Adhésion des Balkans occidentaux : les dirigeants de l’UE risquent de ne pas trouver d’accord cette semaine

« Nous ne devrions pas oublier les Balkans occidentaux et négliger le processus d’élargissement aux Balkans occidentaux, qui a laissé les pays à la traîne », a rappelé la ministre slovène des Affaires étrangères, Tanja Fajon, à EURACTIV. [European Council]

La Slovénie a exhorté les États membres de l’Union européenne à envoyer un signal politique fort aux Balkans occidentaux, alors que l’on s’attend à ce que les dirigeants européens ne prennent pas d’engagements fermes à ce sujet.

Les dirigeants de l’UE doivent se réunir à Bruxelles dans le cadre d’un sommet jeudi (23 juin) et vendredi (24 juin) et la question de l’élargissement, notamment à l’Ukraine et aux Balkans occidentaux, devrait figurer en tête de l’ordre du jour.

« Nous ne devrions pas oublier les Balkans occidentaux et négliger le processus d’élargissement aux Balkans occidentaux, qui a laissé les pays à la traîne », a rappelé la ministre slovène des Affaires étrangères, Tanja Fajon, à EURACTIV.

« […] Les Balkans occidentaux ont eux aussi connu 20 ou 30 ans de guerres sanglantes, et j’aimerais que nous envoyions un signal politique fort à la Bosnie-Herzégovine également, en étant conscients qu’ils doivent remplir de nombreux critères », a-t-elle ajouté.

La Slovénie n’a pas ménagé ses efforts pour que la Bosnie obtienne le statut de candidat à l’adhésion l’UE. Elle est prête à présenter un document, qu’EURACTIV a pu consulter, demandant l’octroi urgent du statut de candidat pour le pays aux ministres des Affaires européennes à Luxembourg mardi (21 juin).

En soutenant uniquement l’Ukraine, l’UE a humilié la Bosnie-Herzégovine, estime l’ex-Première ministre croate

En soutenant uniquement l’Ukraine dans ses efforts pour devenir un candidat à l’adhésion à l’Union européenne, l’UE a négligé et humilié une autre région, a déclaré l’ancienne Première ministre croate Jadranka Kosor, faisant référence aux Balkans occidentaux.

L’objectif de la proposition serait « d’envoyer un signal positif immédiat à la Bosnie-Herzégovine et à toute la région des Balkans occidentaux », peut-on lire dans le document.

« Un tel signal envoyé à la Bosnie-Herzégovine, l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie, ainsi que la libéralisation des visas pour le Kosovo confirmeraient à nouveau l’engagement de l’UE envers les Balkans occidentaux », précise le document.

La Bosnie-Herzégovine (BiH) a déposé une demande d’adhésion à l’UE en février 2016. La Commission européenne a adopté son avis sur la demande d’adhésion du pays en mai 2019, identifiant 14 priorités clés que le pays doit remplir avant de pouvoir ouvrir les négociations d’adhésion au bloc.

Selon la proposition, après avoir obtenu la candidature et avant d’ouvrir les négociations d’adhésion, la BiH devrait adopter trois lois, une sur le conseil judiciaire, une sur la prévention des conflits d’intérêts ainsi qu’une autre sur les marchés publics.

Interrogée par EURACTIV pour savoir si elle pense que la proposition trouvera du soutien parmi les États membres de l’UE, Mme Fajon a répondu qu’elle savait qu’il s’agissait d’une « proposition très ambitieuse ».

Cependant certains ministres des Affaires étrangères de l’UE ont selon elle « montré qu’ils comprenaient que nous devons placer l’élargissement des Balkans occidentaux en haut de la liste des priorités », lors d’une première discussion lundi.

« Si nous pouvons au moins maintenir la pression politique, en parler et trouver une solution originale pour les semaines et les mois à venir, avec la perspective d’une lumière au bout du tunnel, alors nous serons heureux », a déclaré Mme Fajon.

« Si, lors du sommet de l’UE [en juin], nous pouvons avoir un paragraphe ou une phrase à ce sujet, nous serons encore plus heureux », a-t-elle ajouté.

Dans le dernier projet de conclusions de l’UE, qui a pu être consulté par EURACTIV, les dirigeants européens devraient souligner leur « engagement total et sans équivoque envers la perspective d’adhésion à l’UE des Balkans occidentaux et appeler à l’accélération du processus d’adhésion ».

Cependant, même si ils devraient souligner que le processus lui-même serait « réversible et basé sur le mérite », ils sont susceptibles de ne pas prendre d’autres engagements envers la région.

En ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine, ils devraient saluer le récent accord politique conclu le 12 juin, mais souligner que ses dirigeants politiques devront d’abord mettre en œuvre ses engagements, « ce qui permettra au pays de progresser de manière décisive sur la voie européenne, conformément aux priorités définies dans l’avis de la Commission, afin d’obtenir le statut de candidat à l’UE ».

Sur les six pays candidats, seuls le Monténégro et la Serbie ont officiellement ouvert les négociations d’adhésion à ce jour, tandis que l’Albanie et la Macédoine du Nord se trouvent dans la salle d’attente depuis plusieurs années déjà.

L’impasse actuelle est due au veto de la Bulgarie, qui affirme que Skopje ne reconnaît pas et n’accorde pas les droits adéquats aux Bulgares dans le pays, ainsi qu’à divers autres différends d’ordre historique et culturel.

« Pour la Macédoine du Nord et l’Albanie, il est crucial que nous trouvions un accord », a affirmé Mme Fajon.

Interrogée sur ce que cela pourrait impliquer, Mme Fajon a déclaré qu’elle demandait à la présidence française de l’UE (PFUE) de faire un ultime effort et de « trouver une “formule magique” avec la Bulgarie pour lever le veto et aller de l’avant ».

Dans une lettre adressée au président du Conseil européen Charles Michel la semaine dernière, le président slovène Borut Pahor a déclaré que les pays des Balkans occidentaux semblaient de plus en plus éloignés malgré les promesses faites par le passé.

Dans le même temps, l’Ukraine et la Moldavie bénéficient d’une procédure accélérée depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier.

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L’UE devrait accorder le statut de candidat à l’Ukraine et à la Moldavie, ce qui les rapprocherait de l’adhésion à l’Union, tandis que la Géorgie devrait encore faire des efforts, a déclaré vendredi (17 juin) la Commission européenne.

M. Pahor a estimé que la Bosnie présentait un risque de nationalisme et d’instabilité, évoquant le séparatisme des Serbes de Bosnie fortement soutenu par la Russie, et a déclaré qu’il était « absolument nécessaire d’accorder sans condition à la Bosnie-Herzégovine le statut de candidat à l’adhésion à l’UE ».

« L’objectif de la proposition slovène qui suggère d’accorder sans délai le statut de candidat à l’UE à [la Bosnie] est d’envoyer un signal positif immédiat à [la Bosnie] et à toute la région des Balkans occidentaux », peut-on lire dans la lettre.

« Un tel signal envoyé à la [Bosnie], l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie, ainsi que la libéralisation des visas pour le Kosovo, confirmeraient à nouveau l’engagement de l’UE envers les Balkans occidentaux », a-t-il ajouté.

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