L’Europe a sauvé les banques, elle doit sauver les citoyens

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epa06507889 Georges Dassis, président du Comité économique et social européen à Lisbonne, Portugal, 9 février 2018. [EPA-EFE/MANUEL DE ALMEIDA]

L’instauration d’un revenu minimum, garanti par l’UE, enverrait un signal  concret aux Européens, montrant que l’Union est bien là pour eux.

Georges Dassis a été président du Comite économique et social européen et rapporteur pour l’avis d’initiative Pour une directive-cadre européenne relative à un revenu minimum

Les années où la quasi-totalité des citoyens des États membres de l’UE étaient en faveur de l’intégration européenne sont loin derrière. Aujourd’hui le processus d’intégration paraît réversible. Pourtant c’est grâce à cette Union que nous avons pu vivre en paix durant les sept dernières décennies.

Mais que voulez-vous ? « Les citoyens ne sont pas amoureux du marché intérieur » comme l’avait très bien dit Jacques Delors.

Quand on est dans la pauvreté et la misère non seulement on ne se préoccupe pas de la paix mais on est prêt à suivre n’importe qui et croire n’importe quoi.

C’est ainsi que des millions de citoyens votent en faveur de partis politiques qui prônent directement ou indirectement la haine et préconisent la fermeture des frontières comme solution aux problèmes économiques et sociaux, alors que, si on réfléchit bien, le pas suivant pour ces forces politiques sera de faire la guerre aux voisins.

Malgré le Brexit, il n’est pas encore trop tard pour convaincre les citoyens que leur avenir et l’avenir de leurs enfants se trouve dans une Europe démocratique, plus unie, et plus solidaire.

Pour ce faire il est urgent d’avoir des politiques communes notamment en matière de relations extérieures, de défense, d’industrie et de technologie, d’immigration et d’asile, d’éducation.

Il est surtout très urgent de se préoccuper d’avantage des gens qui vivent dans la pauvreté ou en sont menacés car, malgré la relance économique observée ces dernières années, le taux de pauvreté se maintient à des niveaux inquiétants dans la plupart des États membres de l’Union.

Les chiffres sont alarmants : 22,5 % de la population européenne est menacée de pauvreté ou d’exclusion ; plus de 6 millions de jeunes (âgés de 15 à 24 ans) ne travaillent pas, ne suivent pas d’études ni de formation ; 26 millions d’enfants européens vivent dans la pauvreté et l’exclusion. Ils représentent 27 % de la population de l’UE des moins de 18 ans.

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En 2015, le président de la Commission européenne Jean Claude Juncker a lancé le plan d’investissement pour l’Europe qui porte son nom et qui a eu des effets positifs dans pratiquement tous les pays de l’UE. Il ne faut surtout pas sous-estimer les initiatives prises par la Commission Juncker en matière sociale mais il faut admettre que le problème de la pauvreté est loin d’être résolu.

La méthode ouverte de coordination (MOC), considérée comme outil principal pour combattre la pauvreté s’est avérée tout à fait insuffisante.

Quant à la subsidiarité, trêve d’hypocrisie : la Commission européenne ne peut pas l’utiliser comme excuse pour ne pas proposer un instrument européen contraignant pour combattre réellement la pauvreté et la misère.

Conscient de la gravité de cette situation, en février 2019 le Comité économique et social européen a adopté par une large majorité un avis par lequel il demande à la Commission Européenne d’élaborer une directive-cadre pour instaurer un revenu minimum, garanti par l’UE, pour tous les citoyens vivant sur son territoire.

L’instauration d’une telle directive s’inscrit pleinement dans le contexte de l’« Europe du triple A social » annoncée par le président Juncker et enverrait un signal concret aux citoyens, montrant que l’Union est bien là pour eux. Elle permettrait, par ailleurs,  de généraliser, de soutenir et de rendre décents (adéquats) les systèmes de revenu minimum dans les États membres.

Cette directive définirait un cadre de référence pour l’établissement d’un revenu minimum adéquat, adapté au niveau et au mode de vie de chacun des pays et qui tiendrait compte des éléments de redistribution sociale, de la fiscalité et du niveau de vie en fonction d’un budget de référence, dont la méthodologie serait définie au niveau européen.

L’instauration d’un revenu minimum est une question éminemment politique et dans l’avis adopté nous précisons entre autres que :

  • le droit au travail doit rester un droit fondamental comme élément central d’émancipation et d’indépendance économique ;
  • le revenu minimum décent est fondamentalement un élément temporaire mais indispensable dont l’objectif est l’insertion/la réinsertion des personnes dans le marché du travail par des mesures actives ; c’est une mesure phare pour la crédibilité sociale de l’Union européenne;
  • l’adéquation, la couverture et l’accès au revenu minimum restent des défis majeurs pour les États membres dans leurs actions de développement de leurs systèmes. Ces systèmes doivent être soutenus et, si nécessaire, complétés au niveau européen.

Une Europe unie et intégrée est notre seule chance de pouvoir continuer à vivre en paix. Mais l’unité ne survivra pas avec des millions de citoyens pauvres ou menacés de pauvreté.

L’Union européenne a sauvé les banques. Il faut sauver les citoyens en leur permettant de vivre dans la dignité.

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