Coronavirus : l’Europe doit lever les barrières à la propagation de la solidarité

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

Pierre Goguet, président de CCI France et Vice-Président d’Eurochambres

Et si l’Europe, qui s’est trop souvent construite à coups de crises, ressortait grandie de la pandémie, en montrant, comme l’a récemment affirmé Christine Lagarde, que « la solidarité peut être aussi contagieuse que le virus » ?

Pierre Goguet est le président du réseau Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) France et le vice-président du réseau européen Eurochambres.

Face au coronavirus, l’Europe a en fait déjà réagi : par des assouplissements sans précédent qui ont permis aux États de prendre les mesures qui s’imposent pour soutenir leurs économies et venir au secours des entreprises. Aux fermetures soudaines de frontières, la Commission a répondu par le maintien de « lignes vertes » dans les réseaux transeuropéens de transports pour assurer a minima la libre circulation des marchandises, essentielle pour les approvisionnements. La BCE, en portant à 1050 milliards d’euros sa capacité d’achat de titres financiers, a pour l’instant rassuré les marchés. D’autres dispositifs annoncés, soutenus sans équivoque par le Parlement, sont destinés à donner de premières réponses : initiative d’investissement, 10 Mds de liquidités de la BEI, fonds de solidarité et d’ajustement à la mondialisation. Toutes ces mesures vont dans le bon sens. Elles ne sont pas encore à hauteur des enjeux, mais elles ont l’avantage d’être coordonnées. Et c’est bien de coordination dont nous avons besoin : dans la dépense comme dans la ressource, à plus forte raison dans les circonstances exceptionnelles que nous vivons.

Car le danger des mesures d’assouplissement, c’est le repli sur soi, la tentation de renationaliser la conduite des politiques économiques, puis d’opter pour le réflexe protectionniste tout à fait classique en période de crise. D’autant que la période est plutôt à la remise en cause du multilatéralisme dans les échanges. Attention, danger ! Si les mesures actuellement prises au niveau européen permettent à chaque État membre de répondre aux urgences absolues, c’est seulement par une réponse commune que nous sortirons de cette crise.

Désaccord flagrant entre chefs d'Etat sur la réponse économique au coronavirus

Les dirigeants européens n’ont pas trouvé de consensus sur les mesures de relance à mettre en œuvre pour contrer les effets de la pandémie. Les pays du Nord ne veulent pas des « obligations corona » réclamées certains États membres.

L’initiative prise le 25 mars par neuf États membres, dont la France, de proposer l’idée d’un instrument de la dette commun — les fameux « corona bonds » — va dans ce sens. Comment concevoir 27 réponses nationales désordonnées sur les marchés face à la crise économique sans précédent à laquelle nous devons faire face ? Comment concevoir une relance efficace et durable de nos économies si les conditions de financement sont trop disparates entre partenaires économiques partageant la même monnaie ? Au prix d’un éclatement de la zone euro ou de tensions telles que notre monnaie commune perdrait toute crédibilité ? Nous devrons, au contraire, arriver en sortie de crise suffisamment solide sur la scène internationale pour relancer cette politique industrielle européenne dont nous aurons plus que jamais besoin. Nos partenaires opposés pour l’instant aux « corona bonds » devraient comprendre que c’est aussi dans leurs propres intérêts de moyen terme.

Il faut rétablir le lien entre la croissance de nos économies nationales et la relance du projet européen. N’ayons pas peur des mots : ceci plaide pour la réaffirmation de notre souveraineté économique européenne. La relance passera inévitablement par la réappropriation de certaines de nos filières — et celle de la santé, on le voit bien devra en faire partie — et par l’assouplissement d’un certain nombre de positions dogmatiques, notamment en termes de politique de concurrence. Pourquoi ne pas faire ce que nos concurrents mondiaux font déjà en se donnant les moyens de soutenir massivement l’économie européenne par des actions coordonnées et solidaires en termes d’investissements ? L’Europe aura besoin de s’appuyer sur des programmes incitatifs et des actions ciblées favorisant les coopérations entre États, grandes et petites entreprises, universités, laboratoires, clusters… Il sera également utile de travailler à des outils de financement qui soient de véritables leviers de croissance, notamment en développant les ingénieries publiques/privées de partage de risque et de financement de hauts de bilan. Ces dispositifs méritent toutes les attentions alors que les financements bancaires classiques sont de plus en plus difficiles à obtenir pour les PME, du fait des ratios de solvabilité très restrictifs désormais imposés aux banques à l’échelle internationale. Le marché unique des capitaux devra être lui-même mis en perspective avec les nouvelles priorités politiques affichées, et donc avec les besoins nouveaux générés en termes d’investissements. Enfin, le plan d’action récemment annoncé pour mieux relancer le Marché Unique apparaît sous un jour nouveau avec le coronavirus : les estimations de la Commission de 713 Mds € d’avantages pour l’économie européenne d’une meilleure fluidité des échanges, montrent, au-delà de la relativité du chiffre lui-même, le potentiel important offert par une ouverture effective des frontières sur des bases communes. Ce potentiel doit absolument être libéré.

Le Parlement européen vote une aide financière en faveur des pays frappés par le coronavirus

Le Parlement européen, quasiment unanime, a adopté deux paquets de mesures destinées à soutenir financièrement les pays touchés par l’épidémie de COVID-19. Le vote a eu lieu à l’issue d’une procédure d’urgence.

Toutes ces orientations plaident évidemment pour un budget européen à hauteur d’enjeux d’une sortie de crise de cette ampleur… Les fourchettes basses annoncées frileusement lors des discussions au Conseil européen du mois de février dernier semblent déjà appartenir à une autre époque. La solidarité européenne devra se refléter dans un budget 2021-2027 à la hauteur des défis, dont certains ont été fortement révélés pendant la crise (dépendance, manque de souveraineté sur des chaines de valeurs stratégiques…), alors que les autres (climatiques, industriels, numériques, R§D …) seront plus que jamais des priorités. Enfin, pour corriger les éventuels déséquilibres entre États, il conviendra de porter une attention toute particulière aux mécanismes visant à renforcer la solidarité en matière de souveraineté économique et financière de la zone euro.

L’heure n’est plus aux clivages ni aux tabous. Une chose est sûre : l’économie souffre et la crise actuelle aura besoin de réponses d’une ampleur encore inconnue, mais certainement à des niveaux qu’aucun État européen ne pourra couvrir seul.

« Unis dans la diversité ». « Whatever it takes » disait Mario Draghi.

Oui, la solidarité entre États peut-être contagieuse. Attrapons le virus.

Coronavirus: pas confinés mais disciplinés, les Suédois assument le risque

La Suède est un des rares pays européens à ne pas avoir pris des mesures radicales depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Le gouvernement parie moins sur le confinement que sur le civisme. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.