Et si les jeunes changeaient la réalité économique européenne?

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17 millions d'Européens travaillent dans une autre Etats membres que leur pays d'origine. [European Youth Forum]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’emploi après la crise.

L’Europe se félicite à grands cris de la lente, mais persistante, hausse du taux d’emploi et de la croissance. Les jeunes européens n’ont cependant pas grand-chose à fêter, selon Luis Alvarado Martinez.

Luis Alvarado Martinez est le président du European Youth Forum (Forum européen de la jeunesse), une plateforme réunissant les conseils de jeunesse nationaux et les organisations de jeunesse non gouvernementales européennes.

Nous sommes la génération qui a le plus pâti de la crise économique, la catégorie de citoyens la plus menacée par la pauvreté et l’exclusion sociale. Et si, cette année, nous avions le pouvoir de changer cette réalité?

L’occasion de tracer une nouvelle voie pour l’Europe est à portée de main. Des discussions sont déjà en cours au sein de la Commission européenne pour déterminer le prochain cadre financier pluriannuel (CFP). Celui-ci façonnera les priorités politiques de l’Union européenne pour au moins les cinq prochaines années, et aura sans aucun doute un impact direct sur nos concitoyens. L’enjeu, rien de moins que l’avenir des jeunes, est de taille.

Quel genre d’Europe voulons-nous construire? Si notre avenir idéal est une société fondée sur un mode de vie durable, des emplois de qualité et l’égalité des chances pour tous, la réponse est claire. Nous devons investir dans la jeunesse. Et il est plus que temps.

Investir dans la jeunesse, c’est investir dans l’Europe

Faire le choix d’investir dans la jeunesse, ce n’est pas donner la priorité à une génération par rapport aux autres. Investir dans les jeunes générations, c’est préserver l’avenir du projet européen lui-même.

En donnant la priorité et en investissant dans des programmes tels qu’Erasmus+ ou l’initiative pour l’emploi des jeunes, l’Union européenne soutiendrait des centaines de projets axés sur l’inclusion et l’autonomisation des jeunes, la lutte contre l’exclusion sociale et économique et la prévention de la discrimination et des discours de haine dans nos sociétés. Imaginez ce que l’on pourrait réaliser si l’on augmentait le financement de la lutte contre le chômage des jeunes ou si l’on augmentait de dix fois le budget d’Erasmus+.

Les jeunes font déjà une différence dans nos sociétés, en faisant les choses différemment et en changeant les choses. L’Europe doit construire sur cette base, investir dans ce domaine.

Emploi et croissance restent faibles malgré la reprise

L’UE reste confrontée à un taux d’investissement faible, à un chômage élevé chez les jeunes et à une fracture sociale croissante.

 

 

La bonne nouvelle, c’est que l’UE est sur la bonne voie. La Garantie jeunesse est un exemple du potentiel de l’UE à marquer une réelle différence dans la vie des jeunes. Cette initiative prometteuse vise à offrir à tous les jeunes de moins de 25 ans une perspective professionnelle ou de formation de qualité dans les quatre mois qui suivent leur sortie de l’enseignement formel ou une période de chômage. Exactement le genre d’ambition dont nous avons besoin!

La moins bonne nouvelle, c’est que la mise en œuvre de la Garantie jeunesse, soutenue financièrement par l’Initiative pour l’emploi des jeunes, n’a pas été sans heurts. Les effets positifs ne commencent en effet à se faire sentir que maintenant.

La valeur de la Garantie jeunesse dans la lutte contre le chômage des jeunes est évidente. Toutefois, il y a un écart significatif entre les résultats promis et le financement réellement disponible. Et, les jeunes vulnérables – groupe qui a le plus besoin de ce soutien et cible principale de la Garantie jeunesse – sont ceux qui ont été le plus déçus par ce manque d’investissements suffisants.

Dans ce contexte, comment nous assurer que le potentiel de ces mesures est pleinement atteint ?

Nous devons continuer à investir directement dans la jeunesse. C’est la clé. Cependant, nous pouvons aussi contrôler plus efficacement la manière dont cet argent est investi. Pour atteindre les jeunes les plus éloignés de la société et du marché du travail, nous devons mieux comprendre les obstacles spécifiques auxquels ils sont confrontés. C’est pourquoi le rôle des organisations de jeunesse ne saurait être plus crucial. Celles-ci sont les mieux placées pour accroître la valeur et le succès de la Garantie jeunesse, en agissant en tant qu’intermédiaires entre les jeunes et les services de l’emploi sur le terrain. Cependant, ils ne peuvent pas faire le meilleur travail possible dans les conditions actuelles en termes de charge administrative et d’accès restreint au financement.

La Cour des comptes juge irréalistes les promesses de la garantie jeunesse

Malgré des résultats encourageants, le programme européen de lutte contre le chômage des jeunes n’a pas été à la hauteur de ses promesses, estime la Cour des comptes européenne, qui appelle à  des objectifs plus réalistes.

Les « problèmes des jeunes »

L’Europe que veulent les jeunes va bien au-delà de la mentalité « tout emploi vaut mieux que rien ». Notre génération a fini par être utilisée comme main-d’œuvre bon marché, coincée dans des cycles sans fin de stages non rémunérés et d’emplois précaires.

Le prochain cadre financier pluriannuel est donc l’occasion de travailler en faveur d’une Europe plus sociale, de faire du nouveau pilier social davantage qu’un ensemble de principes directeurs. Cela signifie qu’il faut prendre des mesures concrètes avec un financement adéquat pour faire en sorte que l’inclusion sociale et les droits sociaux deviennent une réalité pour tous.

Pour construire un avenir meilleur et changer la réalité des jeunes Européens, il faut aller au-delà des dernières statistiques de l’emploi. Nous ne pouvons pas nous attendre à répondre aux besoins des jeunes générations actuelles et futures sans examiner comment y parvenir dans tous les domaines politiques. Le bien-être des jeunes ne peut se limiter à un seul ministère.

Si nous voulons innover, nous devons veiller à ce que les initiatives en faveur de la jeunesse, telles que la Garantie jeunesse, s’inscrivent dans une stratégie plus large et globale. Il est temps d’avoir une mesure et une quantification réelles des montants que l’UE investit dans la jeunesse. Il est temps d’aller vers un modèle basé sur des résultats concrets.

Les mots de plus en plus familiers que nous entendons si souvent de la part de nos dirigeants politiques, à savoir que « les jeunes sont l’avenir », ne signifieront jamais rien s’ils ne sont accompagnés par de véritables engagements financiers. Ces ressources doivent se refléter non seulement dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel, mais aussi dans les budgets nationaux. On ne saurait sous-estimer l’impact de l’appui financier et le soutien des États membres dans la mise en œuvre effective des programmes de l’UE.

Le Forum européen de la jeunesse et nos organisations membres à travers le continent sont prêts à travailler pour une meilleure réalité pour tous les jeunes en Europe. Notre voix ne doit pas être exclue des discussions.

Pour l’avenir de l’Europe, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas investir dans la jeunesse.

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