L’Europe s’apprête à perdre la course mondiale à l’intelligence artificielle

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Le RGPD impose tellement de restrictions sur l’utilisation des données personnelles que l’UE ne sera pas en mesure de suivre le reste du monde en utilisant l’intelligence artificielle pour rationaliser son économie, estime Nick Wallace.

Nick Wallace est analyste politique, il est basé à Bruxelles et travaille pour le Center for Data Innovation, un think-tank qui s’intéresse aux domaines touchant à la fois les données, la technologie et les politiques publiques.

Les entreprises européennes qui cherchent à utiliser l’intelligence artificielle (IA) sentiront bientôt l’impact du nouveau Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui prendra effet le 25 mai. La commission européenne a annoncé fin avril un ensemble de mesures visant à rendre plus de données non-personnelles disponibles pour leur utilisation dans le domaine de l’IA mais le RGPD impose des restrictions tellement fortes quant à l’utilisation des données personnelles que l’Europe sera incapable de suivre le rythme, tandis que les économies du reste du monde profiteront de l’IA sans restriction pour leur croissance. L’UE doit approuver la réforme du RGPD au plus vite et les législateurs de l’UE ne devraient en attendant plus introduire de restrictions inutiles sur cette technologie importante.

Le RGPD impose des coûts significatifs et d’énormes risques juridiques aux sociétés qui traitent des données personnelles. Le RGPD est complexe, et les sociétés doivent embaucher des personnes ayant une expertise considérable pour s’assurer de s’y conformer, parce qu’elles risquent des amendes considérables en cas de non-respect de l’une des myriades de règles qu’il contient. En conséquence, plusieurs sociétés à l’intérieur et l’extérieur de l’Europe suspendent déjà certains services, notamment en supprimant certaines fonctionnalités, en bloquant l’accès depuis l’Europe ou en se retirant même entièrement du marché européen. Par exemple, la plateforme en ligne tchèque Seznam a annoncé qu’elle allait fermer son réseau social pour écoliers tandis que Gravity Interactive, un éditeur de jeux américain, bloquera l’accès à ses jeux aux utilisateurs européens.

La Commission promet 1,5 milliard d’ici 2021 pour l’intelligence artificielle

La Commission européenne compte investir 1,5 milliard d’euros dans l’intelligence artificielle d’ici 2021. Pas trop tôt, estiment les observateurs : la Chine et les États-Unis ont mis en place des stratégies à ce sujet il y a plusieurs années.

Les coûts sont particulièrement élevés pour les sociétés qui utilisent l’IA, parce que le RGPD les oblige à ce que des humains examinent le fonctionnement interne complexe de toutes sortes de décisions algorithmiques individuelles. Cela augmente considérablement les coûts de main d’œuvre de l’IA, et va à l’encontre du principe même des processus complexes d’automatisation. Ces coûts diminuent l’intérêt qu’ont les sociétés européennes à utiliser l’IA et les sociétés étrangères à pénétrer le marché européen, diminuant de ce fait le choix des consommateurs européens et la pression concurrentielle à innover. Ce qui veut dire que le RGPD a un effet dissuasif précisément sur ce que la commission européenne dit vouloir encourager.

Outre qu’il dissuadera certaines sociétés de faire la moindre utilisation de l’IA, le RGPD nuira également à la qualité des services IA que d’autres sociétés offrent en Europe. En plus d’augmenter les coûts, demander à des humains d’être capables d’examiner le fonctionnement des décisions algorithmiques individuelles diminue l’exactitude statistique de ces décisions parce que cela oblige les sociétés à limiter la complexité des modèles algorithmiques à un niveau que des humains peuvent encore interpréter. L’ironie, c’est qu’alors que l’intention des obligations règlementaires est d’augmenter l’équité, elles forceront en pratique les sociétés à utiliser des modèles moins précis quand elles se trouveront face à des clients de l’UE, ce qui augmentera la probabilité des prendre des décisions moins justes.

Les États-Unis, la Chine, et d’autres pays poursuivent des stratégies visant à devenir des leaders mondiaux dans le domaine de l’IA. L’UE ne peut espérer rivaliser si elle a un cadre réglementaire qui est déjà dépassé avant même d’entrer en vigueur, et ne pourra pas non plus prescrire une éthique de l’IA si elle laisse les aux autres prendre la tête dans le développement de la technologie. Le RGPD a nécessité quatre ans de querelles fastidieuses, l’idée de le modifier est donc impopulaire, même auprès de certains des critiques les plus sévères de la régulation, mais c’est la seule solution de long terme. En attendant, le RGPD servira d’avertissement pour les autres pays, montrant ce qu’il ne faut pas faire en termes de régulation de l’IA, et ce que l’UE devra faire lorsqu’elle envisagera des réglementations supplémentaires. Si l’UE persiste à soumettre l’IA à des réglementations si strictes si tôt, elle se retrouvera exclue de la course de l’IA avant même que celle-ci n’ait véritablement commencée.

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