Bruxelles ouvre la porte à un changement des frontières serbo-kosovares

Forum international d'Alpbach, en Autriche. [@JorgWojahn Twitter]

Pour régler le conflit entre Serbes et Albanais du Kosovo, Bruxelles devrait accepter un accord qui redessine les frontières selon la Commission européenne.

Johannes Hahn, commissaire chargé de la politique de voisinage, n’exclut pas la possibilité de redessiner les contours du Kosovo. « Il s’agirait d’une solution bilatérale qui ne servirait pas de modèle dans d’autres situations », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en Autriche, en présence des présidents kosovar et serbe, Hashim Thaçi et Aleksandar Vučić.

Les deux pays doivent régulariser leurs relations s’ ils veulent entrer dans l’UE et si un accord est établi, « il doit être respecté » par tous les membres de l’union, a insisté le commissaire.

Hashim Thaçi et Aleksandar Vučić se sont exprimés à l’occasion d’un forum international à Alpbach, en Autriche. Les négociations bilatérales, facilitées par l’UE, reprendront le 7 septembre à Bruxelles. Leur objectif est d’atteindre un accord que Johannes Hahn décrit comme une « nécessité géopolitique ».

La déclaration d’indépendance du Kosovo, qui date de 2008 et était soutenue par les États-Unis, est reconnue par 23 des 28 États membres. La Serbie ne reconnait pas la sécession et est soutenue par la Russie et la Chine.

Les États qui ne reconnaissent pas le nouveau pays, soit Chypre, l’Espagne, la Grèce, la Roumanie et la Slovaquie, estiment qu’un changement des frontières créerait un précédent fâcheux.

« C’est notre devoir, notre responsabilité de nous occuper des pays européens et de ne pas laisser cela à d’autres parties, ailleurs dans le monde », a souligné le commissaire. Une inquiétude qu’aurait également exprimée Aleksandar Vučić, qui ne veut pas qu’un possible accord entre Belgrade et Pristina puisse être influencé par d’« autres pays », selon l’agence de presse BETA.

Pour Moscou, la résolution de ce conflit serait une mauvaise nouvelle. La Russie profite en effet de ce conflit gelé, qui fait partie de sa stratégie, pour empêcher les pays des Balkans de se rapprocher de l’UE.

« Ce que nous essayons de réaliser aura une grande importance sur notre avenir, et c’est aussi très important pour les Albanais [du Kosovo]. Nous devons vivre ensemble, nous sommes les deux plus grandes ethnies des Balkans. Si nous ne pouvons pas régler ce problème, qui le pourra ? », a ajouté le président serbe.

Un aspect souligné également par son homologue kosovar, qui a estimé qu’il était grand temps pour les deux parties de « faire l’Histoire ».

La Serbie est actuellement, avec le Monténégro, très avancée dans ses négociations d’adhésion à l’UE. Si les deux pays résolvent leur différend territorial, elle s’en approcherait encore. L’avenir du Kosovo est moins clair, étant donné qu’il n’est pas encore reconnu par tous les membres.

L'ombre du Kosovo plane sur l’adhésion de la Serbie à l’UE

Pour Juncker, la normalisation des relations avec le Kosovo est la clé de voûte de l’adhésion de la Serbie à l’UE. Mais Belgrade rappelle l’absence de position commune des pays européens sur la question.

Les frontières créées en 2008 à l’indépendance du Kosovo ont fait de 120 000 Serbes une minorité au sein du pays, qui compte 1,8 million d’habitants. Le gouvernement de Pristina n’a que peu de contrôle sur les zones serbes du nord du pays. Côté serbe, ce sont 50 000 personnes d’ethnie albanaise qui se sont retrouvées retranchées dans la vallée de Presevo.

L’idée d’un échange de territoires que semble soutenir la Commission détone avec les positions exprimées par la chancelière allemande, Angela Merkel, au début du mois.

L’administration américaine, qui a soutenu de manière cruciale la déclaration d’indépendance de 2008, sous Georges W. Bush, a déclaré ne pas vouloir donner son avis ou s’impliquer dans le possible accord.

La modification des frontières dans les Balkans est cependant considérée comme une boîte de Pandore qui pourrait raviver les tensions entre différentes ethnies. Ce serait notamment dangereux pour la Macédoine, qui compte une importante population albanaise, au sein de laquelle on trouve encore des défenseurs d’une « Grande Albanie ».

Les Serbes plus attachés à l’UE qu’au Kosovo

La candidature de la Serbie à l’Union européenne apparaît plus importante que la question de l’indépendance du Kosovo pour une majorité de citoyen du pays, selon un sondage.

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