Les espoirs historiques de réconciliation et de réunification de l’île divisée ont émergé jeudi (3 avril) suite à l’ouverture d’un point de passage d’une ancienne rue commerçante au cœur de la capitale chypriote pour la première fois depuis plus de 40 ans.
Même si Ledra Street à Nicosie a dû être provisoirement fermée suite à l’apparition de policiers Chypriotes turcs en uniforme dans la « zone tampon », l’attitude festive de milliers de Chypriotes grecs et turcs était un signal fort pour que les responsables politiques progressent sur la route de la réunification.
La suppression d’un symbole historique de la séparation pourrait constituer un important pas en avant depuis 1963, au début des violences entre les deux communautés rivales. Nicosie avait plus tard été divisée entre le nord chypriote truc et le sud chypriote grec par une zone tampon sous surveillance de l’ONU, qui séparait la totalité de l’île.
En février dernier, les Chypriotes grecs ont élu le communiste Demetris Christofias comme président du changement. M. Christofias et son homologue chypriote turc, Mehmet Ali Talat, tous deux de tendance gauche, se sont rencontrés le mois dernier et ont déclaré qu’ils souhaitaient lancer des négociations de réunification d’ici l’été.
La communauté grecque, qui s’était opposé à la réunification de l’île lors du référendum en 2004, semble avoir réalisé que la division n’est pas dans leur intérêt. En l’absence de progrès, l’île pourrait tendre vers une séparation formelle et permanente, entraînant la perte permanente des territoires revendiqués par les Chypriotes grecs et l’arrivé d’autres migrants turcs.
Réactions
La communauté internationale a salué l’ouverture de Ledra Street. Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, estime qu’il s’agit de la première étape d’un rapprochement réel et visible entre les deux communautés de Chypre. Il espère que cet acte symbolique entraînera d’autres étapes qui amélioreront la vie quotidienne des deux communautés et qui, à terme, conduira Chypre à devenir un Etat membre uni.
Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, a comparé l’événement à la chute du Mur de Berlin. Il a déclaré que la réouverture de cette rue, autrefois si animée, apporte de nouveaux espoirs à l’ensemble des Chypriotes qui peuvent maintenant imaginer que leur pays sera bientôt réuni et que Nicosie, comme Berlin, deviendra une seule et unique ville et une seule et unique capitale.
Contexte
L’île de Chypre est divisée depuis 1974, quand l’armée turque avait envahi la partie nord le l’île suite à un coup d’Etat, inspiré par la junte d’Athènes, visant à unir l’île à la Grèce. Des milliers de réfugiés chypriotes grecs avaient fui au sud, la Turquie ayant envahi le nord de l’île, tandis que les réfugiés chypriotes turcs se dirigeaient vers le nord. Après la mort du leader spirituel chypriote grec, l’évêque Makarios, en 1977, l’antagonisme mutuel est devenu profondément ancré. Les négociations, sous l’aval des Nations unies, entre le président chypriote grec, Glafcos Clerides, et le leader de la partie nord de l’île, le Turc Rauf Denktash, dans les années 19980 et 1990 ont échoué, aucun d’entre eux n’ayant pu persuader leurs citoyens de trouver un compromis.
Le nord, uniquement reconnu par la Turquie, a succombé à la pauvreté et la corruption, alors que le tourisme et le secteur bancaire offshore ont amené la prospérité au sud.
Les espoirs ont été ravivés en 1992, lorsque le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a présenté un plan de réunification, suggérant une fédération bizonale et bicommunautaire avec une présidence tournante. Mais alors que les Chypriotes turcs étaient en faveur de la proposition, les Chypriotes grecs avaient rejeté le plan lors d’un référendum en 2004. Cette attitude avait déçu les responsables européens, qui avaient décidé d’autoriser la Chypre à rejoindre l’UE en partie dans l’espoir que cette initiative contribuerait à résoudre les problèmes de l’île.