Adhésion de la Macédoine du Nord : une possible levée du veto bulgare après le sommet

Le Premier ministre bulgare Kiril Petkov s'adresse aux journalistes en marge du sommet des Balkans occidentaux, le 23 juin 2022. [Georgi Gotev]

Le Premier ministre bulgare, Kiril Petkov, a déclaré jeudi (23 juin) qu’il n’y avait aucune chance que la Bulgarie lève son veto sur la Macédoine du Nord au cours de ce sommet européen, mais il a laissé entendre qu’une solution pourrait être trouvée dans les jours à venir.

Après la chute du gouvernement bulgare la veille, aucun parti politique en Bulgarie ne veut perdre la face avant les élections anticipées. Le quatrième vote en un peu plus d’un an devant avoir lieu en septembre, une levée du veto ne serait pas bien accueillie par l’électorat, qui y est majoritairement favorable.

M. Petkov, désormais ancien Premier ministre, maintient sa position selon laquelle le Parlement doit adopter une résolution permettant la levée du veto, en approuvant la proposition de la présidence française du Conseil de l’UE.

Le Premier ministre bulgare a déclaré qu’il appréciait « personnellement » la proposition française, mais que ce n’était pas à lui, mais au Parlement, de prendre position.

S’adressant aux journalistes lors du sommet sur les Balkans occidentaux, M. Petkov a expliqué que le Parlement bulgare devait donner son feu vert à la levée du veto, et que ce n’est qu’ensuite qu’il prendrait sa décision, qui devrait être définitive, quel que soit le gouvernement au pouvoir.

« C’est ce que je vais dire aux dirigeants européens », a-t-il déclaré.

Il a souligné que l’opposition bulgare s’est servie de la question de la Macédoine du Nord pour faire pression sur son cabinet chaque fois qu’elle craignait que la corruption de son mandat ne soit découverte.

Pour le parti « Il y a un tel peuple », partenaire de la coalition quadripartite de M. Petkov, des désaccords subsistent concernant le budget de l’État et la gestion par le Premier ministre de la question de la Macédoine du Nord.

M. Petkov a été accusé de faire des avances à Skopje sans consulter le Parlement bulgare, qui insiste pour que plusieurs conditions soient mises en œuvre avant que le veto puisse être levé.

Ne bénéficiant pas du soutien du parti « Il y a un tel peuple », M. Petkov a été démis de ses fonctions après le vote de la motion de défiance, pour le plus grand bonheur de son prédécesseur Boyko Borissov, qui espère revenir au pouvoir après des élections anticipées.

La situation politique tendue au sein du Parlement bulgare suite à la motion de défiance adoptée hier ne facilite pas la résolution rapide du problème du veto bulgare sur l’adhésion de la Macédoine du Nord.

Aucun parti politique ne veut assumer la responsabilité d’une décision susceptible d’être critiquée par l’opinion publique, surtout à l’approche des élections.

Le principal parti d’opposition, le GERB de M. Borissov, affirme qu’il soutiendra une résolution visant à lever le veto si M. Petkov la propose.

Interrogé par EURACTIV sur M. Borissov qui tente de se positionner en tant que politicien constructif, M. Petkov a plaisanté :

« C’est la personne la plus malhonnête que je connaisse. Il dit le matin “je veux soutenir l’entrée de la Macédoine du Nord dans l’UE”…. Et, parallèlement, il bloque la commission des Affaires [étrangères] du Parlement l’après-midi même. »

Des analystes et des diplomates ont confié à EURACTIV que même le scénario le plus optimiste pour la levée du veto nécessitait du temps.

Les parlements de Sofia et de Skopje devraient notamment approuver le protocole de la dernière session du 3 juin de la commission conjointe Bulgarie-Macédoine du Nord chargée de mettre en œuvre l’accord bilatéral de 2017.

Le protocole, consulté par EURACTIV, contient des engagements de la part de Skopje à mettre en œuvre les conditions de la Bulgarie, également reprises dans la proposition française.

Le parlement bulgare pourrait approuver le protocole, mais il n’est pas sûr que le parlement de Skopje fasse de même, auquel cas la levée du veto serait une « mission impossible », selon des experts et des diplomates.

Les diplomates européens semblent négliger le rôle que Skopje devrait jouer dans la résolution du problème.

Interrogé sur les chances de voir le veto bulgare levé, le chef des Affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, a répondu qu’il « y a encore de l’espoir », mais qu’il ne sait pas « ce que le Parlement bulgare peut faire dans les prochaines heures », omettant ainsi le rôle que le parlement de Skopje a à jouer.

« Cependant les choses ne vont pas bien, et nous devrions essayer d’y remédier », a-t-il ajouté.

Subscribe to our newsletters

Subscribe