Les langues régionales, un « trésor » et non une « menace » pour le patrimoine français

La France compte, selon différentes études, entre 4,9 et 5,5 millions de locuteurs de langues régionales. Mais la question de l'enseignement immersif en langue régionale (ici le mot "basque") divise. [Juan Ci/Shutterstock]

Dans un rapport remis au Premier ministre ce mercredi (21 juillet), les députés Christophe Euzet et Yannick Kerlogot dressent l’état des lieux de l’enseignement des langues régionales en France et soulignent l’importance de les préserver.

Longtemps écartées au nom de l’unité linguistique et territoriale française, les langues régionales connaissent aujourd’hui un regain de popularité important. En avril, le Parlement français avait adopté une proposition de loi visant leur protection et leur préservation à travers, notamment, l’option de l’enseignement immersif : une méthode d’enseignement non seulement de mais également en langue régionale.

Par une décision de la Cour constitutionnelle du 21 mai, cette proposition a pour autant été jugée non conforme à la Constitution : utiliser une langue régionale comme langue d’enseignement voire langue de communication au sein d’un établissement serait contraire à l’Article 2 de la Constitution (selon laquelle le français est la langue de la République).

C’est donc pour clarifier la situation et proposer des perspectives en matière d’enseignement des langues régionales que les députés Christophe Euzet (Agir ensemble) et Yannick Kerlogot (LREM) ont composé un rapport au Premier ministre, fruit de soixante auditions d’acteurs académiques et pédagogiques, d’élus et de juristes.

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Les langues régionales, vecteurs d’identité et de cohésion

Ce rapport fait l’éloge des langues régionales dont il ne s’agirait pas d’avoir peur : symbole d’attachement à un lieu, à une histoire locale et un héritage régional, les langues régionales seraient « à même de rassembler et de créer de la cohésion dans une société qui est souvent décrite comme atomisée ».

« Face à une mondialisation qui semble gommer les frontières et les spécificités de chaque région du monde, les langues répondent à un besoin fort d’ancrage et de reconnaissance d’une identité propre et spécifique, qui n’est pas pensée contre la République mais plutôt comme une manière supplémentaire d’y appartenir. » Vecteurs d’échanges transfrontaliers et d’ « enrichissements entre les peuples et les territoires », les langues régionales seraient enfin « un pont entre les nations » qui, loin de diviser, « font l’Europe, unie dans la diversité ».

Pour rappel, l’Union européenne compte, officiellement, plus de 60 langues régionales, parlées par plus de 40 millions de citoyens (dont environ 5 millions en France). Ces langues sont, depuis 1992, protégées par la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. En France, les langues régionales – définies comme les langues qui étaient historiquement présentes sur le territoire national avant que le français ne s’impose comme langue nationale – ont été reconnues comme appartenant au patrimoine français en 2008.

Mais comment les protéger et même les faire revivre alors que leur enseignement en mode immersif – qui « vise à favoriser une maîtrise effective de la langue régionale, dans la perspective d’atteindre au bilinguisme » – suscite des craintes quant à leur supposé potentiel « séparatiste » ?

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Quelques précisions pour garantir la constitutionnalité de l’enseignement immersif

Tout d’abord, comme le rappellent les députés, « loin d’être les bastions d’un projet de société alternative », les écoles proposant l’enseignement immersif « apparaissent le plus souvent comme le terreau de projets citoyens et républicains qu’il semble souhaitable d’encourager ».

Néanmoins, pour permettre la continuité de cette pratique et garantir sa constitutionnalité après la décision de la Cour, il s’agirait d’apporter quelques clarifications : les auteurs du rapport rappellent ainsi le caractère « nécessairement facultatif et donc volontaire de l’immersion » et le « nécessaire enseignement du et en français » qu’une langue régionale ne devrait aucunement remplacer.

L’objectif final de l’enseignement immersif serait au contraire la maîtrise des deux langues (et d’abord et surtout du français). Enfin, si une langue régionale était utilisée comme langue de communication au sein d’une école, cet emploi devrait, là encore, rester facultatif et être envisagé « sur le fondement de justifications pédagogiques ».

Autant de clarifications qui pourraient, proposent les députés, figurer dans des avenants aux accords d’association des établissements sous contrat, dans les conventions États-collectivités sur les langues régionales, dans des dispositions de nature réglementaire ou encore dans un texte législatif. Enfin, l’option d’une révision de la Constitution leur apparaît « ni réaliste […], ni fondamentalement souhaitable ».

En revanche, les auteurs du rapport proposent la création d’un « Conseil national de l’enseignement des langues régionales » qui réunirait les acteurs des régions concernées et le ministère de l’Éducation nationale. Le but : mener une réflexion collective pour améliorer la promotion et le développement des langues régionales. L’organe pourrait notamment « conduire une réflexion sur les différentes méthodes pédagogiques d’enseignement en langues régionales », l’éducation immersive n’étant évidemment pas la seule méthode envisageable.

Pour faciliter ce travail, les députés préconisent enfin la consolidation des études sur les langues régionales et leur enseignement et proposent d’appuyer la recherche de solutions par un travail d’évaluation des compétences des élèves en langue française et en langue régionale.

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