L’adhésion de la Turquie et la question chypriote

La question chypriote a constitué l’un des problèmes les plus épineux soulevés par le dernier élargissement de l’Union européenne. De son règlement dépend en grande partie l’issue des négociations d’adhésion entre l’UE et la Turquie.

Ancienne colonie britannique, Chypre accède à l'indépendance en 1960. Trois ans après, les premières violences éclatent entre les communautés grecque et turque vivant sur l'île, un point culminant étant atteint en 1974 avec une tentative grecque de prise de contrôle de l'appareil d'Etat de l'île et une réplique militaire immédiate d'Ankara. En 1983, la partie nord de l'île, contrôlée par la Turquie, proclame son indépendance sous le nom de "République turque de Chypre nord" (RTCN). De toutes les capitales internationales, Ankara est la seule à reconnaître le nouvel Etat.   

Depuis cette date, l'île est divisée, malgré les tentatives répétées menées par les Nations-Unies pour convaincre les dirigeants des communautés grecque et turque de s'asseoir à la table des négociations.  

En avril 2004, les Chypriotes grecs rejettent le plan de réunification de l'île porté sur les fonds baptismaux par l'ONU, tandis que la partie turque se prononce majoritairement en faveur du projet. Conséquence : en mai 2004, seule la partie grecque de l'île (la "République de Chypre") fait son entrée au sein de l'Union européenne. 

Lors du Conseil européen de décembre 2004, les dirigeants européens décident d'ouvrir des négociations d'adhésion avec la Turquie à la date du 3 octobre 2005, tout en soumettant le franchissement de cette étape décisive à un certain nombre de conditions : parmi celles-ci, l'extension par Ankara de l'accord d'association conclu en 1963 avec la CEE à l'Union européenne des 25 (dont l'un des membres n'est autre que la République de Chypre, que les autorités d'Ankara ont pour l'heure refusé de reconnaître).

La tentative la plus sérieuse visant à résoudre le problème chypriote remonte au 11 novembre 2002, jour de la présentation d'un plan de réunification de l'île par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. Le plan nécessitait l'implication directe des dirigeants des communautés turque et grecque, ainsi que celle de trois Etats parrains : Grèce, Turquie et Royaume-Uni.  

Le plan Annan proposait la création d'une République de Chypre réunifiée. Il visait à réunir les deux communautés de l'île au sein d'une confédération relativement lâche, largement inspirée du modèle suisse.

Les efforts de Kofi Annan ont été réduits à néant par le résultat du référendum organisé en avril 2004, la communauté grecque s'étant massivement (par une majorité des deux tiers) prononcée contre le plan, jugé non-démocratique, inappliquable et non-viable à moyen terme. Les Chypriotes grecs redoutaient en outre que le plan n'entérine définitivement la division de l'île. 

Les initiatives en faveur d'une réunification de l'île ont depuis été assez rares. La question chypriote est désormais un problème traité au niveau de l'UE, depuis la décision du Conseil de conditionner à son règlement l'ouverture de néogciations d'adhésion avec Ankara (voir "Contexte"). 

La Commission a salué la victoire, lors des élections législatives organisées le 20 février dernier, de la formation du premier ministre de la RTCN, Mehmet Ali Talat, le Parti républicain turc - favorable à la réunification de l'île. Dans un communiqué, la Commission a fait part de sa détermination à soutenir toutes les initiatives susceptibles de déboucher sur une solution globale du problème chypriote. L’exécutif européen s’est également déclaré résolu à « obtenir l’adoption rapide de ses propositions tant en matière d’assistance financière (259 millions d'euros) que sur le plan de l’octroi de conditions commerciales spéciales. » 

Joost Lagendijk, co-président de la commission commune Turquie – UE, a appelé l’Union européenne à abolir ses sanctions contre les Chypriotes turcs et à « faire pression » sur le dirigeant chypriote grec Tassos Papadopoulos pour que celui-ci prenne publiquement position sur le plan Annan. 

Le gouvernement chypriote grec a réaffirmé, en janvier 2005, qu'il était prêt à participer à une relance des négociations avec la partie turque sous l'égide de l'ONU, ajoutant qu'il attendait dans cette perspective "une contribution et un engagement plus actifs [de la part de l'UE]". 

Le gouvernement chypriote turc a également fait part de son désir de retourner aussitôt que possible à la table des négociations, tout en doutant publiquement que les représentants de la partie grecque de l'île soient animés de la même volonté.   

Le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, a indiqué souhaiter que Kofi Annan n'accepte de procéder à un redémarrage des négociations qu'une fois qu'il aura été convaincu de la détermination des deux parties à trouver une solution.   

Le porte-parole du département d'Etat américain, Richard Boucher, déclarait récemment qu'à sa connaissance, aucun projet de relance des négociations n'était en préparation du côté des Nations Unies. "Le plan Annan est un bon plan" qui devrait être accepté par les deux parties, a par ailleurs estimé M. Boucher.

Les dirigeants des deux communautés doivent d'abord identifier conjointement le moment le plus propice à une relance des discussions, et ne s'engager dans cette nouvelle phase qu'une fois acquise la conviction que les deux parties sont pleinement prêtes à jouer le jeu de la négociation : telles sont les principales recommandations contenues dans un communiqué de presse publié par Wilton Park.

Le Conseil européen du 17 décembre 2004 a soumis l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie (dont la date a été fixée au 3 octobre 2005) à la condition que les autorités d'Ankara reconnaissent formellement la République de Chypre. 

En avril 2005, la communauté chypriote turque sera appelée à voter dans le cadre d'élections présidentielles.  

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