Vers une disparition programmée de la sidérurgie européenne ?

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

Edouard Marti [EPA/NICOLAS BOUVY]

La sidérurgie européenne est à nouveau en crise : l’acier russe, brésilien et turc, produit à bas coût en l’absence de normes environnementales ou sociales, inonde le marché européen faute de protections douanières

Édouard Martin est député européen sortant et président de Bridge (Bâtir le Renouveau de l’Industrie sur la Démocratie et le Génie Écologique).

Des arrêts de productions annoncés  

Aviles, Cracovie, Taranto puis Dunkerque, Brême et Eisenhüttenstadt : les usines d’ArcelorMittal sont toutes touchées par des réductions voire des arrêts de leur production et le recul des heures de travail en 2019. Une nouvelle crise de la sidérurgie surgit trois ans après la précédente qui avait vu les partenaires sociaux faire front commun et obtenir des protections anti dumping face aux surproductions chinoises . Le redressement des prix de l’acier européen avait alors été salvateur, sur les plans sociaux, économiques et financiers.

Des sidérurgistes européens complices

En 2019, le défi est le même, mais ce ne sont plus les sidérurgistes chinois qui inondent la planète de leurs produits. Mais des exportateurs russes, ukrainiens et brésiliens qui contournent les protections anti dumping européennes en livrant des demi produits (brames, c’est-à-dire des blocs d’acier). Or ces produits non finis sont totalement libres de droits en Europe. La réponse n’est pas identique à celle de 2016, quand même les patrons étaient dans la rue pour demander des mesures de protection commerciale.

Cette fois les industriels européens sont, pour une partie d’entre eux, intéressés à importer cette matière première en provenance de pays à bas coûts. Minerai de fer disponible à bas coûts, pas de normes d’émissions de CO2, droit du travail peu contraignant, bref rien que des avantages de compétitivité pour une entreprise qui importe des brames et les transforme en Europe pour servir le marché européen.

Les brames représentent de loin le premier poste des importations européennes d’acier depuis 2015, soit 11 millions de tonnes en rythme annuel, l’équivalent de plus de 15 000 emplois en Europe. Ces importations sont devenues nécessaires pour faire face au déficit de capacités de productions européennes provoquées par les 40 millions de tonnes de fermetures opérées depuis la crise de 2008 et jamais remises en cause, le dernier exemple en date étant le refus d’ArcelorMittal de relancer un haut-fourneau modernisé à Florange en début d’année.

La promotion de ces importations de la part d’industriels européens, souvent présents dans ces pays à bas coûts, a pour effet de fortement dégrader le niveau des prix et des marges, et de mettre l’ensemble de la profession en difficulté alors que le prix du minerai de fer a doublé en 6 mois.

Un producteur turc intouchable ?

S’ajoutent les importations turques qui ont explosé suite à la fermeture du marché des USA par Donald Trump, en particulier en provenance d’Erdemir, le seul producteur turc présent dans les produits plats, mais intouchable car contrôlé par l’armée avec ArcelorMittal en associé minoritaire.

Une campagne industrielle et médiatique

Au lieu de résoudre le problème en s’attaquant à ses causes, les importations, les sidérurgistes derrière le premier d’entre eux, ArcelorMittal préfèrent mener une campagne industrielle et médiatique qui dénonce les prix de l’électricité, le coût des émissions de CO2 et surtout l’effondrement de la demande. Il s’agit de trois facteurs périphériques, qui sont présentés comme centraux, et dans la démesure. Autrement dit, observez mon doigt au lieu de regarder la direction qu’il indique.

Où la réponse à trop d’importation se traduira par plus d’importations

C’est ainsi qu’une crise provoquée par un afflux sans précédent d’aciers importés provoque des arrêts d’outils de production qui touchent plus de 10 usines en Europe et des milliers d’emplois, qui vont à leur tour favoriser une nouvelle augmentation des importations. Un cercle vicieux qui aura pour conséquence de nouveaux arrêts de capacités de production, et de nouvelles suppressions d’emplois.

La voie royale des importations de brames

Tout se passe comme si les sidérurgistes avaient comme projet de fragiliser suffisamment la sidérurgie européenne pour que les pouvoirs publics, aiguillonnés par les salariés représentés par leurs syndicats, finissent par accepter des importations massives de brames en provenance de Russie, du Brésil et d’ailleurs afin de les transformer en tôles pour automobile ou en emballages métalliques pour les besoins des clients européens.

Ouvre celle de la mort des sidérurgies européennes des hauts fourneaux

Si c’était le cas, la moitié des emplois de la sidérurgie européenne des produits plats qui serait menacée. Il est urgent de mettre en place des protections tarifaires afin de faire face à ce nouveau dumping qui conduit l’Europe vers une nouvelle phase de sa désindustrialisation.

La sidérurgie façonne encore le marché du carbone à son avantage

La Commission européenne a fait marche arrière en autorisant la sidérurgie à brûler les gaz issus de ses hauts-fourneaux jusqu’à 2026.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.