité des taux de change et convergence des taux d’intérêt à long terme) pourrait même empêcher les économies de converger en conditions réelles. Bien que le Traité permette de modifier ces critères, les chances que de tels changements soient adoptés au Conseil sont sérieusement diminuées par la règle de l’unanimité qui prévaut pour cette partie de la procédure, souligne F. Allemand.
Concernant l’état actuel de l’élargissement de la zone euro, l’auteur revient sur les profondes mutations des structures économiques des nouveaux Etats membres. Sans anticiper sur l’issue de ce processus, il souligne que « la réussite du passage à l’euro ne saurait se mesurer à l’aune des seuls critères juridiques et économiques de convergence. Elle implique un large soutien des citoyens européens. »
Sur cette dimension particulière, F. Allemand souligne les inquiétudes des citoyens des nouveaux Etats membres par rapport à la monnaie unique. Plusieurs factures semblent justifier cette inquiétude, dont le manque de campagnes d’information ou leur mauvaise qualité. En effet, les sondages repris par l’auteur révèlent que deux tiers des citoyens des nouveaux Etats membres considèrent qu’ils sont mal informés sur l’euro.
