L’Europe, seul espoir de la Grèce

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

La Grèce sort de son programme d'aide international © Shutterstock

Pour les Européens, la Grèce reste une destination privilégiée pour les vacances. Les étrangers y aiment le bleu turquoise de la mer, les maisons blanches des îles et les saveurs des tavernes. Le touriste étranger ignore parfois que la Grèce lui cache ses souffrances. Une opinion de Christian Lequesne, professeur à Sciences-Po, pour notre partenaire Ouest-France.

Depuis la crise de 2008, le chômage n’a jamais été inférieur à 20 % (40 % pour les jeunes), les fins de mois sont rudes pour une bonne partie des ménages, et les services publics y sont plus sinistrés que jamais, comme l’a montré l’incapacité récente à circonscrire les terribles incendies qui ont vu périr cent personnes dans la petite ville de Mati, en Attique.

Les Grecs ont perdu leur confiance en l’Union européenne depuis que cette dernière leur a demandé de réduire leurs déficits publics, en contrepartie de plusieurs prêts dont la dernière tranche vient d’être versée. Mais les Grecs ne sont pas dupes : ils savent que les maux dont souffre leur pays sont d’abord la faute de leurs élites politiques. Depuis l’adhésion de la Grèce à l’Union européenne en 1981, elles se sont partagé la confortable rente européenne en laissant filer les déficits publics. Les pays de l’UE ont aussi leur responsabilité : ils savaient, mais n’ont rien fait jusqu’à ce que la banqueroute nécessite un sauvetage en urgence de la Grèce, conditionné à des réductions drastiques sur les salaires, les pensions et les services publics.

Les Grecs n’ont aucune illusion sur les miracles économiques que pourrait accomplir l’actuel gouvernement Tsipras associant l’extrême gauche à l’extrême droite. Ils cherchent d’abord à survivre le moins mal possible.

Investir à long terme

Dans les régions touristiques, comme les îles des Cyclades ou le sud du Péloponnèse, les revenus du tourisme estival permettront de mieux passer l’hiver. Mais la situation est beaucoup plus dure pour les habitants des grandes villes, comme Athènes et Thessalonique, où les capacités d’autosubsistance sont moindres que dans les villages.

Il ne fait aucun doute que la Grèce, par son histoire et sa culture, appartient pleinement à l’Europe. Non pas à l’Europe de l’Ouest, mais à cette Europe balkanique qui, comme la Bulgarie et la Roumanie, s’incarne dans un modèle de relation politique entre l’État et la société reposant sur une bonne dose de clientélisme. Le sort futur de la Grèce ne s’améliorera que si les élites politiques grecques réussissent vraiment à substituer les standards européens à ce modèle balkanique. Cela veut dire comprendre une fois pour toutes que gouverner un pays ne consiste pas à distribuer à court terme, mais à investir à long terme.

L’Europe, pour sa part, doit être consciente qu’elle demeure le seul recours au changement en Grèce. À cela s’ajoute, pour l’Europe, la prise en compte des difficultés particulières auxquelles est soumis tout pays périphérique. L’immigration non européenne est massive en Grèce, en raison de l’ouverture maritime du pays à l’Afrique et au Moyen-Orient. Il s’agit d’uneimmigration de transit qui cherche à se rendre dans les pays plus développés de l’Europe, comme l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Mais comme ces derniers ont tendance à faire endosser la responsabilité des flux aux seuls pays d’arrivée, de nombreux migrants restent en Grèce, où leur espoir d’intégration est quasi nul. Ce dernier problème n’a rien de strictement grec ; il nécessite une véritable politique européenne de l’immigration.


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