La CoFoE demande l’implication de Bruxelles dans les politiques d’éducation

Le nouvel ensemble de propositions citoyennes comprend une proposition visant à instaurer un partage du pouvoir entre l'UE et les capitales des États membres en matière de politique d'éducation, domaine dans lequel Bruxelles n'a jusqu'à présent joué qu'un rôle secondaire de soutien. [Shutterstock/dotshock]

L’une des 49 idées présentées aux dirigeants de l’UE à l’issue de la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE) est que Bruxelles doit s’impliquer dans la politique d’éducation, au minimum dans l’éducation civique.

La CoFoE est l’exercice de démocratie délibérative de l’UE qui a rassemblé des citoyens de toute l’Union pour identifier, discuter et proposer des recommandations sur la manière dont ils souhaitent que l’UE soit gérée dans les années à venir.

« Des compétences partagées dans le domaine de l’éducation devraient être introduites, au minimum dans le domaine de l’éducation à la citoyenneté, et l’exercice de cette compétence par l’UE ne doit pas avoir pour conséquence d’empêcher les États membres d’exercer la leur », peut-on lire dans la première mesure de l’ensemble des propositions avancées par les citoyens de l’UE dans le domaine de la politique éducative.

Selon Silja Markkula, présidente du Forum européen de la jeunesse, cette idée était l’une des suggestions les plus controversées sur le sujet.

Mme Markkula, qui a présidé le groupe de travail sur l’éducation, la culture, la jeunesse et le sport de la Conférence, a déclaré qu’en ce qui concerne l’éducation, « les plus grandes discussions que nous avons eues portaient sur la question de savoir si l’éducation devait être harmonisée dans toute l’Union européenne, s’il devait s’agir d’une simple coopération volontaire entre les États membres ou si l’éducation devait être une compétence de l’UE ».

Le compromis trouvé entre les parties prenantes stipule désormais que l’éducation à la citoyenneté est un domaine où Bruxelles devrait avoir son mot à dire.

« Il est plutôt logique que lorsqu’il s’agit de l’Union européenne et de son fonctionnement, tout le monde dans l’Union devrait recevoir le même enseignement », a expliqué Mme Markkula à EURACTIV.

Cependant, comme le souligne Laure Coudret-Laut, directrice d’Erasmus+ France, même si les États membres de l’UE restent aux commandes de l’éducation, dans la pratique, de nombreuses décisions européennes sont contraignantes pour les États membres.

Par exemple, Erasmus+, le programme d’études et d’emploi à l’étranger de l’Union, a été adopté sous la forme d’un règlement immédiatement contraignant pour les autorités des États membres de l’UE.

Prendre des décisions au niveau supranational « serait justifié pour soutenir les grands principes de l’Europe », a-t-elle indiqué. Selon elle, il s’agit notamment des diplômes européens pour soutenir la libre circulation des personnes, des niveaux d’investissement éducatif qui garantissent les compétences futures des Européens, de l’éducation aux médias pour assurer la libre circulation des idées et de la capacité à défendre les valeurs démocratiques.

Dans ces domaines, il conviendrait « de proposer cette compétence partagée en lien avec les traités », a conclu Mme Coudret-Laut.

Erasmus+ France a également participé à la CoFoE en organisant un forum avec 70 participants venus de tout le pays, qui ont abouti à 35 propositions qui seront présentées lors de la réunion des directeurs des agences nationales Erasmus mi-mai à Arcachon.

Plus de ce qui fonctionne

De nombreuses propositions de la CoFoE étaient orientées vers les politiques existantes et demandaient simplement d’élargir et d’approfondir l’accès aux programmes européens qui fonctionnent.

Les citoyens de l’UE souhaitent « promouvoir les échanges européens dans différents domaines, […] en les rendant accessibles à tous les États membres, quels que soient leur âge, leur niveau d’éducation, leur origine et leurs moyens financiers », peut-on lire dans la dernière série de propositions.

Cela correspond bien à l’objectif déclaré de la dernière période d’Erasmus (2021-2027), qui « cherche à accroître l’impact qualitatif de ses actions et à garantir l’égalité des chances » en s’adressant à « des personnes d’âges et de milieux culturels, sociaux et économiques différents ».

À la question de savoir en quoi les propositions avancées par les citoyens sont différentes de ce que l’UE fait déjà, Mme Markkula a répondu que les recommandations « mettent souvent en évidence des choses que l’on veut voir davantage ».

Donnant l’exemple d’Erasmus+, qu’elle a décrit comme « le meilleur programme de l’UE dans son ensemble », elle a déclaré : « C’est quelque chose qui fonctionne, donc, faisons-en plus, élargissons et voyons où cela pourrait fonctionner ailleurs ».

En enseignant, nous apprenons

Les citoyens ont également demandé aux législateurs d’accorder une attention particulière à la mobilité professionnelle des enseignants. Cet aspect a été spécifiquement mentionné dans plusieurs propositions et différentes sections du document final de la Conférence.

Selon Mme Markkula, l’accent mis sur les enseignants s’explique par l’espoir de retombées positives pour l’ensemble de l’architecture pédagogique.

« Plus nous soutenons les enseignants, plus l’éducation s’améliore elle aussi. Ainsi, donner des opportunités aux enseignants va également avoir un effet de ruissellement en aidant ceux à qui ils enseignent. »

Cependant, les enseignants sont déjà l’un des grands bénéficiaires d’Erasmus, car ils peuvent participer à des stages d’observation à l’étranger, enseigner ou suivre des cours dans le cadre d’échanges qui durent généralement de cinq à sept jours.

La branche française du programme a financé à elle seule 14 000 mobilités d’enseignants en 2021, ce qui représente un cinquième de toutes les candidatures retenues.

L’un de ces enseignants est Gaël Pelletier, qui coordonne des projets Erasmus+ depuis 2018, ce qui lui a permis d’emmener ses élèves en Italie, en Roumanie, en Suède, en Grèce, en Belgique et en Finlande.

Selon lui, cet échange lui a permis d’être plus à l’aise avec les différentes langues et de constater « avec une acuité redoutable le retard du système éducatif français sur de nombreux points par rapport à nos voisins européens ».

« Personnellement, j’ai pu transposer dans ma pratique la plus grande autonomie accordée aux élèves dans de nombreux pays. J’ai découvert de nouvelles façons stimulantes d’utiliser le numérique de manière ludique », a-t-il confié à EURACTIV.

Selon lui, le fait que l’éducation ne soit même pas une compétence partagée entre l’UE et ses membres « est une erreur majeure ».

« Sans la conscience d’un passé commun, sans références éducatives partagées au quotidien, comment pouvons-nous envisager un avenir collectif ? », a-t-il demandé.

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