Aide à l’Ukraine : le projet de véto de la Hongrie fait réagir les dirigeants européens

Les dirigeants de l’UE ont commencé à chercher une solution en ce sens. Cependant, ils ont souligné que le plan initial serait de convaincre Viktor Orbán de renoncer à son veto. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le budget commun de l’UE ne devrait pas être utilisé pour aider l’Ukraine, a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán à son arrivée à Bruxelles pour un sommet crucial ce jeudi (14 décembre), alors que les dirigeants de l’UE tentent de renforcer leur soutien à long terme à Kiev.

La Hongrie devrait être le principal obstacle à la conclusion d’un accord sur le programme d’aide financière de 50 milliards d’euros destiné à maintenir à flot l’économie ukrainienne dévastée par la guerre. Elle devrait également freiner l’ouverture des négociations d’adhésion du pays à l’UE.

« Il n’y a aucune raison de discuter de quoi que ce soit [concernant les négociations d’adhésion], car les conditions ne sont pas remplies », a indiqué M. Orbán aux journalistes à son arrivée au sommet. « Nous n’allons pas nous écarter de cette position », a-t-il averti.

En novembre, la Commission européenne indiquait aux dirigeants de l’UE que l’Ukraine progressait dans la mise en œuvre des réformes judiciaires nécessaires pour répondre aux conditions de l’UE et qu’elle devrait entamer des négociations d’adhésion au bloc.

La plupart des dirigeants européens souhaitent que le sommet de cette semaine donne le feu vert à une telle mesure, en signe de solidarité avec l’Ukraine, 22 mois après le début de l’invasion du pays par la Russie.

Ils souhaitent également approuver le programme d’aide financière de 50 milliards d’euros destiné à Kiev.

À propos de l’aide financière, M. Orbán a indiqué que cette aide devait être dissociée du budget de l’UE.

Pistes de solution

Les dirigeants de l’UE ont commencé à chercher une solution en ce sens. Cependant, ils ont souligné que le plan initial serait de convaincre M. Orbán de renoncer à son veto.

« Si le budget de l’UE n’est pas approuvé maintenant, nous trouverons un moyen de combler la période [jusqu’à ce qu’il le soit] ou de le faire bilatéralement à 26 ou 25 États membres », a indiqué un diplomate de l’UE à Euractiv.

Un autre diplomate, qui s’est lui aussi exprimé sous couvert d’anonymat, a ajouté qu’il existait d’autres instruments de financement, la possibilité d’utiliser des entités ad hoc ou encore la poursuite de l’assistance macrofinancière.

Toutefois, un instrument hors budget ne durerait qu’un an, serait plus coûteux et prendrait plus de temps à mettre en place, ont prévenu des responsables de l’UE à la veille du sommet.

« Nous ne devrions pas reporter [la décision]. Elle a d’énormes implications sur l’économie, l’Ukraine a besoin d’énormes flux pour préserver son économie », a déclaré le président lituanien Gitanas Nausėda.

La Première ministre estonienne, Kaja Kallas, a demandé aux dirigeants de « se concentrer dès maintenant sur le plan A ». « Si nous ne parvenons pas à un accord, nous pourrons alors réfléchir à d’autres options », a-t-elle poursuivi.

Aide à l’Ukraine : un veto hongrois serait un « échec pour l’ensemble de l’UE »

Un veto de la Hongrie pour l’aide financière à l’Ukraine et l’ouverture des négociations d’adhésion avec Kiev lors du sommet européen de cette semaine serait « un échec pour l’ensemble du bloc, pas uniquement [l’échec] d’un dirigeant européen », selon la vice-Première ministre ukrainienne chargée de l’Intégration européenne.

 

À leur arrivée au sommet, les dirigeants des 26 autres États membres ont déclaré qu’ils étaient prêts à ce que le sommet soit aussi long que nécessaire pour faire face à l’opposition de M. Orbán.

Plusieurs dirigeants ont souligné que la décision de débloquer environ 10,2 milliards d’euros des fonds pour la Hongrie, actuellement gelés en raison de craintes concernant l’État de droit dans le pays, n’était pas destinée à servir de monnaie d’échange dans les négociations avec M. Orbán.

« Le moment n’est pas bien choisi », a déploré le Premier ministre irlandais Leo Varadkar. « En effet, on a l’impression que cela incite la Hongrie à soutenir certaines positions et que cela pourrait même fonctionner, mais ce n’est pas le cas », a-t-il ajouté.

Sa position a été appuyée par le Premier ministre belge, Alexander De Croo, qui a déclaré que « ce sommet ne peut pas devenir une sorte de bazar hongrois où l’on marchande ceci contre cela ». « Il s’agit d’assurer la sécurité de l’Ukraine, de lui fournir un soutien militaire et financier, et c’est de ça ce dont il est question », a affirmé M. De Croo.

Son homologue finlandais Petteri Orpo a également déclaré que ce qui allait être décidé, ou n’allait justement pas être décidé « est un signal clair pour Moscou, Washington et Pékin ». « C’est pourquoi nous devons décider de soutenir l’Ukraine », a-t-il soutenu.

Toutefois, si M. Orbán ne fait pas rapidement marche arrière, le sommet européen de deux jours pourrait échouer ou s’éterniser jusqu’au week-end.

« J’ai préparé de nombreuses chemises », a ironisé M. Orpo.

De son côté, le Premier ministre polonais Donald Tusk tente de convaincre M. Orbán de soutenir l’ouverture de négociations d’adhésion avec l’Ukraine.

Mais Viktor Orbán n’est pas le seul dirigeant réticent à l’idée d’ouvrir des négociations d’élargissement avec l’Ukraine, a confié à Euractiv un diplomate européen de haut rang. Il a notamment cité la Slovénie, la Slovaquie, l’Autriche et l’Italie, qui auraient exprimé certaines réserves à ce sujet.

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Budget de l’UE

La question de l’aide à l’Ukraine s’inscrit dans le cadre plus large des négociations sur la révision du cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE, le budget septennal de l’UE.

À ce sujet-là également, les négociations s’annoncent laborieuses.

En effet, outre la question de l’aide à l’Ukraine et de son inclusion ou non dans le budget de l’UE, les États membres doivent trouver un consensus et à répondre aux besoins de tous, même si chaque pays a des priorités différentes, telles que l’immigration, l’aide à la protection en cas de catastrophes naturelles ou encore la compétitivité de l’industrie.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré aux journalistes que « nous avons besoin d’investissements pour faire face aux retombées de la guerre en Ukraine ».

« Nous pensons que des pays comme la Slovaquie, la Hongrie et la Pologne pourraient disposer de fonds supplémentaires pour reconstruire les ponts et les routes proches de l’Ukraine », a-t-il déclaré à l’issue d’une réunion au siège de l’OTAN à Bruxelles.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a rejeté en début de semaine une proposition d’augmentation du budget de la mobilité militaire, présentée par la présidence espagnole du Conseil de l’UE pendant les négociations, selon des documents consultés par Euractiv.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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