Rachida Dati:«beaucoup d’eurodéputés UMP étaient d’accord avec mon vote contre la Commission»

Rachida Dati est maire du 7ième arrondissement de Paris et eurodéputée UMP

Rachida Dati a été l’une des 2 membres sur 221 du Parti populaire européen à voter contre la Commission Juncker, mercredi 22 octobre. Elle explique ce choix à EURACTIV.fr.

L’eurodéputée UMP, ancienne garde des Sceaux, fait partie du courant de l’UMP très critique envers l’UE, qui refuse une « droite centriste ».

Pourquoi avoir voté contre la Commission Juncker ?

 C’est tout simplement de la cohérence avec les engagements que j’ai pris, que tous à l’UMP nous avons pris, devant les Français. Nous avions – et nous devrions encore avoir – des positions très claires, notamment sur Schengen, sur l’élargissement, qui n’ont pas été reprises par les Commissaires- désignés, bien au contraire. Par ailleurs, pas un seul de nos électeurs n’aurait voulu que l’on valide la désignation de Pierre Moscovici aux affaires économiques et financières, après ce qu’il a fait à l’économie française ! Depuis hier, j’ai eu beaucoup de messages de remerciements, d’encouragements  de citoyens. Tant pis si le microcosme bruxellois s’offusque de mon vote, j’ai été fidèle à mes électeurs et c’est tout ce qui m’importe.

 Quelles sont les positions les plus contestables de cette Commission selon vous ?

 Je tiens à souligner que j’ai fait campagne et j’ai voté pour Jean-Claude Juncker. Je crois qu’il est capable de donner un nouveau souffle à l’Europe, qui en a terriblement besoin. Je rappelle aussi que les commissaires – et c’est sans doute une anomalie institutionnelle sur laquelle il faudra réfléchir – lui ont été imposés par les capitales européennes. Cela donne un étrange mélange de personnalités et de positionnements.

La question de l’élargissement de l’UE est-elle cruciale selon vous ?

A l’UMP, nous avons été élus sur un refus très clair de tout nouvel élargissement. Quand j’entends Johannes Hahn (nouveau commissaire à l’élargissement, NDLR) dire qu’il veut poursuivre, pour ne pas dire accélérer, les négociations d’adhésion avec des pays des Balkans et avec la Turquie, je ne peux pas l’accepter. Alors, je veux bien entendre l’argument de ceux qui disent que la Commission n’y peut rien, l’élargissement étant d’abord l’affaire des États. Mais on n’est pas obligé d’afficher un zèle irresponsable qui conforte les gouvernements, comme le gouvernement français qui veut accélérer l’adhésion de la Turquie à l’UE au mépris de ce que veut le peuple français.

 Quel autre sujet vous a posé problème ?

En tant que membre de la commission du Parlement européen chargé des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, j’ai ensuite participé à l’audition de Dimitris Avramopoulos, le commissaire chargé de la migration : j’ai été extrêmement choquée de l’entendre soutenir l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à Schengen, alors que nous en avions fait, à l’UMP, une ligne rouge de notre programme. Il n’a pas non plus soutenu la réforme de Schengen urgente que nous voulons, notamment dans les sanctions infligées aux États défaillants dans le contrôle des frontières extérieures.

Je suis très attachée au principe de subsidiarité, à un respect très clair des compétences des États. La Famille n’est pas une compétence de l’UE, elle ne doit pas être traitée au niveau européen. Or nous voyons que de manière insidieuse, on se sert au niveau européen par exemple de la lutte contre les discriminations pour remettre en cause certains sujets liés à la famille qui devraient uniquement être traités au niveau national. Lors des auditions des commissaires-désignés, il n’y a pas eu de prise de distance très claire vis-à-vis de ces amalgames que j’ai souvent constatés lors de la précédente mandature.

 Quel va être l’impact de votre dissidence au sein de la délégation française ?

 Chaque député est libre dans son vote. Et heureusement d’ailleurs ! La consigne du groupe n’est évidemment qu’indicative. Beaucoup des députés de notre délégation m’ont d’ailleurs dit, en aparte, être d’accord avec moi. La crainte de certains, c’était qu’en votant contre et en faisant tomber l’équipe proposée, le PPE y perde dans la répartition des postes. Ce n’est pas ma préoccupation, surtout quand je vois les positions affichées par le nouveau commissaire grec, pourtant PPE, sur Schengen !

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