Les dirigeants européens sont parvenus à un accord sur la création d’un groupe de réflexion de sages pour aider à modeler l’avenir de l’Union à long terme, mais des divergences sur le mandat de ce groupe sont apparues dès le début.
L’ancien Premier ministre Felipe González Márquez a été nommé à la tête du nouveau groupe, avec deux vice-présidents, Vaira Vike-Freiberga l’ancienne présidente lettone, et Jorma Ollila, l’ancien PDG du groupe d’électronique finlandais Nokia. Neuf autres membres seront choisis dans l’Union, sur la base du mérite, d’après une déclaration commune publiée le 14 décembre par les chefs d’Etat et de gouvernement européens.
Selon le même document, la mission du groupe sera de « permettre l’Union d’anticiper et relever plus efficacement les défis à long terme (à l’horizon 2020-2030) ».
A l’origine, l’idée avait été proposée par le président français Nicolas Sarkozy, qui souhaitait que le mandat du groupe mette l’accent sur la définition des frontières définitives de l’UE. Cette proposition avait été considérée comme une tentative visant à entraver les efforts de la Turquie pour rejoindre l’UE.
Le mandat a finalement été adapté pour représenter les pays européens plus favorables à la Turquie. De plus, Gordon Brown, le Premier ministre britannique, a salué la création de ce groupe, qui, d’après ses propos, se concentrera sur les défis économiques, environnementaux et sécuritaires à l’avenir.
Cependant, dans une salle adjacente, M. Sarkozy a insisté sur le fait que le texte n’écartait pas un débat sur les frontières de l’Union.
Le président français a déclaré : « Nous devons réfléchir à nouveau au contenu du rêve européen à proposer aux Européens […]. Dans ce nouveau rêve européen se posera forcément la question des frontières, ce n’est pas d’abord simplement la question de la Turquie […]. Faut-il que l’Europe se dote de frontières ou pas ? ». Il a averti que plus l’Europe s’élargirait, plus l’intégration serait difficile.
D’autres Etats membres semblent néanmoins soutenir la position britannique sur le mandat, notamment la République tchèque. Alexandr Vondra, ministre tchèque des Affaires européennes a insisté sur le fait que l’élargissement de l’UE, les réformes institutionnelles et les questions financières ne font pas partie du mandat du groupe.
Les journaux turcs et espagnols considèrent néanmoins la nomination de M. González à la présidence du groupe comme une victoire indirecte pour M. Sarkozy. En effet, selon la presse, étant donné les importantes différences sociales et culturelles, l’ancien Premier ministre espagnol s’était montré sceptique vis-à-vis de l’intégration de la Turquie dans l’Europe, lors du Forum universel des cultures en mai 2004 à Barcelone.
D’autre part, David Miliband, le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, a déclaré qu’il était extrêmement partial de décrire M. González comme un opposant à l’adhésion de la Turquie dans l’UE.
Le ministre turc des Affaires étrangères Ali Babacan a répliqué ainsi aux déclarations de M. Sarkozy : l’adhésion est pleine d’embûches et certains dans l’UE souhaitent que la Turquie relâche ses efforts par frustration. Mais le processus d’adhésion ne laisse pas de place à un comportement impulsif, ni à des réactions guidées par les sentiments. Il a cependant averti que la réaction de la Turquie serait différente si elle se heurtait à des tentatives d’amoindrir le statut final de la Turquie.
Le groupe de réflexion doit présenter son rapport à Conseil européen en juin 2010.

