Un nouvel obstacle semble s’être mis en travers de l’adhésion de la Turquie à l’UE. L’Autriche, un Etat critique à l’égard d’Ankara, s’est en effet engagée à soumettre la question à sa population au cas où l’Union accepte la tentative d’adhésion de la Turquie.
Les partis de la coalition se sont mis d’accord pour organiser un référendum dans le cas où les négociations d’accession de la Turquie aboutiraient à une décision de préparer un accord d’adhésion. C’est ce qu’a indiqué la ministre autrichienne des Affaires étrangères Ursula Plassnik dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung du samedi 23 août.
Selon elle, ils ont une bonne raison d’agir ainsi : en effet, l’adhésion de la Turquie apporterait une nouvelle dimension à l’intégration européenne et à l’UE.
Si l’Autriche se décidait effectivement à soumettre l’adhésion de la Turquie au référendum, il existe de fortes chances que les citoyens votent contre. En effet, les sondages ont à plusieurs reprises indiqué que l’Autriche était le membre le plus sceptique à l’égard de l’adhésion de la Turquie, avec parfois 80 % des sondés se déclarant contre (voir notre Links Dossier sur l’opinion publique à l’égard de la Turquie). Cependant, les négociations d’adhésion avec la Turquie ne devraient pas aboutir avant 2014.
Il reste également à savoir si le prochain gouvernement, qui devrait être élu en septembre, maintiendra la promesse du référendum. Il est devenu nécessaire d’organiser de nouvelles élections après l’effondrement du présent gouvernement, composé de sociaux-démocrates et de conservateurs du Parti du peuple autrichien. Cet effondrement était intervenu suite à des désaccords sur la façon de réformer le système de santé et suite à un communiqué du Premier ministre Alfred Gusenbauer sur l’adoption des futurs traités européens par voie référendaire (EURACTIV 07/07/08).
L’eurodéputé libéral britannique et vice-président de la commission parlementaire mixte UE-Turquie Andrew Duff a appelé à ne pas prêter trop d’attention à la proposition autrichienne. Il l’a rejetée en indiquant qu’elle relevait « de la campagne électorale autrichienne ».
Il a toutefois reconnu que cette promesse n’était pas une surprise. En effet, l’aversion traditionnelle de l’Autriche à l’égard de la Turquie est bien ancrée. C’est pourquoi les partis autrichiens ont souvent tendance à faire de la Turquie un sujet politique, a-t-il indiqué à EURACTIV.
Les campagnes critiques à l’égard de la Turquie ne sont pas un phénomène exclusivement autrichien. En effet, elles sont également répandues dans des pays comme l’Allemagne et la France, deux poids lourds de l’Europe. Ainsi, le président français Nicolas Sarkozy a répété à plusieurs reprises qu’il considérait que la Turquie ne faisait pas partie de l’Europe. En Allemagne, la coalition actuellement au pouvoir entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates est divisée quant aux perspectives européennes de la Turquie.
Alors que les sociaux-démocrates estiment que l’adhésion turque serait favorable au bloc, le parti de la chancelière Angela Merkel adopte une position similaire à celle de M. Sarkozy. Aussi bien Mme Merkel que M. Sarkozy sont partisans d’une offre de partenariat privilégié avec l’UE. La Turquie rejette pourtant cette offre, la considérant insuffisante.

