«L’Europe a besoin des Balkans pour sa cohésion et sa sécurité»

Le Premier ministre albanais, Edi Rama, appelle à des perspectives d'élargissement plus claires pour les Balkans occidentaux. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Le Premier ministre albanais, Edi Rama, appelle à des perspectives d’élargissement plus claires pour les Balkans occidentaux.

Edi Rama est le Premier ministre de l’Albanie depuis septembre 2013. 

Le président Emmanuel Macron a tenu des discours prudents sur l’avenir des Balkans occidentaux au sein de l’Union européenne. Que lui répondez-vous ?

J’ai déjà eu l’occasion de discuter en face à face avec le président Emmanuel Macron, à Paris et à Sofia. Lors de ces discussions, nous avons abordé les différentes thématiques de l’avenir des Balkans et de l’Albanie, de la réforme de l’Union européenne, etc.

Je le répète depuis des mois. L’Albanie est en train de passer à une autre phase. Nous avons eu une recommandation claire et nette de la part de la Commission européenne pour ouvrir les négociations. Et je pense qu’on doit ouvrir les négociations, parce qu’on a travaillé dur pour y arriver. Il ne s’agit pas d’une adhésion immédiate, mais d’un travail qui vise à devenir membre dans les années qui viennent. Mais le but n’est pas d’adhérer aujourd’hui.

Quand vous dites devenir membre dans les années qui viennent, qu’est-ce que serait pour vous une date d’adhésion raisonnable pour l’Albanie et le reste des Balkans occidentaux ?

Je ne pense pas qu’il soit raisonnable de fixer de date butoir, car je suis entièrement d’accord avec Emmanuel Macron sur le fait qu’il faut d’abord réformer l’Union européenne avant de poursuivre l’élargissement.

L’approfondissement préalable est entièrement légitime et je pense que c’est juste. Mais la seule chose que l’on doit harmoniser, c’est l’approfondissement parallèle avec les Balkans. L’Union européenne doit nous donner les instruments pour approfondir les relations. Les négociations d’adhésion sont nées pour être un instrument d’approfondissement.

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Quels risques pourraient découler d’un processus d’adhésion pour l’Albanie, et plus largement pour les Balkans occidentaux ?

Je ne crois pas à un arrêt de la négociation. Dans le même temps, je suis convaincu que le rapprochement des Balkans et de l’Europe n’est pas seulement  bénéfique aux Balkans mais à l’Europe. L’Europe a besoin des Balkans dans la même mesure que les Balkans ont besoin de l’Europe, pour répondre à des préoccupations de sécurité, de cohésion du territoire et de contrôle des frontières.

Laisser les Balkans de côté, cela reviendrait à créer une zone grise au milieu de l’Europe, qui se retrouverait sous n’importe quelle influence extérieure autre. Et cela n’est évidemment pas bénéfique pour l’Europe.

Est-ce que l’adhésion à l’Union européenne suscite toujours autant d’enthousiasme en Albanie ou est-ce qu’il y a une baisse du soutien de l’opinion publique ?

Non, il n’y a pas de baisse de soutien au projet d’adhésion à l’UE en Albanie, où nous n’avons aucun parti anti-européen et ni de parti communiste. L’Albanie est un pays de musulmans et de chrétiens, mais la religion qui nous unit, c’est l’Europe.

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Justement, l’Albanie pourrait être le premier pays à majorité musulmane à rejoindre l’UE. Est-ce que le facteur religieux pèse dans les négociations, alors qu’un certain nombre de pays européens entretiennent un climat islamophobe ?

Les musulmans albanais sont les musulmans les plus européistes et euro-atlantistes qu’on peut trouver, dans le sens qu’ils ont exactement le même sentiment que les chrétiens vis-à-vis de l’Europe, vis-à-vis de l’OTAN, etc.

Qu’attendez-vous du prochain sommet européen en juin et du sommet de Londres sur les Balkans en juillet ?  

Premièrement je pense que le sommet de juin est très important et que, de cette réunion  va dépendre en grande partie l’état d’esprit du sommet de juillet, qui est la rencontre annuelle dans le calendrier du processus de Berlin. En juin, nous voulons ouvrir les négociations.

Alors que l’Albanie est en train de négocier son adhésion à l’Union européenne, quel regard portez-vous sur le choix du Royaume-Uni de sortir de l’Europe ? 

Vous savez, quand on veut se marier, on ne comprend pas ceux qui divorcent. C’est un peu le sentiment que nous avons.

Le processus d’adhésion de la Turquie avec l’Union européenne est au point mort, mais les négociations ne sont pas suspendues pour autant. Est-ce que ce manque de clarté peut selon vous hypothéquer les négociations avec les Balkans par effet ricochet ?  

Nous savons très bien que le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE  a eu une histoire très particulière. Ce qui a toujours été clair dans ce processus, à mon avis, c’est le manque de clarté. Il faut dire exactement, clairement, oui ou non dans le cadre de ce processus d’adhésion, car  dire oui et penser non, ça n’a pas aidé les négociations. L’Europe a fait des erreurs dans le passé, et cela serait une erreur monumentale de ne pas continuer avec ferveur le travail avec les pays des Balkans.

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