Elections 2007 en Turquie [FR]

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Des élections présidentielles et législatives doivent se tenir en Turquie, respectivement en mai et novembre 2007. EURACTIV présente les enjeux de ces scrutins qui orienteront les relations UE-Turquie.

Contexte

Le président de la Turquie est élu pour un mandat de 7 ans par le Parlement. Le mandat du président actuel, Ahmet Necdet Sezer, prend fin le 16 mai 2007. Le président occupe le poste le plus haut en Turquie et remplit des fonctions principalement administratives. Il détient le droit de rejeter un acte du Parlement, qui pour passer nécessite un vote à la majorité simple. Le président nomme également les organes judiciaires et d’autres organes gouvernementaux. Ce poste bénéficie toutefois d'une importance symbolique considérable.

Le président est élu à scrutin secret par le Parlement, à la majorité des deux tiers à l'Assemblée, au premier et au deuxième tour (367 sur 550) et à la majorité simple (276) au troisième tour. Le résultat des élections présidentielles influencera également directement les élections législatives.

Les 550 membres de la Grande assemblée nationale sont élus pour un mandat de cinq ans selon un système de représentation proportionnelle. Un seuil national de 10% est appliqué lors des élections législatives. Les partis politiques doivent remporter 10% des voix sur l'ensemble du territoire et dans la circonscription où les élections partielles sont organisées. Le système d'Hont est appliqué dans la répartition des députés entre les partis, en fonction des résultats des scrutins.

Problèmes

Les élections présidentielles de mai 2007 sont perçues comme un test de l'influence des partis politiques à l'approche des élections législatives de novembre 2007.

Le Parti de la justice et du développement (AKP) a désigné le ministre des affaires étrangères et vice-premier ministre, Abdullah Gül, comme candidat pour les élections présidentielles. 

La candidature potentielle de Recep Tayyip Erdogan a constitué un sujet particulièrement débattu. L'actuel premier ministre et musulman déclaré est perçu de manière critique par les forces laïques de l'Etat. Cependant, le ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül, pourrait se trouver confronté à des critiques du même ordre.

Selon un sondage d'Hürriet, près de 2 millions d'électeurs, soit 72,9%, estiment que le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, ne sera pas le prochain président, contre 21,1% qui pensent le contraire. 

Toutefois, le président étant élu par le Parlement, il y a de fortes chances qu'un candidat du parti AKP remporte les élections. Le parti AKP détient actuellement 354 des 550 sièges à l'Assemblée nationale turque.

De même, il n'y a pas encore de candidats officiels au poste de premier ministre pour les élections législatives. Généralement, ce sont les chefs de parti qui se portent candidats à ce poste. A la suite de son retrait des élections présidentielles, R.T. Erdogan tentera certainement de se faire réélire au poste de premier ministre. 

Selon certains analystes, si Recep Tayyip Erdogan était devenu président, les chances du parti AKP de rassembler suffisament de voix pour mettre en place un gouvernement de parti unique auraient diminué.

Le système multipartite de la Turquie est dominé par les trois partis les plus puissants : le parti conservateur de la justice et du développement (AKP) du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, le Parti républicain du peuple (CHP) de gauche et le Parti de la juste voie (DYP).

D'après un sondage d'opinion publié par SONAR en février 2007, les quatre principaux partis en termes d'intention de vote sont :

  • Le Parti de la justice et du développement (AKP) : 31,6%
  • Le Parti républicain du peuple (CHP) : 14,8%
  • Le Parti d'action nationaliste (MHP) : 13,7%
  • Le Parti de la juste voie (DYP) : 13,1%

Réactions

Le sentiment nationaliste semble se renforcer en Turquie. Les partis politiques tiennent un discours de plus en plus nationaliste et selon un sondage d'opinion publique d'A&G publié par le journal Cüneyt Ülsever Miliyet, 51.1% de la population considèrent que le nationalisme en Turquie est en hausse (contre 30.4% qui désapprouvent). Le journal conclut : "Le stade des négociations d'adhésion avec l'UE, les événements du nord de l'Irak et les expériences sociales à la suite du meurtre d'Hrank Dink ont contribué à la montée des réactions nationalistes".

Cependant la candidature du ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül, et la perspective d'un parti islamiste modéré à la tête du gouvernement et de la présidence ont alarmé les forces laïques de Turquie, les forces militaires ainsi que le principal parti de l’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP). Ils accusent le Parti de la justice et du développement (AKP) actuellement au pouvoir de porter préjudice aux fondements laïcs du pays. Les forces militaires avaient averti qu'elles seraient disposées à défendre le système laïc turc au moment où un million de manifestants avaient envahi les rues pour protester contre le candidat à la présidence après l'échec d'un vote du Parlement.

De plus, le soutien public à l'adhésion de la Turquie à l'UE recule, en particulier depuis la décision de l'UE en décembre 2006 de suspendre partiellement les négociations d'adhésion. Un sondage réalisé par l'Organisation Internationale pour la Recherche Stratégique (ISRO) le 7 novembre 2006 a montré que le soutien public turc à l'adhésion était passé de 75% à 50% entre 2004 et 2006. Une large majorité de citoyens turcs (81%) considère que l'UE ne traite pas leur pays de façon juste et seuls 8% estiment que la Turquie deviendra membre de l'UE au cours des dix prochaines années.

Le climat économique favorable pourrait aider le gouvernement actuel de Tayyip Erdogan à recueillir du soutien pour les élections à venir. En 2006, la croissance économique de la Turquie affichait une hausse de plus de 6%.

L'armée turque a émis les commentaires suivants à l'occasion du premier tour des élections présidentielles : "La controverse sur la laïcité est le principal problème du processus de l’élection présidentielle. Les forces armées turques maintiennent leur détermination profonde de mener à bien les devoirs que leur fixe la loi de protéger les caractéristiques immuables de la République de Turquie". 

Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Terry Davis, s'est montré préoccupé par les commentaires de l'armée turque : "Cela s'apparente à une tentative délibérée des forces armées d'influencer l’élection d'un nouveau président en Turquie. Ils devraient rester dans leurs casernes et se tenir à l'écart de la sphère politique. Je suis choqué par le fait que les militaires d’un Etat membre du Conseil de l'Europe se comportent de la sorte dans le cadre d’un processus démocratique et constitutionnel comme l'élection d'un chef d'Etat".

Le député européen libéral et vice-président de la délégation parlementaire pour les relations avec la Turquie, Andrew Duff, a déclaré : "Je suis très inquiet du ton et du moment choisi pour émettre ces remarques [de l'armée turque] qui menacent la légitimité démocratique du pays. J'espère qu'elles ne sont pas plus que des opinions personnelles et ne constituent pas un signe de rejet du processus démocratique en Turquie par les militaires".

Le commissaire chargé de l'élargissement, Olli Rehn, a déclaré : "L'UE est fondée sur les principes de la liberté, de la démocratie, du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'État de droit, et de la suprématie du pouvoir civil démocratique sur le pouvoir militaire. Si un pays souhaite devenir membre de l'Union, il doit respecter ces principes". 

L'association des entreprises turques, TÜSIAD, a indiqué que le président du pays "devait refléter un consensus sociétal et une légitimité démocratique". Elle a ajouté que "le président ne devait pas abuser des pouvoirs issus de ses fonctions". 

Le ministre allemand des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a donné son soutien à Abdullah Gül. Il a confié au journal allemand Bild : "J'ai travaillé en relations étroites avec M. Gül ces dernières années et cela s'est très bien passé. La Turquie s'est rapprochée de l'UE ces derniers temps. Nous devrions continuer à lui apporter notre soutien".

Prochaines étapes

  • 24 avril 2007 : Le Parti AKP, qui détient actuellement la majorité des sièges au Parlement, a annoncé que le ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül, serait leur candidat pour les élections présidentielles.
  • 3 mai 2007 : Le parlement turc a approuvé la date du 22 juillet 2007 pour la tenue de nouvelles élections législatives, à la suite d'une crise gouvernementale.
  • 27 avril 2007 : Le premier tour des élections au Parlement a échoué. Il n'a manqué que dix voix à Abdullah Gül pour obtenir la majorité nécessaire des deux tiers au Parlement. Le principal parti laïc de l'opposition a boycotté le vote. La Cour constitutionnelle a déclaré le vote invalide.  
  • 16 mai 2007 :   Le mandat du président Ahmet Necdet Sezer arrive à son terme.    
  • 22 juillet 2007: Elections législatives anticipées (à l'origine prévues le 4 novembre 2007) 

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