La compétitivité européenne passe par une réforme des télécommunications

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 Les décideurs politiques européens doivent donc se montrer plus ambitieux pour assurer la compétitivité des industries verticales en Europe.

Markus Borchert est vice-président et directeur pour le marché européen chez Nokia Networks.

L’infrastructure numérique européenne est amenée à jouer un rôle moteur pour la compétitivité de l’ensemble de la région – et pas seulement dans le secteur des TIC. Les décideurs politiques européens doivent donc se montrer plus ambitieux pour que la compétitivité des industries verticales en Europe ne perde pas du terrain face à d’autres régions, où l’infrastructure numérique permet de tirer parti des gains d’efficacité offerts par l’Internet des Objets (IdO) et l’Industrie 4.0.  

L’Europe occupe une position de force dans des industries verticales telles que le secteur automobile, les soins de santé avancés, le secteur médical, l’ingénierie et les services publics. Ces industries, qui contribuent largement au PIB européen, sont en période de transition, abandonnant les modèles commerciaux classiques pour entrer dans la nouvelle ère de l’Industrie 4.0. Les technologies numériques bouleversent actuellement notre manière de communiquer, de fabriquer des produits et de conduire des voitures. Elles redéfinissent notre approche du sport et révolutionnent les prestations de soins de santé. Les technologies, et plus particulièrement les technologies des télécommunications, rendent possible cette mutation en rapprochant les mondes physique, virtuel et social.

Dès lors, une mobilité et une connectivité de qualité s’avèrent fondamentales si nous voulons que nos solides industries verticales jouent un rôle de premier plan dans l’Industrie 4.0 et l’Internet des Objets. McKinsey[1] estime que les rentrées économiques potentielles de l’Internet des Objets pourraient atteindre 11,1 mille milliards USD par an en 2025 à l’échelle mondiale. Si nous évaluons le potentiel de l’Europe à 25 % du total, et que nous prenons uniquement en compte les secteurs liés à l’Industrie 4.0, nous obtenons pour l’Union européenne un chiffre pouvant atteindre 2,8 mille milliards USD par an en 2025. À condition que l’Europe agisse.

Sans une infrastructure numérique moderne pour soutenir cette transformation au sein des différentes industries, l’Europe restera à la traîne des autres régions et sera incapable de dégager pleinement le potentiel économique de l’Industrie 4.0 et de l’Internet des Objets. En d’autres termes, un secteur des télécommunications solide et prospère est fondamental pour garantir la compétitivité de l’Europe dans son ensemble.

Une connectivité cruciale pour l’avenir économique de l’Europe

La 5e génération de réseaux de communication – la 5G – aura les caractéristiques et les fonctionnalités nécessaires pour devenir la technologie de choix des applications de l’Internet des Objets. Mais sans la 4G ou la technologie LTE (Long Term Evolution), la 5G ne sera pas possible. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur la 4G et passer directement à la 5G. En Europe, les zones dépourvues d’une couverture 4G seront également privées de la 5G à terme.

Par conséquent, l’Europe n’a d’autre choix que de rattraper son retard dans le déploiement de la 4G. Au deuxième trimestre de 2015, à peine 13 % de l’ensemble des connexions en Europe étaient de type LTE, alors que ce chiffre atteignait 55 % au Japon, 50 % en Amérique du Nord et 70 % en Corée du Sud. De même, seulement 70 % de la population européenne bénéficiait d’une couverture réseau 4G contre 98 % en Amérique du Nord, 99 % au Japon et 100 % en Corée du Sud[2]. Cette constatation est alarmante pour l’économie européenne dans son ensemble.

L’Europe doit avoir la volonté politique d’encourager les investissements

Le cadre réglementaire est déterminant. La Commission européenne projette de revoir la réglementation des télécommunications comme l’un des piliers de sa stratégie pour le marché unique numérique, et d’établir les conditions réglementaires nécessaires pour l’innovation, l’investissement, une concurrence saine et un environnement concurrentiel équitable. C’est un pas dans la bonne direction. Un véritable marché unique numérique doté d’un cadre réglementaire moderne est essentiel pour que l’Europe puisse trouver sa place dans une économie globale passée au numérique. Mais ce n’est pas assez. L’économie européenne a besoin que cette mise en œuvre soit rapide et efficace.

Les États membres doivent donc agir dès maintenant pour améliorer les conditions d’investissement définies par les réglementations existantes – parallèlement au remaniement du cadre réglementaire. La Commission et les États membres doivent se concentrer prioritairement sur les investissements. Dynamiser les investissements dans les infrastructures de télécommunications, et plus particulièrement dans le domaine de la 4G, est une condition sine qua non pour que l’Europe récupère son leadership.

Si toutes les conditions sont réunies, les opérateurs auront des raisons d’investir dans la 4G. Au cours du troisième trimestre de 2014, par exemple, le chiffre d’affaires moyen par abonné (ARPU) des opérateurs en Amérique du Nord était presque trois fois plus élevé qu’en Europe[3]. Cette dynamisation des investissements passe par l’adoption plus rapide d’un système de tarification basé sur les volumes et la valeur ajoutée, permettant de monétiser la croissance du trafic de données et la création de valeur qui vont de pair avec les services modernes. Cela demande d’adopter une approche réglementaire différente : une concurrence efficace sur le marché des services de communications électroniques ne se caractérise pas par les dépenses totales des consommateurs, mais plutôt par ce qu’ils reçoivent en retour. Le prix par gigaoctet et la qualité des connexions sont des indicateurs plus importants que le coût absolu par mois.

En outre, les règles se doivent d’être simples et symétriques. La chaîne de valeur du secteur s’est métamorphosée depuis l’adoption du cadre réglementaire actuel. Les services de télécommunications traditionnels peuvent de plus en plus souvent être remplacés par des services Internet moins réglementés. La dichotomie historique entre les services de communications électroniques et les services de la société de l’information contribue au manque d’investissements et crée des conditions de concurrence inéquitables.

Les régulateurs doivent aussi admettre que la consolidation du marché peut avoir des effets dynamiques et encourager les investissements. À cette fin, les lignes directrices sur les fusions horizontales doivent être réformées tout en veillant à intégrer des effets dynamiques propres aux fusions pour les investissements dans les réseaux. Même sans consolidation, les gains d’efficacité rendus possibles par une exploitation transfrontalière peuvent être considérables. Et pourtant, ils sont paralysés par un manque d’harmonisation de la réglementation européenne.

Un spectre davantage harmonisé et abordable est quant à lui impératif pour répondre aux besoins de couverture et de capacité de services de la 4G et de la 5G, particulièrement pour les communautés qui ne sont pas desservies par la large bande câblée. Moins de la moitié des États membres de l’Union européenne ont attribué la bande de fréquences de 800 MHz pour le haut débit mobile sur la base des instruments politiques existants. Une attribution de la bande de 700 Mhz coordonnée à l’échelle européenne s’avère décisive et nécessaire. À l’avenir, la 5G nécessitera un spectre supplémentaire au-delà des 6 GHz.

La « Silicon Valley » européenne de l’Industrie 4.0

Comme nous venons de le souligner, l’Internet des Objets présente des opportunités dans tous les secteurs, et l’Europe peut s’appuyer sur une base industrielle solide. L’Europe a également de formidables atouts dans les domaines de la sécurité et du respect de la vie privée, qui auront tous deux un rôle à jouer dans l’Industrie 4.0. Mais personne ne peut prendre seul la tête de toute la chaîne de valeur. Nous devons orchestrer un écosystème où l’expertise d’une industrie verticale spécifique, avec les processus et défis qui lui sont propres, se conjugue à l’expertise présente dans le domaine de la sécurité et des infrastructures numériques, et qui tire profit de l’esprit d’innovation régnant dans les nombreuses zones de concentration de start-up en Europe.

L’Europe doit se fixer un objectif ambitieux

La Corée et le Japon, déjà leaders en matière de déploiement LTE, ont aussi d’ambitieux projets pour la 5G. La Corée a annoncé qu’elle prévoyait un test en phase de pré-commercialisation lors des Jeux Olympiques d’hiver de 2018, et le Japon vise une commercialisation des réseaux 5G d’ici les Jeux Olympiques d’été de 2020.

L’Europe ne doit pas être moins ambitieuse. Nous devrions avoir l’Euro de football 2020 en ligne de mire pour le lancement commercial de la 5G. Le Championnat, qui se déroulera dans 13 villes, dont 11 font partie de l’Union européenne, sera véritablement européen. Ce lancement ferait de l’Europe la première région équipée de la 5G commerciale, et serait un symbole fort de son leadership retrouvé dans le domaine de l’innovation.


[1] The Internet of Things, Mapping the Value beyond the Hype, juin 2015

[2] Source : GSMA

[3] 61,01 EUR (Amérique du Nord) contre 21,10 EUR – Source : GSMA

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