Charles Michel annonce une plus grande implication de l’UE dans le Caucase du Sud

Après avoir donné de sa personne dans le but de résoudre la crise politique géorgienne, Charles Michel s’est attelé à un nouveau défi en impliquant l’UE dans une nouvelle tentative de médiation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour résoudre le conflit au Haut-Karabakh. [Council Newsroom]

Lundi (19 juillet), le président du Conseil européen Charles Michel participera à un sommet régional organisé à Batumi, ville portuaire géorgienne située au bord de la mer Noire. Cette réunion vient s’ajouter à un week-end de visites en Arménie et en Azerbaïdjan illustrant la volonté de garder la région plus proche de l’UE.

Après avoir donné de sa personne dans le but de résoudre la crise politique géorgienne, Charles Michel s’est attelé à un nouveau défi en impliquant l’UE dans une nouvelle tentative de médiation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour résoudre le conflit au Haut-Karabakh.

À l’automne 2020, l’Azerbaïdjan et l’Arménie se sont affrontés au cours d’une guerre qui a fait quelque 6 500 victimes. Il aura fallu attendre un cessez-le-feu négocié avec la Russie pour mettre fin au conflit. Erevan avait alors été contraint de céder des territoires qu’elle contrôlait depuis des années.

Toutefois, les tensions s’exacerbent à nouveau depuis mai, lorsque l’Arménie a accusé les forces armées azerbaidjanaises de s’être infiltrées sur son sol en franchissant sa frontière méridionale.

Charles Michel, qui était en Arménie samedi (17 juillet), a appelé le Groupe de Minsk à « endosser ses responsabilités et à aborder les divers points » de l’accord post-conflit. L’assemblée, composée des nations européennes et des États-Unis, a été créée en 1992 par la Conférence sur la sécurité et la coopération (CSCE) – devenue ensuite l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). À sa tête figurent Paris, Moscou et Washington.

Néanmoins, le Groupe s’est fait très discret depuis le cessez-le-feu. De son côté, le président azerbaidjanais Ilham Aliyev a appuyé que le conflit du Haut-Karabakh avait été résolu pour de bon. Dans ce contexte, il a rejeté les appels d’Erevan à négocier le statut politique de la région.

Un intermédiaire honnête

Lors de sa visite en Azerbaïdjan, M. Michel est même allé plus loin, avançant que l’UE était « prête à jouer un rôle constructif en tant qu’intermédiaire honnête entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie en plus des efforts du groupe de Minsk. Nous voulons partager notre expertise pour apporter plus de stabilité et promouvoir une paix durable dans la région ».

Aux côtés de M. Ilham Aliyev, le président du Conseil européen a déclaré que les sujets sur lesquels l’UE pouvait fournir une expertise touchaient non seulement à l’échange des Arméniens faits prisonniers et à la mise à disposition des cartes de champs de mines, mais aussi à la délimitation des frontières.

Par ailleurs, la présence des forces armées proches des zones contestées devrait également faire l’objet de plus amples discussions, selon le représentant européen.

Le sommet, accueilli par la présidente de la Géorgie Salome Zourabishvili, coïncide avec la Conférence internationale annuelle de Batumi, une priorité de l’agenda géorgien sur le plan des affaires étrangères.

D’après diverses sources diplomatiques, le sommet du « Trio associé » a été rendu possible grâce à la victoire écrasante du parti pro-européen lors des élections législatives anticipées en Moldavie organisées dimanche dernier (11 juillet).

Moldavie : le parti de la présidente pro-européenne Maia Sandu s’impose aussi au parlement

Maia Sandu, la présidente pro-européenne de la Moldavie, est sortie renforcée des élections législatives anticipées. Son parti a en effet remporté une majorité des 101 sièges du parlement moldave, auparavant aux mains de la coalition pro-russe d’Igor Dodon.

Pour rappel, le « Trio associé » fait référence au format tripartite pour une coopération, une coordination et un dialogue renforcés entre la Moldavie, la Géorgie et l’Ukraine.

Pour la Géorgie, qui a lancé l’inauguration de cette entente en avril dernier, la participation de Charles Michel au sommet régional serait un véritable honneur.

Jusqu’à présent, le Trio a été accueilli avec une certaine réserve à Bruxelles, car il vient modifier le format des relations avec les six anciennes républiques soviétiques dans le voisinage de l’UE, à savoir l’Ukraine, le Bélarus, la Moldavie, l’Arménie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan.

Les six pays sont rassemblés dans le cadre du Partenariat oriental, et ce malgré le fait que l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie détiennent des accords d’association avec l’UE et soient beaucoup plus avancées sur le plan de leur intégration à l’UE.

Ce n’est pas une invention bruxelloise

Autre raison pouvant expliquer les soupçons du bloc à l’égard du Trio associé : il ne s’agit pas d’une invention bruxelloise, a révélé une source proche du dossier. Selon le diplomate interrogé, les initiatives visant à maintenir les attitudes pro-européennes dans la région apparaissent tous les cinq ans, la dernière étant la libéralisation du régime des visas. Néanmoins, face au manque d’action de la part de la capitale européenne, la région a esquissé son propre plan.

L’élargissement de l’UE pourrait être un « exploit majeur » sous la présidence tournante slovène

Le ministre portugais des Affaires étrangères, Augusto Santos Silva, a déclaré jeudi (24 juin) que l’amorce des négociations d’adhésion à l’UE avec la Macédoine du Nord et l’Albanie serait « un exploit majeur » de la prochaine présidence tournante slovène du Conseil de l’UE.

Par ailleurs, des problèmes internes subsistent au sein du Trio, notamment le fait que l’Ukraine ait accepté d’accueillir sur son territoire Mikheil Saakashvili, l’ancien président géorgien et dirigeant de l’opposition du pays, le Mouvement national uni (MNU).

Le politique de haut rang a quitté la Géorgie en 2013, après avoir perdu les élections parlementaires. Il a ensuite été accusé et condamné in absentia en 2017 sur fond d’abus de pouvoir et corruption. Il séjourne désormais en Ukraine, pays qui ne dispose d’aucun accord d’extradition avec la Géorgie.

Bien qu’il soit à l’étranger, M. Saakashvili détient encore une influence considérable dans son pays d’origine, en tant que fondateur et leader du MNU, qui reste le parti principal de l’opposition géorgienne.

En effet, l’année dernière, le MNU a remporté 27 % des voix lors des élections parlementaires, occupant ainsi 36 sièges sur 150 au Parlement. Son parti rival, Rêve géorgien, est quant à lui sorti victorieux avec 48 % du scrutin, soit 90 sièges.

Cependant, le MNU continue de boycotter les efforts internationaux visant à résoudre la crise en Géorgie ; des efforts menés de front par Charles Michel.

D’après plusieurs fonctionnaires, il a fallu redoubler d’efforts pour préparer la visite du président ukrainien Volodymyr Zelenskiy à Batumi. D’autant plus que les détails du programme continuaient de changer constamment.

Le point culminant du sommet entre les trois présidents et Charles Michel se déroulera à la forteresse de Petra, au sud de Batumi.

Au 6e siècle, sous l’empereur byzantin Justinien le Grand, la forteresse servait d’avant-poste pour l’Empire romain d’Orient dans le Caucase. En raison de sa situation géographique stratégique, elle est devenue le théâtre de la Guerre lazique en 542-562 entre Rome et la Perse sassanide.

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