La politique santé-environnement : priorité d’une renaissance sanitaire mondiale

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Le premier ministre italien Mario Draghi (à gauche) et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors du sommet virtuel sur la santé mondiale à la Villa Pamphilij à Rome, Italie, le 21 mai 2021. Le sommet est un événement spécial de la présidence du G20, organisé par l’Italie en partenariat avec la Commission européenne. [EPA-EFE/RICCARDO ANTIMIANI]

Le 21 mai, la présidence italienne du G20 et la Commission européenne co-organiseront le sommet mondial sur la santé à Rome. Quelques jours après, l’Organisation Mondiale de la santé tiendra son Assemblée annuelle à Genève. De toute évidence, les deux événements seront centrés sur la tragédie du Covid et les réformes susceptibles de prévenir de telles catastrophes à l’avenir. « Le monde a besoin d’un nouveau départ en matière de politique de santé. Et notre renaissance sanitaire commence à Rome », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 6 mai. Nous partageons cet espoir et nous voulons le voir aboutir.

En tant que membres de la société civile, nous avons été appelés à contribuer à la réflexion collective qui doit conduire à la rédaction de la « Déclaration de Rome ». Sur la base d’un rapport que nous publions aujourd’hui dans le cadre de la Well-being Economy Alliance (WeALL) nous pensons que la notion de politique santé-environnement devrait figurer au cœur de la Déclaration de Rome et, au-delà, inspirer la renaissance des politiques de santé à tous les niveaux de gouvernement. En substance, nous appelons les délégués de ces deux sommets cruciaux à reconnaître les interdépendances fructueuses entre l’environnement, la santé et l’économie.

Le principe clé est de faire du lien entre la santé et l’environnement le cœur même de la santé planétaire et évoluer de la logique coûts-bénéfices vers des politiques co-bénéfices. Notre incapacité à répondre efficacement aux crises jumelles sanitaire et écologique vient en grande partie de l’idée que nous nous faisons des coûts qu’une telle action résolue auraient sur « l’économie ». Mais nous sommes l’économie et l’économie n’est qu’une partie de la source véritable de notre prospérité qui est la coopération sociale. La transition santé-environnement a certainement un coût économique, mais il est visiblement inférieur au coût de la non-transition. Les limites de la monétarisation du vivant sont chaque jour plus évidentes, les arbitrages supposés entre santé, environnement et économie apparaissent chaque jour plus erronés et contre-productifs. À l’inverse, les gains en matière de santé, d’emploi, de liens sociaux, de justice des politiques co-bénéfices sont considérables. Les systèmes de santé sont les institutions stratégiques de cette réforme, à condition de mettre beaucoup plus l’accent sur la prévention, mais d’autres domaines de la transition sont concernés : production et consommation alimentaires, systèmes énergétiques, politiques sociales (notamment lutte contre les inégalités et l’isolement social), politiques d’éducation.

Pour ne prendre que l’exemple de l’énergie, il est parfaitement clair que le système énergétique mondial actuel, à 80% fossile, n’a pas de sens du point de vue du bien-être humain dès lors qu’il détruit simultanément la santé actuelle et la santé future. La pollution de l’air résultant de l’utilisation de combustibles fossiles joue ainsi un rôle décisif dans la vulnérabilité sanitaire des Européens confrontés au Covid-19 (à l’origine de 17% des décès selon certaines estimations), tandis que l’tténuation de la pollution de l’air dans les villes européennes apporterait un co-bénéfice clé pour la santé: celui de réduire le risque de comorbidité face aux chocs écologiques à venir tels que les maladies respiratoires mais aussi les canicules, qui deviennent de plus en plus fréquentes et intenses sur le continent. Lorsque tous les co-bénéfices sont pris en compte, au premier rang desquels la réduction de la morbidité et de la mortalité liées à la pollution de l’air (qui, selon des études récentes, sont bien plus élevées que les estimations précédentes, on compte chaque année 100 000 morts prématurés en France), le passage aux énergies renouvelables conduit à économiser
de l’ordre de quinze fois le coût de leur déploiement.

Il y a de nombreux autres domaines, au-delà de ceux que nous avons identifiés, où la santé,
l’environnement et l’économie se renforcent mutuellement. Ils forment ensemble un socle sur lequel bâtir des politiques qui visent la pleine santé sur une planète vivante. À l’approche du Sommet de Rome et de l’Assemblée de l’OMS, nous voulons donc interpeller leur(e)s participant(e)s avec deux questions simples : et si la meilleure politique économique était une vraie politique sanitaire ? Et si la meilleure politique sanitaire était une vraie politique environnementale ? Comme les pays européens le savent, les crises sont le berceau de nouvelles visions du monde, les catalyseurs de nouvelles approches qui peuvent trouver leur élan. Rome ne s’est pas faite en un jour, mais l’approche co-bénéfices peut montrer la voie de la renaissance sanitaire.

Éloi Laurent, Fabio Battaglia, Alessandro Galli, Giorgia Dalla Libera Marchiori, Raluca Munteanu sont chercheur(e)s associé(e)s à la Well-being Economy Alliance, qui est une collaboration d’organisations, d’alliances, de mouvements et d’individus qui œuvrent en faveur d’une économie du bien-être, favorisant le bien-être humain et écologique.

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