Relations UE-Albanie

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L'Albanie a officiellement fait acte de candidature pour l'adhésion à l'UE en avril 2009, mais cette candidature fait face à de nombreux obstacles, notamment la stabilité politique, les réformes économiques et la corruption.

Après la Seconde guerre mondiale, l'Albanie est devenue un pays communiste allié de l'URSS puis de la Chine, avant de poursuivre sa propre forme de socialisme autarcique sous la dictature d'Enver Hoxha.

Sous le joug d'Enver Hoxha, l'Albanie est devenue l'un des pays les plus sous développés au monde du point de vue économique. A la fin des années 1990, une démocratie multipartite a été établie – remplaçant des décennies de règne communiste isolationniste.

L'Albanie partage ses frontières avec le Monténégro et le Kosovo au nord, l'ancienne république yougoslave de Macédoine à l'est et avec la Grèce au sud. Elle dispose d'un littoral sur la mer Adriatique.

Ethniquement, l'Albanie est largement homogène – plus de 95 % de ses 3,6 millions d'habitants sont de l'ethnie albanaise. D'après les estimations, environ 70 % de la population est musulmane, 20 % orthodoxe albanaise et 10 % catholique. L'âge moyen en Albanie est de 29 ans.

Malgré la transformation radicale depuis l'ère communiste, l'Albanie reste un pays très pauvre. Une récente enquête Eurostat la place tout en bas de l'Europe en termes de Produit intérieur brut (PIB).

Les relations avec l'UE depuis 1990

En 1992, l'Albanie est devenus éligible aux financements via le programme PHARE, le principal instrument de l'UE pour assister les pays d'Europe centrale et de l'est dans la course à l'élargissement de 2004. En 2001, CARDS a remplacé PHARE pour les pays des Balkans occidentaux.

Depuis 2007, l'Albanie a reçu une aide financière de l'UE grâce à l'instrument de préadhésion (IPA) pour faciliter la transition, la construction d'institutions et la mise en place de la coopération transfrontalière. L'aide de l'IPA pour 2008-2010 s'élève à 245,1 millions d'euros.

L'accord de stabilisation et d'association (ASA) est entré en vigueur le 1er avril 2009. L'Albanie a rejoint l'OTAN officiellement le même jour.

En décembre 2009, l'UE a exclu l'Albanie de la première étape de son programme de libéralisation des visas pour les citoyens des Balkans occidentaux. Toutefois, la Commission européenne a récemment envoyé une mission pour examiner la situation et Tirana peut espérer être ajoutée cette année (EURACTIV 09/04/10).

L'Albanie est devenue un candidat potentiel pour l'adhésion à l'UE lors du sommet de l'UE à Thessalonique en juin 2003 et a officiellement remis sa candidature d'adhésion en avril 2009.

Une fois qu'elle aura évalué les réponses au questionnaire, qui vise à déterminer si l'Albanie est prête à rejoindre l'UE, la Commission européenne émettra une "option". Si cette dernière est positive et qu'elle reçoit l'appui du Conseil des ministres de l'UE, le pays obtiendra le statut officiel de pays candidat.

Suite à la demande officielle de l'Albanie de rejoindre l'UE, les ministres des affaires étrangères de l'UE ont déclaré qu'ils se pencheraient de nouveau sur la candidature du pays une fois que les élections nationales seraient passées, en juin 2009.

Cependant, depuis que l'élection a eu lieu le 28 juin 2009, le Parti démocrate dirigeant du premier ministre Sali Berisha et le parti socialiste du leader de l'opposition Edi Rama n'ont cessé de s'accuser mutuellement de fraudes (EURACTIV 30/06/09 ).

Le parti de M. Berisha a remporté de très peu le vote. Olli Rehn, le commissaire de l'UE à l'élargissement de l'époque, a affirmé que le pays devait améliorer ses performances lorsqu'il procédait à des élections à l'avenir, faisant allusion à la violence de la campagne et aux violations procédurales.

Dans son rapport d'observation sur les élections, le Bureau pour les institutions démocratiques et les droits de l'Homme de l'OSCE a déclaré que les élections avaient marqué des progrès tangibles pour l'Albanie mais que la politisation des aspects techniques avait fait de l'ombre à ces progrès.

Alors que les élections ont rempli la plupart des critères d'exigences de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), elles n'ont pas respecté les plus hauts standards pour les élections démocratiques et tous les partis doivent travailler plus dur afin de respecter le contenu et la finalité de la loi, conclu le rapport.

Le parti socialiste, qui contrôle presque la moitié des sièges au Parlement, a procédé à un boycott de l'assemblée pendant des mois et a ainsi bloqué l'adoption des lois  - la plupart d'entre elles étant nécessaire pour aligner le pays sur la législation de l'UE.

Bien que les socialistes soient retournés à l'assemblée en février, ils refusent de participer aux activités parlementaires car ils ont vu leur demande de recompte des votes rejetée par l'assemblée, qui est dominée par la coalition de M. Berisha.

Le commissaire de l'UE à l'élargissement Stefan Füle a fait part de ses inquiétudes quant au manque de dialogue politique et a récemment prévenu Tirana qu'une telle instabilité n'avait pas sa place dans la vie démocratique de l'UE (EURACTIV 22/03/10).

Pourtant, le parti socialiste ne semble pas renoncer. Le 5 avril, il a appelé à des manifestations anti gouvernement pour accélérer la fin du gouvernement de M. Berisha (EURACTIV 06/04/10).

Perspectives économiques

L'Albanie, qui a été un Etat fermé à l'économie planifiée pendant au moins 50 ans, a réalisé la transition difficile vers une économie moderne de marché libre depuis le début des années 1990.

Entre 2004 et 2008, la croissance macroéconomique en Albanie a tourné autour de 6 % en moyenne et malgré la crise économique mondiale, elle atteint toujours environ 3 % de croissance en 2009. Un paquet de réformes fiscales a été récemment adopté dans le but de réduire l'économie grise et d'attirer les investissements étrangers.

L'agriculture représente plus de la moitié de l'emploi  en Albanie mais le pays manque considérablement d'équipements modernes, alors que les pénurie d'énergie et les pauvres infrastructures signifient que le développement des entreprises et l'investissement de l'extérieur sont insuffisants.

L'UE est le principal partenaire commercial de l'Albanie mais le fossé entre les importations et les exportations a engendré un grand déficit. Les fonds de l'UE sont utilisés pour améliorer les routes nationales et les réseaux ferroviaires, dont l'état déplorable entrave la croissance économique.

Corruption et crime organisé

Dans son rapport le plus récent sur l'Albanie, la Commission européenne s'est montrée inquiète par rapport à l'impartialité du système judiciaire et a affirmé qu'une stratégie de réforme détaillée était indispensable.

La Commission a critiqué les tentatives de l'exécutif du pays de limiter l'indépendance du système judiciaire et a fait part de ses craintes quant à son impartialité, après que certaines affaires de haut niveau aient été repoussées pour des raisons de procédure.

Le gouvernement a mis en place une stratégie anti-corruption et un plan d'action en conformité avec l'European Partnership initiative (initiative de partenariat européen) de l'UE, et a réalisé des efforts pour améliorer la transparence.

Toutefois, la Commission a tout de même déclaré que la corruption restait un problème dans de nombreux domaines et a appelé à une plus forte volonté politique, de meilleurs arrangements institutionnels et une coordination inter agence plus efficace afin de combattre cette culture de l'impunité.

Lors d'une visite à Bruxelles le 14 avril, Sali Berisha, le premier ministre, a déclaré qu'une certain nombre de mesures majeures avaient été mises en place afin de sévir contre la corruption et le crime organisé (EURACTIV 15/04/10).

Il a affirmé que la corruption avait été éradiquée et que les investisseurs étrangers bénéficiaient désormais de procédures simples pour démarrer leurs entreprises à un taux d'imposition constant de 10 %.

S'adressant à EURACTIV dans le cadre d'un entretien, M. Berisha a également dit que la mafia appartenait désormais au passé, alors que des arrestations ont eu lieu à travers les pays d'Europe de l'ouest et que plus de 1000 criminels ont été envoyés en prison.

Dans une déclaration en date d'avril 2010 faite à la suite d'une rencontre avec le premier ministre albanais Sali Berisha, le président permanent du Conseil européen Herman Van Rompuy a dit : le premier ministre Berisha représente un pays qui a été clair sur ses visions et ambitions politiques. Je souhaiterais me servir de cette opportunité aussi pour réitérer mon fort engagement à la perspective d'intégration européenne de la région des Balkans occidentaux toute entière.

Lors d'une visite en Albanie en mars, le commissaire de l'UE à l'élargissement Štefan Füle a utilisé des mots particulièrement forts, prévenant Tirana qu'une impasse politique prolongée nuirait aux perspectives d'adhésion à l'UE.

Un parlement qui fonctionne pleinement est indispensable si l'on veut que la démocratie fonctionne entièrement aussi. Si l'actuelle impasse politique venait à persister, il pourrait aussi empêcher l'Albanie d'atteindre les standards politiques qu'on attend d'un pays qui a candidaté pour l'adhésion à l'UE.

S'adressant à EURACTIV en mars, M. Füle s'est montré inquiet de la stabilité des institutions démocratiques et du manque de dialogue politique au Parlement. Reconnaissant que des progrès considérables ont été réalisés ces dernières années, il encourage l'Albanie à surmonter l'impasse, ajoutant que les deux partis politiques sont responsables – à la fois le groupe dirigeant et l'opposition.

Lors d'une visite à Bruxelles le 14 avril, le premier ministre albanais Sali Berishaa plaidé la cause de son pays pour qu'il entre dans l'UE et a donné un grand nombre d'exemples de mesures sévères visant à lutter contre le crime organisé et la corruption.

 Dans un entretien exclusif avec EURACTIV, le premier ministre a dit que son pays était désormais l'un des plus sécurisés d'Europe suite à la mesure de tolérance zéro sur la mafia albanaise, et que la croissance économique était restée constante malgré la crise mondiale.

Le 5 avril, le dirigeant socialiste de l'opposition Edi Rama a appelé les Albanais à lancer des manifestations contre la mauvaise gouvernance du parti au pouvoir du premier ministre Berisha.

Le temps est venu pour l'émergence d'un grand mouvement populaire dans le but d'accélérer la fin de ce gouvernement, responsable de fraude électorale, mais également d'autres injustices économiques et sociales, a-t-il affirmé. M. Rama, qui est également maire de Tirana, a encouragé les citoyens à protester contre les votes volés et la ruine du pays et de l'économie de chaque famille.

Le ministre albanais des affaires étrangères Ilir Meta a reconnu que l'impasse politique ne contribuait pas à accélérer l'intégration à l'UE du pays. Dans un entretien avec RFE/RL, il a accusé le dirigeant socialiste Edi Rama d'effectuer des demandes qui allaient à l'encontre de la Constitution du pays.

Il a expliqué qu'une commission d'enquête, qui a été instaurée seulement par des votes du parti au pouvoir, avait le pouvoir juridique de statuer sur la controverse  et a accusé les socialistes de nuire à l'image du pays pour le bien de l'agenda personnel du président de leur propre parti.

Se confiant à EURACTIV au mois de mars, l'ambassadeur albanais en France Ylljet Aliçka, a affirmé que l'Albanie réalisait des progrès réguliers sur l'adoption des standards européens et avait beaucoup à offrir à l'UE.

La corruption et le crime organisé restent un problème en Albanie, mais il existe une réelle volonté de combattre ces problèmes et les résultats sont encourageants […] Nous devons toutefois accélérer le rythme des réformes sur l'économie, les infrastructures et le tourisme, a-t-il dit, ajoutant que la capacité administrative du pays était plus mature que sa classe politique.

M. Aliçka pense que l'Albanie souffre d'un problème d'image en Europe et apporterait en réalité beaucoup de choses positives à l'Europe : la tolérance religieuse, la laïcité, la diversité culturelle, le tourisme, la jeunesse, les travailleurs qualifiés… Les ressources énergétiques de l'Albanie sont également très importantes – 20 % seulement sont exploitées, a-t-il affirmé.

Suite à la mission d'observation pour les élections nationales de l'an dernier, le Bureau pour les institutions démocratiques et les droit de l'Homme (Office for Democratic Institutions and Human Rights) de l'OSCE a déclaré : les élections parlementaires du 28 juin 2009 ont marqué des progrès tangibles au regard de l'enregistrement des votes et des procédés d'identification, le cadre juridique, adopté par un consensus des deux principaux partis, le vote le décompte et le jugement des différends électoraux.

Ces progrès substantiels ont été éclipsés par la politisation des aspects techniques du procédé, y compris durant le décompte et la classification des votes, qui a bloqué provisoirement le processus de décompte dans certaines zones, et également par les violations observées durant la campagne électorale, poursuit la déclaration.

Dans son rapport d'avril 2010 sur l'état de la démocratie dans le pays, le think-tank européen FRIDE, basé à Madrid, a conclu que le statut démocratique de l'Albanie ne rejoignait toujours pas les standards européens et que d'importants déficits démocratiques persistaient dans les domaines de l'Etat de droit, de l'indépendance du judiciaire, des élections, de l'indépendance des médias, et du contrôle de la corruption.

Le rapport http://www.fride.org/download/IP_Albania_ENG_ap10.pdf appelle à un renforcement des institutions démocratiques, une promotion du respect de l'Etat de droit et de la lutte contre la corruption, un démantèlement des interconnexions illégales entre les entreprises, les médias et la politique, une surveillance plus étroite par la communauté internationale des développements en Albanie, et à une action mieux concertée des défauts démocratiques du pays.

Notre rapport révèle des défis majeurs que les deux bords politiques albanais doivent prendre au sérieux si le pays veut approfondir ses réformes démocratiques et faire un pas en avant vers l'UE, a affirmé Richard Youngs, directeur général de FRIDE.

  • 1992 : L'UE et l'Albanie signent un Accord sur le commerce et la coopération. L'Albanie devient éligible pour des financements en vertu du programme de pré-adhésion à l'UE, le programme PHARE.
  • 1993 : Ouverture de la première délégation de l'UE à Tirana.
  • 1999: L'UE propose un nouveau processus de stabilisation et d'association (PSA) pour cinq pays dans l'Europe du sud-est, y compris l'Albanie.
  • Juin 2000 : Le Conseil européen de Feira déclare que tous les pays du PSA sont des candidats potentiels pour entrer dans l'UE.
  • Nov. 2000 : Le sommet de Zagreb déclenche le PSA pour l'Albanie.
  • Janv. 2003 : Lancement officiel des négociations sur l'accord de stabilisation et d'association (ASA) entre l'UE et l'Albanie.
  • Juin 2003 : Le sommet de Thessalonique confirme que les pays du PSA pourraient rejoindre l'UE une fois qu'il seront prêts pour l'adhésion.
  • Juin 2004 : Le Conseil adopte le premier Partenariat européen pour l'Albanie.
  • Janv.2006 : Signature de l'ASA
  • Janv.2008 : La Commission présente une feuille de route qui identifie les exigences spécifiques pour la libéralisation des visas.
  • 1er avril 2009 : Entrée en vigueur de l'ASA
  • 1er avril 2009 : L'Albanie devient officiellement membre de l'OTAN.
  • 28 avril 2009 : L'Albanie remet sa candidature pour l'adhésion à l'UE.
  • 14 avril 2010 : L'Albanie retourne le questionnaire de la Commission sur les préparatifs d'adhésion à l'UE.

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