En Albanie, l’école qui efface le souvenir de la dictature d’Enver Hoxha

Aalbay13850758w [@Malton Dibra EFE/EPA]

En Albanie, un complexe éducatif a été construit avec des fonds européens sur un ancien terrain bétonné où le régime communiste du dictateur Enver Hoxha se préparait à construire des bunkers pour se protéger de l’invasion capitaliste. Un article d’Euroefe.

L’école Ardian Klosi de Tirana, est la plus moderne de la capitale albanaise. Construite grâce à des fonds européens et inaugurée en septembre 2017, elle fait partie d’un complexe éducatif qui comprendra aussi une garderie, une école maternelle et un centre socioculturel.

Elle se situe dans une rue réaménagée, bien illuminée, comprenant des espaces verts et a apporté un changement radical à « Bregu i Lumit », ce quartier pauvre de Tirana. La plupart des élèves sont issus de familles pauvres, qui, après la chute du communisme, ont occupé ce terrain pour y construire des baraquements illégaux où s’affairaient autrefois les bétonnières. En effet, du temps du dictateur Enver Hoxha, ce terrain s’apprêtaient à accueillir des milliers de bunkers pour protéger l’Albanie d’une potentielle agression capitaliste.

École pilote

« La particularité de notre école sont ses salles construites selon les normes européennes. En outre, c’est une école pilote qui suit la nouvelle initiative du ministère de l’éducation selon laquelle les élèves doivent faire leurs devoirs à l’école, après avoir terminé leurs cours » et ne pas les ramener chez eux, explique à EFE Gjergj Vangjeli, le directeur.

Les 380 élèves de l’école peuvent suivre, en plus des cours, des séances gratuites de peinture, de littérature, de chant et de danse.

Ils peuvent également jouer aux échecs, pratiquer différents sports dans le gymnase, occuper la salle informatique, les laboratoires, utiliser les tableaux blancs interactifs, le tout dans un environnement chauffé par de l’électricité produite à partir de panneaux solaires.

« Pour notre part, nous sommes déjà entrés dans l’UE », déclare le directeur en faisant visiter l’école à une délégation du Parlement européen qui s’est rendue en Albanie les 12 et 13 février, représentée par l’eurodéputé Eduard Kukan du Parti populaire européen.

L’UE est le principal bailleur de fonds de l’Albanie, où elle a prévu d’investir 1,24 milliard d’euros entre 2007 et 2020 dans des projets visant à renforcer la démocratie, l’État de droit, la justice, la réforme de l’administration publique, l’environnement et d’autres.

Candidate à l’adhésion à l’UE depuis 2014, l’Albanie s’efforce de remplir les conditions requises pour ouvrir les négociations d’adhésion avec Bruxelles cette année.

L’Albanie en bonne voie pour l’adhésion à l’Union

Une délégation du Parlement européen s’est rendue en Albanie afin d’analyser les progrès réalisés par le pays pour son adhésion à l’Union européenne. Un article d’EuroEfe

Cinq drapeaux

Eduard Kukan est surpris que les enfants de l’école « Ardian Klosi » communiquent avec lui en anglais, une des trois langues qu’ils apprennent en plus de l’allemand et de l’italien. Les drapeaux de ces trois pays européens flottent aux côtés du drapeau albanais et du drapeau européen à l’entrée de l’école.

« Tous les pédagogues et enseignants que j’ai rencontrés semblent compétents et qualifiés […], j’aimerais être élève dans cette école », a commenté Eduard Kukan avec le sourire.

En face à l’école, le centre social fait ses premiers pas et espère à l’avenir consolider ses services en faveur de la communauté défavorisée du quartier, où un bon nombre d’habitants appartient aux minorités ethniques rom et égyptienne.

Actuellement, 30 enfants et une vingtaine de personnes âgées sont accueillis au centre. Ils y reçoivent de la nourriture mais aussi des colis de vêtements et de chaussures et peuvent assister à des ateliers sur les compétences sociales, la couture, le crochet ou le tricot.

« Ici, les enfants viennent passer leur temps libre avec différentes activités que nous organisons, ils font leurs devoirs, nous leur organisons des jeux psychosociaux pour ne pas qu’ils restent dans la rue », explique Arjola Pciri, une employée du centre.

L’éducation revêt une importance vitale dans un pays où un million des 2,8 millions d’habitants ont moins de 19 ans et sont donc en âge d’aller à l’école.

Malgré les progrès économiques du pays, de nombreux enfants albanais vivent dans la pauvreté et subissent de mauvais traitements : comparé à la moyenne nationale de 14,3 % de la population pauvre, le taux de pauvreté des enfants s’élevait à 20,1 % en 2012, selon un rapport de l’Institut albanais des statistiques, l’INSTAT et de la Banque mondiale.

Dialogue politique

Eduard Kukan faisait partie d’une délégation du Parlement européen qui a participé à la douzième réunion de la commission parlementaire sur la stabilisation et l’association (SAPC), dirigée par la députée européenne roumaine Monica Macovei, du groupe des conservateurs et réformistes européens (CRE).

À la suite des rencontres avec les autorités albanaises, les représentants de la société civile et les partis politiques du pays, la SAPC a publié ses recommandations, appelant notamment le gouvernement albanais à « prendre des mesures efficaces pour lutter contre la violence domestique croissante et éradiquer l’exclusion sociale, la discrimination et le discours de haine à l’égard des roms et de la population égyptienne », des handicapés, des homosexuels et d’autres groupes vulnérables.

Les eurodéputés ont appelé à l’ouverture des négociations Albanie-UE, mais ont appelé à des résultats concrets sur des questions clés telles que la réforme judiciaire, ainsi qu’à un « dialogue politique véritable » et à une « coopération durable entre les parties sur les réformes liées au processus d’adhésion ».

« Il y a des moments dans l’histoire des pays où les conflits politiques internes n’ont pas de sens pour les gens et n’aident pas le pays », a déclaré Monica Macovei lors de la réunion de la SAPC. « Ils doivent s’unir pour le bien du pays et de l’adhésion à l’UE. »

Le 6 février, lorsqu’elle a annoncé sa stratégie d’élargissement vers les Balkans occidentaux, la Commission européenne a invité l’Albanie à réformer son système judiciaire, mais aussi l’administration publique, à lutter contre la criminalité organisée et la corruption et pour le respect des droits de l’homme. Ce sont les conditions pour entamer les négociations d’adhésion.

L’UE veut arrimer les Balkans occidentaux

La Commission a présenté sa stratégie pour l’intégration des Balkans occidentaux, après une décennie d’attente. Et il est temps, l’enthousiasme des citoyens s’érode.

Le ministre albanais des Affaires étrangères, Ditmir Bushati, a demandé à la Commission de « prévoir sérieusement le début des négociations d’adhésion » avec l’Albanie dans son rapport d’avril et a assuré les députés européens de la volonté de son gouvernement de faire avancer les réformes nécessaires, en particulier les réformes judiciaires.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.